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    Accueil Sur Nabe Presse 1985 Article sur Au Régal des Vermines - Le Quotidien de Paris - 18 février 1985

    Article sur Au Régal des Vermines - Le Quotidien de Paris - 18 février 1985

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    Article sur Au Régal des Vermines - Le Quotidien de Paris - 18 février 1985

    Article sur Au Régal des Vermines - Le Quotidien de Paris - 1985

    Celui par qui le scandale est arrivé chez Pivot

    Marc-Edouard Nabe, auteur d'un pamphlet hurlant de l'espèce célinienne, a tout fait pour transformer "Apostrophes" en ring de boxe par ses provocations. Le match a bien eu lieu mais, après l'émission, c'est notre collaborateur Georges-Marc Benamou qui s'est improvisé adversaire de Nabe : il s'explique ci-contre.

    C'est tout dire ; on se serait cru chez Polac, vingt-quatre heures avant le rendez-vous... Voilà bien longtemps que le gentil babil des écrivains venus chez Pivot assurer leur service avant vente n'avait été troublé par les vociférations d'une joute verbale. A la gauche du chic Pivot Marc-Edouard Nabe, a sa droite Morgan Sportès et Jean-Marc Roberts. Thème de l'émission : "Les mauvais sentiments". Les autres invités Anne Vergne, Tabary et Louis Julien seront éclipsés par la vigueur des débats. Le premier livre de Nabe "Au régal des vermines" (1) fait hurler Sportès et dans une moindre mesure Roberts... Nabe multiplie les phrases provocatrices, joue - selon lui - avec des propos à tous les degrés tant et si bien que la température monte. A coups de phrases assassines, Sportès massacre Nabe qui vitupère de plus belle : "Vous n'êtes pas des écrivains !" lance-t-il à ses contradicteurs, puis se retournant vers Pivot : "Parlons enfin de littérature sur ce plateau !". Sportès continue en sortant des phrases du bouquin : Au sujet des juifs : "C'est la race que Dieu a choisie pour souffrir, celle qui a la chair du Christ dans son coffre-fort ou dans son petit porte-monnaie pourri" Aïe, aïe... Pivot prépare son effet : " J'ai reçu un télégramme de Stirbois" (2) et déclare en substance que l'ami de Le Pen le félicite d'accueillir Nabe à son émission. Ce dernier semble surpris et paraît ne pas connaître l'homme du Front national et lâche :" Le Pen est un démocrate, un reaganien" ce qui fait hurler une partie de la salle. Cela chauffe vraiment... Notre collaborateur Georges-Marc Benamou trépigne devant son téléviseur. Puis n'y tenant plus saute dans sa voiture et à l'intention de mettre les points sur les "i", et va mettre son poing dans la figure de Nabe, après l'émission, Tabary, le papa d'"Iznogoud", qui rêve d'être calife à la place de qui vous savez, pensait à tort à un show télévisé pour vendre un bouquin. Mais le cinéma a duré après la séance, et la LICRA devait déjà préparer son procès en diffamation. Pour sa première télé, Nabe a crevé l'écran : reste à savoir si ses théories lui permettront, bien qu'il s'en défende, d'échapper à une étiquette d'extrême droite que d'aucuns voudront coller à la page de garde de ses ouvrages...

    Ch. G

    (1) Chez Bernard Barrault.

    (2) Au Front national, on affirme tout ignorer de ce télégramme.

    Article sur Au Régal des Vermines - Le Quotidien de Paris - 1985

    Ce qu'il a dit au Quotidien

    "Je suis le Buster Keaton de l'Apocalypse"

    "Je suis le Buster Keaton de l'Apocalypse". C'est au café de la Paix, hier après-midi, que l'homme par qui le scandale est arrivé vendredi soir à Apostrophes a accepté de nous rencontrer. Il a préparé ses formules chocs. "La télévision, c'est l'échafaud de la spontanéité..." "Sportès m'a collé une croix gammée dans le dos..." Ou encore : "Les téléspectateurs ont assisté en direct au suicide d'un écrivain, dès son premier livre." Il prétend n'avoir eu qu'un tort : " Avoir eu un langage écrit et avoir voulu faire de son passage à la télé, un moment littéraire."

    LE QUOTIDIEN. - Vous avez fait une apparition pour le moins remarquée à la télévision, qui êtes-vous ?
    Marc-Edouard NABE. - Je suis avant tout un écrivain. J’ai 26 ans, je suis issu d'un milieu artistique musical et littéraire. Je n'ai vécu que dans les livres et pour la littérature. J'ai fait des bandes dessinées à "Hara-Kiri", j'ai également été musicien de jazz. je prône le côté "petit con". Car j'estime qu'il vaut mieux commencer comme cela et se patiner, plutôt que d'être un personnage mièvre, et d'être un vieux con ensuite...

    Q.- Vous aviez décidé d'être provocateur...
    M.-E. N. - Je ne suis pas assez malin et même bien trop naïf, je suis tombé dans le piège de la télé. Pivot a été dépassé par les évènements et Sportès m'a collé une étiquette politique.

    Q. - Elle est injustifiée ?
    M.-E. N. – J'ai servi le thème de l'émission avec ma technique. elle est basée sur l'apologie péjorative et la fiction des premiers degrés. Je veux aller au bout de l'humour noir à froid avec les sujets tabous... Sportès m'a tendu un piège bien trop facile pour que je lui fasse l'honneur de ne pas y tomber. Pour moi, tout cela tient du sabordage dans le délire qui tient, qui fait partie, du jeu littéraire... Mon livre est ma seule arme : personne ne l'a lu. Une arme qui peut se retourner contre moi, il est truffé de phrases qui, sorties de leur contexte peuvent m'assassiner.

    "J'emmerde Le Pen comme les autres..."

    Q. - Pourquoi vous êtes-vous érigé en juge de la littérature ?
    M.-E. N. - Je suis l'ambassadeur des écrivains maudits. A plusieurs reprises, on a cité Suarès, un juif, un grand écrivain maudit. Mon livre élève le débat littéraire. la seule arme contre les faiseurs. Elle s'est retournée contre moi, en raison de ma naïveté et de ma maladresse. Lorsque j'ai dit : "Parlons enfin littérature", c'était de la provocation, je vis tant pour cela... Je voulais vivre un instant littéraire.

    Q. - Vous estimez que cette étiquette de droite est gênante ?
    M.-E. N. - Je ne suis le porte-parole d'aucun parti. Je suis un anarchiste sectaire. Je n'ai trempé dans aucun mouvement. Je ne connais pas Stirbois. Je suis irrécupérable. J'emmerde Le Pen comme les autres. Quand j'ai qualifié Le Pen de démocrate, pour moi c'était une insulte. je hais la démocratie libérale et industrielle. L’extrême droite veut me récupérer et l'extrême gauche me crucifier parce que j'ai eu le malheur d'admirer des écrivains fascistes. Personne ne reproche à Aragon d'avoir été stalinien? En dépit de son discours totalitaire, personne ne considère Sade comme un nazi. Il y a une agressivité à conserver dans la création littéraire. C'est en ce sens que ma technique d'écriture est fascinante. par exemple, Picasso avait en poche sa carte du Parti communiste, mais sur sa toile, il était le plus grand des fascistes. C'est l'un des plus grands tyrans du XXe siècle qui a imposé la dictature de la peinture, créant un ordre nouveau. Ma principale erreur est, je pense, de parler sans guillemets. Ce que je fais avec vous, ce n'est pas une justification, c'est une poursuite de l'entretien avec Pivot;... Vous savez, au fond, si on ne m'avait pas traité de fasciste parce que j'aime m'habiller comme dans les années 40, je ne me serais sans doute jamais intéressé à la littérature fasciste. Et si l'on ne m'avait pas traité de nabot, je n'aurais pas pris "Nabe" comme pseudonyme...

    "Je suis un observateur mystique"

    Q. - Pourquoi ces attaques virulentes contre les juifs ?
    M.-E. N. - Mon bouquin est une exécration provocatrice de l'humanité : les vieillards, les femmes, mes parents, tout le monde y passe. Il n'y avait pas de raison d'en écarter les juifs. La provocation est le meilleur moyen de ne pas banaliser et de dédramatiser...A l'égard de la LICRA, j'ai été trop violent, trop maladroit, mais j'ai seulement attaqué la LICRA sur sa volonté de ne pas vouloir oublier qui peut aller jusqu'à l'absurde. Ils ont tout fait pour empêcher la diffusion du "Marchand de Venise" de Shakespeare. Ils pourraient interdire d'écouter Wagner, inciter les gens à ne plus aller voir les pièces de Giraudoux ou à détester Voltaire

    Q. - Et votre attaque contre les Noirs ?
    M.-E. N. - Je prône l'apologie de décolonialisme. J’ai peur pour les Noirs, peur qu’ils s’occidentalisent...

    Q. - Vous avez une admiration pour les écrivains de droite ?
    M.-E. N. - Si Céline est de droite, tous les génies littéraires sont de droite. Dans mon livre, j'explique comment les gens l'ont plagié sans avoir su découvrir le fond célinien. Moi, je n'ai aucun idéal politique. Je suis un suave Suève, vous savez les barbares du XIIe... Je suis individualiste jusqu'au trognon. Je n'ai aucune ambition sociale... Mais ce livre que j'ai écrit depuis trois ans n'est qu'une préface. Je suis un observateur mystique. Un immobiliste. Et j'ai une devise " Passéisme for ever". Mais j'ai surtout voulu donner une leçon au milieu littéraire que j'exècre. C'est pour cela que j'emploie des mots tabous, pour des sujets tabous... Vous savez, un critique du "canard enchaîné" a dit que mon livre était un "joyau aberrant"...

    Propos recueillis par Charles Gautier.

    Pourquoi j'ai bondi...

    Par Georges-Marc Benamou

    Une frontière semble s'être effacée, qui disait le Bien et le Mal, qui divisait le siècle, et qui écartait de manière presque sanitaire, les totalitaires et les fascistes, néo et rétro. On ressent ces temps-ci une étouffante impression d'indifférenciation, un cynisme absolu dans le commerce des idées, une banalisation des thèmes orduriers et des haines. Une équivalence, oui, voilà une équivalence généralisée qui consiste à dire, et c'est là le danger, que toutes les idées se valent, que toutes les opinions peuvent s'échanger et que, finalement un sympathique pochage de Morgan Sportès ou un "méchant" roman du bon Jean-Marc Roberts, peuvent être mis sur le même plan, sur le même plateau que cette enfilade d'immondices vaguement mise en force par M. Nabe. On ne plus désormais répondre à seulement la haine, au racisme, à l'exhortation de la violence systématique par une simple critique littéraro-mondaine.
    Il est légitime de revendiquer la liberté absolue de la littérature de [suite incomplète] pour dire tout et n'importe quoi, manière d'apologie kitsch et nazie. Pour dire, comme dans l'émission en question, que la haine brutale des juifs, par exemple, ne relève guère finalement que d'un "mauvais sentiment"...
    - J'aurais volontiers, il y a 40 ou 50 ans de cela, cassé la figure au Céline de "Bagatelles pour un massacre", au Rebatet des "Décombres", à Brasillach... En aurait-on fait un drame ? S'en serait-on vertueusement indigné ? S'en serait-on scandalisé comme on a pu, ça et là, se scandaliser de mon geste ? Si tous les antifascistes des années 30 avaient ainsi raisonné, je me demande au fond, s'ils n'auraient pas épargné le peloton d'exécution ou la mort, à tous ces "gracieux massacreurs" de l'époque, quelques années plus tard. Et si, surtout, rêvons un peu, cela n'aurait pas aidé à un peu moins de barbarie...
    Et puis, foin d'explications, ce soir-là, devant Apostrophes, je n'ai pas supporté tant de civilité, de cordialité, de mensonges enrubannés. J'ai bondi...


    Le livre : un Céline sourd et aveugle qui persiste et signe

    Article sur Au Régal des Vermines - Le Quotidien de Paris - 1985

    Quel déferlement de haine ! Depuis Léon Bloy, Céline ou Rebatet, la littérature ne nous avait plus habitués à des pamphlets d'une telle violence. Et ce n'est pas un hasard si ces écrivains, avec Sade ou Artaud, sont les idoles du panthéon sulfureux de Marc-Edouard Nabe.
    Tout y passe, comme au jeu de massacre. Lui-même et sa famille, les femmes, les amis, le rock, la publicité, l'école, Freud, Sartre : "J'échange "toute" l'œuvre de Jean-Paul Sartre contre un aphorisme du juif pédé collaborateur Maurice Sachs." Dandysme provocateur, chez ce jeune homme de vingt-six ans dont c'est là le premier livre ? Je crains bien que non, car il n'y a dans "Au régal des vermines" aucune trace d'humour, ni de second degré. Qu'on le juge : "En littérature, je préconise un fanatisme, un nazisme, un fascisme absolus et excessifs ! Toute littérature est de droite. Toute poésie est foncièrement fasciste." Et plus loin : " Ce qu'on dit de moi ? Que je suis un fasciste d'extrême gauche, un anarchiste d'extrême droite, un communiste nazi, un gauchiste monarchiste..."
    Marc-Edouard Nabe se revendique donc fasciste et raciste : son apologie du Nègre, qui se veut racisme antiblanc, n'en est que plus douteux. De même son antisémitisme viscéral, les Juifs étant toujours du péché d'avoir tué le Christ, reproche curieux sous la plume de quelqu'un qui vomit et blasphème la religion chrétienne ! La violence était telle que l'éditeur Bernard Barrault a exigé le retrait de vingt pages les plus immondes de cette partie intitulée " Tout doit disparaitre", c'est son auteur qui le dit à la page 155 !
    Pendant qu'on y est, un couplet sur "Les pédés" : " Je les hais, mais ils ne sont qu'une minorité parmi d'autres."
    A part quelques écrivains, Drieu, Brasillach, Rebatet, Céline, dont le talent n'est pas en cause, qu'est-ce qui trouve grâce aux yeux de Marc-Edouard Nabe ? Le jazz, avec surtout Thelonious Monk, et la femme qu'il aime, Hélène Hache. Et le loup féroce se fait (presque) agneau lorsqu’il parle de l'amour qu'il lui porte... Son extrémisme même condamne à l’éphémère ce torrent de boue qu'est "Au régal des vermines", malgré sa qualité littéraire. Sans "Apostrophes" qui, par son écho même, a donné au débat une portée inattendue et qui sera sans doute politique, ce livre n'aurait été considéré que comme un brûlot où l'on trouve un peu tous les défauts - mais hélas aussi le talent - de tous les provocateurs style Hallier, Sollers et consorts, avec une filiation plus précise que l'auteur revendique avec orgueil.

    Marc-Edouard Nabe est un provocateur né ; dans une tradition littéraire évidente, c'est le petit-fils de Céline, mais d'un Céline sans l'œuvre, sans "le Voyage au bout de la nuit" ni la nouveauté, qui n'aurait pas abjuré ses erreurs après l'horreur des camps de concentration, un Céline sourde et aveugle qui persiste et signe.

    Jean-Claude Perrier