Se connecter
Liste des Articles de Presse
  • 2013 (5)

  • 2012 (27)

  • 2011 (59)

  • 2010 (73)

  • 2009 (21)

  • 2008 (3)

  • 2007 (13)

  • 2006 (7)

  • 2005 (8)

  • 2004 (11)

  • 2003 (16)

  • 2002 (15)

  • 2001 (15)

  • 2000 (63)

  • 1999 (18)

  • 1998 (17)

  • 1997 (13)

  • 1996 (16)

  • 1995 (21)

  • 1994 (16)

  • 1993 (24)

  • 1992 (26)

  • 1991 (34)

  • 1990 (20)

  • 1989 (4)

  • 1988 (9)

  • 1986 (2)

  • 1985 (4)

  • 1983 (1)

  • 1977 (1)

  • 1971 (2)

  • 1970 (3)

  •  

    Le site des lecteurs de Marc-Édouard Nabe

    Accueil Sur Nabe Presse 1991 Article sur Nabe's Dream par François Nourrissier - Le Figaro Magazine - 22 juin 1991

    Article sur Nabe's Dream par François Nourrissier - Le Figaro Magazine - 22 juin 1991

    Envoyer Imprimer PDF

    Article sur Nabe's Dream par François Nourrissier - Le Figaro Magazine - 22 juin 1991

    Article sur Nabe's Dream par François Nourrissier - Le Figaro Magazine - 22 juin 1991

    François Nourissier de l'Académie Goncourt

    Nabe : la "Diarrhée infernale"

    Comme il serait confortable de passer Nabe sous silence ! Pornographie, racisme, nombrilisme, logorrhée, jactance : les prétextes abondent. Traitons Nabe comme Nabe traite le reste du monde et les cochons seront bien gardés. Oui, mais... - Mais quoi ? - Et s'il était, quand même et justement, un écrivain ? En cinq ans, six livres ; voici le septième, Nabe's Dream, que déjà l'on crible de férocités... Allons-y voir.
    A quoi reconnait-on un écrivain ? Au style, à la liberté et au courage de ne pas s'aimer. Sur ce dernier point, Nabe est vulnérable : ses 825 pages de journal sont un délire d'autocélébration de soi. Nabe se dorlote, se plaint, se console, se mignote avec une inépuisable complaisance. De son allure même, le jeune Zanini (Nabe est un sobriquet dérivé de nabot) se compose un dandysme. Il lui arrive, certes, de s'égratigner, mais c'est délicieusement. Pareil narcissisme, aggravé plus que justifié par la pratique du journal intime, perdre Nabe s'il ne fait pas la belle : il est à soi-même sa prison.
    Le style ? Réponse nuancée. Parfois Nabe paraît ignorer les rudiments de la langue : rocaille, audaces vaines, adiposités. Ailleurs, les formules fusent, font mouche, une éloquence furieuse enflamme le propos : descriptions familiales, un festival de l'érotisme, une fête niçoise de jazz. Alors, là, aucun doute : un écrivain touille ces soupes parfois douteuses autant que goûteuses. Comme d'habitude, il y a le jazz ! Depuis l'Ame de Billie Holiday (Denoël, 1986), on sait que Nabe (qui est aussi dessinateur et musicien) en parle bien. Comme des peintres. Dans Nabe's Dream, les meilleures pages célèbrent Thelonious Monk, Oscar Dominguez, Picasso, Juan Gris. La patte est là, le trait, le jus. Et pas trop de halètement célinien, heureusement ! Mais enfin, chez Bloy, Genet, Céline, les dieux de Nabe, l'eau des pierres était plus pure...


    Reste la liberté. Celle de Nabe, pour paraître extrême, n'en est pas moins limitée par l'obligation qu'il s'impose de haïr, polémiquer, ricaner. Comme il le dit de Sade, "l'anarchie obligatoire". Il y a quelque chose de désarmant dans la rage iconoclaste et fusilleuse du pauvre Nabe, qui voudrait tellement nous horrifier ! Il déteste "le con inconnu" enseveli sous l'Arc de triomphe le 6 juin 1944, le rock, le tennis, Brasillach, les "charognes immangeables" (entendez : Sartre, Camus, Mauriac...) et il en veut à Le Pen, "ce démocrate", de ne pas égaler Doriot. A ces énormités, nous sommes supposés frissonner d'effroi. Las... Que de trépignements pour un peu de musique !
    Nabe's Dream
    est le journal de l'auteur entre le 27 juin 1983, date où il termine son premier livre, Au régal des vermines, et le 15 février 1985, où il fait scandale à Apostrophes grâce à un noeud pap incongru et à quelques dégobillages antisémites. Il faut ce qu'il faut. Ces dix-huit mois et huit cents pages sont voués à la recherche d'un éditeur (tous se défilent) et à diverses parties de musique, de boisson, de jambes en l'ai, de littérature, ainsi qu'aux lècheries, défis et amertumes d'un jeune homme qui se pousse. C'est, selon les pages, odieux, marrant ou urticant, rarement ennuyeux. On voudrait pouvoir détester ou excuser tranquillement, au lieu de quoi il faut tenter d'être juste, au grand dam des simplificateurs. Tant pis ou tant mieux, mais ce livre existe.
    On n'ose pas penser à la carrière et au destin qu'eût connus un Nabe il y a cinquante. Calculez : 1941... C'est parce que les idées qui le séduisent ont été vaincues que Nabe a le loisir de pétarader aujourd'hui ses provocations. Peut-on lui suggérer d'y songer parfois entre deux éructations, deux satisfactions, deux émerveillements esthétiques ?

    Nabes'Dream, Journal Intime 1 de Marc-Edouard Nabe ( le Rocher, 197F)
    Photo : andersen/gamma
    Légende photo : Marc-Edouard Nabe : derrière l'obsession de soi, un écrivain.