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    Le site des lecteurs de Marc-Édouard Nabe

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    Patrick Besson - Le Sexe Fiable + Réponse d'Hélène Nabe dans Paris Match - juin 1998


    Le texte complet PDF - Madame Nabe - Besson (232.83 kB)

    Le Sexe fiableMadame Nabe

    Extrait de Le Sexe fiable de Patrick Besson :

    Madame Nabe

    Ai-je été amoureux de Madame Nabe ? Il faut avouer qu'elle fait bien le poulet. Mais c'est la femme de mon ami Marc -Edouard et je n'ai jamais pu draguer la femme d'un ami, ni celle d'un ennemi, d'ailleurs. Courtiser la femme d'un autre, c'est du vol. Comme tirer sa voiture, cambrioler son appartement ou le braquer à la sortie d'un cinéma. Je suis contre le vol. D’une façon générale, je respecte les Dix Commandements. D'abord parce que j'ai aimé le film, ensuite parce qu'on ne sait jamais. Oui, c'est le problème dans la vie : on ne sait jamais. On est devant un volcan en fusion. Une main s'apprêté à nous pousser dedans et on vaque à nos petites occupations en se faisant même parfois un peu de souci. Par exemple, pour l'Ascension, Saint-Malo ou Amsterdam ? Est-ce que j'aime encore Sandra ? Je crois que je vais opter pour la Mercedes Classe C !


    Madame Nabe - Hélène pour les intimes, je veux dire les lecteurs du journal intime de Marc-Edouard – est l'archétype, on dira donc de l'archénana, de la femme d'artiste. Elle a connu Nabe dans un train et l'a reconnu, l'amour n’étant pas une rencontre mais une retrouvaille. Il était bidasse et il l'est toujours, puisqu'il est puni. Ils ont eu de belles soirées romantiques au début des années 80, entre Erza Pound, Miles Davis et Albert Algoud. On reconnaît une passion lorsqu'on entre dans le Photomaton d'un Prisunic pour se faire tirer le portrait à deux. C'est une chose qu'on ne fait pas souvent dans une vie. ça arrive beaucoup moins de fois que d'aller à Venise. Le Photomaton est une preuve supérieure d'amour ? Après, bien sûr, il s'agit de n’a pas déchirer la photo. Pour ma part, je n'y suis pas arrivé mais à quoi suis-je arrivé ?
    Hélène est une paysanne volatile. Elle a les pieds sur terre mais on n'est pas certain que pour elle la terre se situe sous le ciel. Elle est tellement angoissée qu'elle ne se fait plus aucun souci. C'est une V. monogame. Elle a commencé par l'adultère mais rien n'est plus lassant que le mensonge alors que la vérité est un puits sans fond, qui porte aussi le nom de pensée. Ce qui frappe chez les menteurs, ce sont leurs limites. Ils broutent dans un pré très carré. Ont voulu rendre les autres chèvres et finissent bœufs. Ou vaches, pour les filles. Comme elle a un mari qui dit tout ou plutôt l'écrit, ce qui d'un point de vue social est bien pire, Hélène a été obligée d'être parfaite. Il y a deux sortes de femmes : les muses et les mumuses (mot inventé par Geneviève Dormann à la station de taxis du carrefour Bac en avril 1991.) Pourquoi épouser un artiste ?
    Parce que, ne sachant pas obéir, il ne donne pas d'ordres. Les femmes qui épousent des artiste ne veulent pas être heureuse, sinon elles épouseraient des non-artistes : elles veulent être libres. S'ils restent pauvres, elles en feront ce qu'elles voudront. Pour une femme, l'artiste a un gros avantage : il se méprise et il s'aime, alors que la plupart des hommes s'admirent et se détestent. L'artiste vide son drain tous les jours alors que le non-artiste pourrit, c'est pourquoi il finit par puer. La femme d'artiste a l'odorat sensible. Elle préfère être pauvre dans le jardin botanique d'une HLM que riche dans la fosse septique d'un hôtel particulier.
    Hélène a un petit visage en triangle et de grands yeux verts. C’est une rousse tendance châtain. Elle fume de temps en temps, se soûle de temps en temps, lit de temps en temps, mais s'occupe de son fils tous les jours. Elle a passé une bonne partie de sa jeunesse à bavarder avec Nabe et en a retiré une grande paix intérieure gaie et désespérée. Elle n'a pas vieilli car elle n'a rien fait à part un enfant, ce qui rajeunit. Elle aime les plantes et les animaux, qui ressemblent beaucoup aux écrivains. C’est une végétative bestiale et bavarde. Il y a des jours où elle juge son martyre trop doux, envie Mme Pasternak, Mme Céline. Trouve que Nabe s'installe, devient un mondain. Elle est beaucoup plus extrémiste que lui. Elle veut être haïe, quand il souhaite seulement plaire. Elle lui reproche chacun de ses recentrages.
    J'aime les couleurs de son appartement et comment elle habille son fils. Le thé est chez elle une cérémonie sans cérémonie : je n'en ai jamais bu de meilleur. il y a des filles tartes : elle est une fille gâteau. Tout est sucre chez les Nabe. Je n'ai jamais vu aussi peu d'amertume dans un couple qui se dispute tout le temps. Ils sont en harmonie même quand ils sont séparés. L’amour, comme le communisme, n'est possible qu'entre saints. Il suffit d'un mauvais sentiment, d'une mauvaise pensée ou d'une mauvaise action pour que l'amour meure et, quand il dure, c'est parce que tous les sentiments, toutes les pensées et toutes les actions ont été bons.

    Réponse d'Hélène dans Paris Match - juin 1998

     

    Paris Match - Juin 1998 :

    Une des héroïnes du "Sexe fiable " se rebiffe

    Qu’ai-je donc fait à la littérature pour qu'elle me poursuive ainsi ? après les 3000 pages publiées du journal intime de mon mari, où j'apparais à m'en écœurer moi-même, en fée, gorgone, castratrice, emmerdeuse, névrosée, charmeuse de serpents, femme trompée, sauvée, sinistrée, me voilà dans le dernier livre de M. Besson en "Mme Nabe" entre le portrait d'un Druze et celui d'une goudou ! Pourquoi un autre se mêle-t-il d'écrire sur moi ? Je n'ai rien demandé ! J’étais bien tranquille chez moi entre deux tomes du journal de Marc-Edouard (deux ans de répit)... Voyons ça de plus près. Mais il est très drôle et juste, M. Besson ! Il ne faudrait pas qu'il le soit trop, sinon mon mari va être furieux. Chez nous, on ne lit que les morts ! Enfin, une jolie aquarelle, ça me change des sombres couleurs nabiennes la vie serait-elle rose ? M. Besson a tout a fait raison... Je fais bien le poulet et j'ai les yeux verts, mais je me défends aussi bien sur les endives au jambon, et, la nuit, mes yeux sont plutôt gris ! Pour le reste, M. Besson nous décrit, Marc-Edouard, l'écrivain le plus violent de son temps, auprès de moi, extrémiste, qui le trouve trop mondain, tout deux nageant dans un bain de douceur et de miel! Quelle pudeur ! Avec M. Besson, on est loin du film X que mon obsédé de mari tourne de notre couple dans ses livres et notamment dans son dernier, "Je suis mort" (Gallimard, collection L'infini, 110pages, 75 francs) ! Enfin un écrivain fiable ! Le grand talent de M. besson, c'est de faire éclater de rire celles qu'il blesse et même celles qu'il ne blesse pas. Merci Patrick !

    Hélène Nabe