Magali Goumaz critique Printemps de feu, parmi trois livres sur la guerre en Irak - Liberté (Suisse) - 04 octobre 2003
Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à nous raconter la guerre !
IRAK. Comme si les mauvaises nouvelles du jour ne suffisaient pas, trois chroniqueurs veulent nous parler de la guerre en Irak avec d'autres mots et à la première personne du singulier. Mission réussie pour deux "carnets". Mais quelle suffisance chez Marc-Edouard Nabe...
Vous lisez les journaux ? Vous savez donc qu'il y a eu une guerre en Irak. Des reportages, des témoignages, des enquêtes, des commentaires, des rappels historiques : il y en a eu avant, pendant, après et ça continue. Alors pourquoi encore lire Carnets de Bagdad, Printemps de feu et Hôtel Palestine ? Parce que les journalistes présents à Bagdad n'ont pas pu tout dire sous les tirs des missiles américains et sous la pression des dirigeants irakiens lorsque ces derniers étaient encore là. Parce que l'électricité, les batteries et autres satellites parvenaient tout juste à envoyer aux rédactions les faits du moment, pas les émotions. Et parce que la guerre, il faut bien la digérer.
On sent chez Patrick Forestier et Jean-Paul Mari un besoin d'exorciser tensions et douleurs. On sent chez Marc-Edouard Nabe un besoin de paraître. Restons un moment avec ce dernier. Pour dire en quelques mots tout le mal qu'on pense de son Printemps de feu. Quelle suffisance dans ce "roman-réalité" plutôt surréaliste !
L'écrivain n'avait rien à faire à Bagdad. Il y est allé par impuissance, anti-occidentalisme primaire et parce qu'on ne peut faire confiance à personne pour parler de choses sérieuses. Alors Nabe se promène dans Bagdad au bras d'une Schéhérazade. Printemps de feu ou comment M. et Mme Dupont passent d'un hôtel à l'autre, disent bonjour au portier et font l'amour. Fin. En espérant que Nabe ne projette pas un nouveau voyage au Libéria, en Tchétchénie ou en Corée du Nord et qu'il reprenne plutôt la rédaction de son journal intime.
RESTER POUR LES GENS
Ce qu'on ne retrouve pas chez Nabe vous saute à la figure chez les deux autres auteurs, journalistes français qui ont une longue expérience de l'Irak et du reportage. Cette différence c'est le respect pour une culture, un pays, une population.
(...)
Magalie GOUMAZ
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