Vogue chronique Nabe's Dream - novembre 1991
Marc-Edouard Nabe n'est peut-être pas que cet auteur copieux, douteux, impudique, agaçant, inégal. Harry Connick Jr n'est peut-être pas que ce charmeur aseptisé.
Quand le jazz est... quand le jazz est là.
Par Philippe Collin
Charlie Parker déversant une "pluie de frelons", Bud Powell "tricoteur de granit" à la "cervelle de jaguar", Saturnin Fabre côtoyant Freddie Greene ; Léon Bloy et Céline unis dans la même idolâtrie, avec Johnny Griffin, Thelonious Monk et Lester Young... Voilà mille fois mieux qu'un livre de jazz, un livre en jazz (comme on dit une montre en or) : c'est le copieux, impudique, agaçant, inégal et unique Nabe's Dream, le journal intime (tome 1 : 824 pages, éditions du Rocher) de Marc-Edouard Nabe. Fils du saxo-ténor Marcel Zanini, pamphlétaire et dandy crispé (qui exaspéra naguère à "Apostrophes"), il montre, entre deux récits de coucheries, de soûleries et de potins d'éditeurs, comment "le jazz doit faire l'amour à la littérature". Pour une fois qu'un écrivain français ne confond pas le blues avec le slow, ni Ray Ventura avec Duke Ellington, et sait traduire en mots, sorte de Léautaud du swing, le bonheur de se laisser envahir par une section rythmique, on peut sacrifier à sa lecture pas mal de "nouveautés" rabâcheuses.
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