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    Accueil Sur Nabe Presse 1996 Article sur Nabe, Besson et Hallier - Lire - décembre 1996

    Article sur Nabe, Besson et Hallier - Lire - décembre 1996

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    Article sur Nabe, Besson et Hallier - Lire - décembre 1996

    Article sur Nabe, Besson et Hallier - Lire - décembre 1996

    Les vengeurs musclés

    Pour Jean-Edern Hallier ou Marc-Edouard Nabe, la férocité est devenue une raison sociale. Et la littérature dans tout ça ?

    On sait d'avance qu'ils ne vont pas mâcher leurs mots, mais ce qu'ils disent est aussi imprévisible qu'eux-mêmes. Débordements de colère, obscénités, humour grinçant, visions lucides, révélations prophétiques : ils sont capables du pire et du meilleur. Chacun dans leur genre, Jean-Edern Hallier, Geneviève Dormann, Marc-Edouard Nabe et Patrick Besson appartiennent au club très fermé des "méchants". D’autres écrivains journalistes qui ne pratiquent pas la langue de bois, comme Françoise Giroud, se tiennent en retrait de cette "bande de quatre" : "Tout écrivain s'exposant à la critique, il y a une légitimité à dire ce qu'on pense, à condition de ne pas tomber dans la méchanceté"Jean-Edern Hallier, lui, est un "vrai méchant", mais à quel prix ! sa vivacité d'esprit et son sens de la formule, à défaut du génie qu'il revendique, ne le préservent pas du désespoir. D'ailleurs, la méchanceté n'est-elle pas la manifestation d'un mal-être profond ? Difficile néanmoins d'éprouver de la compassion pour un individu aussi peu respectable. D’autant que Jean-Edern Hallier récolte ce qu'il sème. Les attaques dont il fait l'objet alimentent son délire de persécution et réactivent ce que beaucoup considèrent comme de la perversité et de l'immoralisme. C’est tout le propos des Puissances du Mal (Le Rocher / Les Belles Lettres), son dernier livre qui, malgré quelques bons mots, ne risque pas de passer à la postérité. Entre deux ou trois pathétiques déclarations d'amour à la femme qu'il a été incapable d'aimer, il y ressasse avec un plaisir morbide les attaques et les tentatives d'assassinat commandités contre lui au plus haut niveau de l'Etat et, surtout, crache encore et toujours son venin, s'emporte contre les mêmes hommes d'influence, Roland Dumas, Bernard tapie, Philippe Labro....

    Article sur Nabe, Besson et Hallier - Lire - décembre 1996

    Geneviève Dormann a le cœur plus tendre : " ce qui me fait sortir de mes gonds, c'est la langue de bois, les hommes politiques et la connerie en général. Pour reprendre Bernanos, "Jamais je ne me lasserai d'offenser les imbéciles". Mais si je réagis au quart de tour, c'est en tant qu'écrivain. Je ne porte pas de message : " Il y a des télégraphistes pour cela" disait Paul Morand !" D'un point de vue d'écrivain, poursuit Geneviève Dormann, " je regrette que les critiques ne soient pas suffisamment méchants. En soulignant les défauts, ils aident l'auteur à progresser; A l'exception de rares articles, ceux d'Angelo Rinaldi ou de Renaud Matignon, on tombe souvent dans les papiers de connivence sans intérêt"
    Ce qui est terrible avec ces "méchants", c'est que leurs emportements ont parfois des accents de vérité. Le plus authentique dans ce domaine est sans doute Marc-Edouard Nabe. Drapé dans sa dignité, tour à tour jubilant et pestant d'être un paria du monde littéraire, son intervention fracassante à Apostrophes il y a onze ans puis ses contributions sulfureuses et obscènes à l'Idiot international ont suffi à asseoir sa notoriété d'écrivain transgresseur : "Pourtant, affirme t-il, je ne combats personne ; je suis en croisade. En cette fin de siècle si médiocre, où tout est à base d'idéologie, de morale et d'intellectualisme, où l'être humain est tombé bien bas, je cherche simplement à affirmer ce que j'ai compris et à montrer ma propre conception de la beauté. Mon agressivité n'est donc jamais gratuite." dans son dernier livre, Inch'Allah (Le Rocher), tome II de son journal intime qui, s'il fait grincer des dents, a le mérite d'être l'œuvre d'un vrai écrivain, Nabe " joue, selon son expression, les entomologistes pour rendre compte de l'état lamentable dans lequel se trouve la société littéraire et intellectuelle française des années 80". Tout y passe, vie publique et privées, conversation intimes, comme si l'accumulation de détails rendait la vérité plus lumineuse et absolue.
    Ce qui fait la complexité du personnage, irrite les uns et fascine les autres, c'est que Nabe en appelle sans cesse à Dieu et qu'on le sent vibrer d'une authentique ferveur : " Je ne suis pas un provocateur, mais un mystique combattant. La vraie bonté étant de dire la vérité, quitte à blesser, j'attaque pour que, par la blessure, l'on en ressorte transfiguré et meilleur. Certes, je prêche la plupart du temps dans le désert, mais les croisades inutiles ne sont-elles pas les plus belles ?"
    Après la méchanceté mystique, la méchanceté moqueuse... C'est peut-être Patrick besson qui détient la clé de la fausse méchanceté, de la méchanceté utile. Son arme, c'est l'humour. Il n'humilie pas, il vexe : " Je dis ce que je pense, et j'écris ce que je dis. Je suis direct, brusque, brutal même, mais je ne suis pas méchant. A l'Idiot international, je n'ai jamais été d'accord avec Jean-Edern : contrairement à lui, je trouve que la méchanceté est une impasse et que ce n'est pas malin d'humilier. Quand je n'aime pas un livre, je préfère m'en moquer gentiment. je n'attaque jamais un écrivain qui sort du bois et n'est pas reconnu, je n'attaque que si un malentendu semble s'installer, si l'on sous-estime ou surestime un auteur comme dans le cas de Patrick Modiano ou d'Umberto Eco. Cela me fait de la peine quand je vois des gens s'escrimer sur Le Pendule de Foucault !"
    Autant de moqueries, même féroces, dont Jean-Edern Hallier et Marc-Edouard Nabe ne peuvent se contenter. Tous deux attaquent pour blesser, le premier dans un délire pervers particulièrement nuisible, le second dans un délire mystique plus sympathique. Mais faire le mal pour le mal ne s'apparente-t-il pas davantage aux règlements de comptes qu'à la férocité littéraire ?

    Isabelle Fiemeyer

    Légende Photo : Marc-Edouard Nabe
    "Cioran ne sait pas ce que c'est que le vingtième siècle [...] Les lecteurs se collent à ses plaquette comme des mouches, pour grésiller en chœur sur la tristesse et la pauvreté de la vie, sur l'inconvénient de laver ses chaussettes... Il suffit de lire les titres des livres de Cioran, si typiques du faux torturés, pour deviner, sous le masque du royal incompris, le petit aigri étriqué macérant dans son orgueil de roitelet intellectuel. Aucune vraie mystique ne peut sortir de cette cachette. Aucun enthousiasme non plus : il le remplace par des exercices d'admiration ! Oui, pour ce peine-à-s'extasier, l'admiration a besoin d'exercices !"

    Légende Photo : Patrick Besson
    "Mélange de manuel scolaire, de yaourt nature et de Nintendo sorbonnard, Le Monde de Sophie se distingue surtout, et c'est bien le plus triste, par une absence totale de forme. Les phrases ne semblent pas écrites, mais tapées comme certaines Parisiennes étant trop sorties le soir"

    Légende Photo : Jean-Edern Hallier
    "Des d'Ormesson, il y en a partout, et même chez Le Pen. On en trouve plein le bottin : ce sont les Dupont de l'aristocratie [...] Moi, je ne fais pas exprès, je titille toujours inconsciemment les faiblesses secrètes d'autrui, et la vanité nobiliaire de jean est abrutissante pour un homme aussi remarquable. Forcément, il sait ce qu'il vaut, il est modeste en littérature. D'ailleurs, il a bien raison. S'il fait des gros tirages, il n'est presque pas lu. Pour avoir trop voulu plaire, on n'a pas vu à quel point il était touchant."