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    Blog Myspace de Gregory Protche - 13 Avril 2008

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    Gregory Protche

    dimanche, avril 13, 2008 [extraits]

    Little story

    De 1989 à 1996, je suis pion. (Pour payer des études que je suis de loin…un Deug d'histoire en 7 ans, ce qui ne m'empêche pas d'avoir extraordinairement réussi socialement et financièrement dans la vie).

    Deux filles de foyers arrivent en cours d'année. Plus affranchies. Agressives. Cruellement, je les chambre sévère en salle de permanence (« Tu fais la belle, très chère, mais t'es pas une meuf : regarde tes Nike ! Le soir, ta piaule ressemble à un vestiaire de foot tellement ça doit schlinguer ! »). Elles finiront par une tentative d'agression. Je ris durant la tentative et me contente de les repousser. Dix minutes plus tard, les zoulous du bahut viennent me demander pourquoi j'ai pas tapé ces deux petites « putes ». Je réponds que moi j'ai un boulot et un salaire à garder. « Si ton père tape un collègue, il perd son boulot… » Les gosses comprennent. Je les entends toute la journée expliquer à ceux qui ne sont pas encore au courant : « Mais Greg, il peut pas les taper. Il faut qu'il garde son boulot. C'est avec ça qu'il paye son appartement. »

    Malheureusement (encore que, je dois avouer que, sur le moment, j'ai presque apprécié, été flatté !), quelques-uns des élèves les pires se mettent en tête d'à la fois régler mes comptes et faire sentir aux deux greluches qu'elles ne sont pas chez elles, et les chopent (un jour où je ne bosse pas), les frictionnent un peu, en font tomber une dans la boue, etc.

    A mon retour, convocation de la Principale… Dur à avaler : le pion chiatique défendu par les élèves les plus chauds. J'esquive gentiment. Tout rentre dans le désordre, comme disait, plus tard, la femme de Nabe.

    [...]

    Dieu merci, Lady Hiroshima veille…

    A l'époque, nous sommes, elle et moi, en pleine love story. Ca commence même à bien dégénérer. Je l'ai quittée. Ou à peu près. Pour me faire chier, elle fabrique dans notre dos des tee-shirts du même type (aux frais de la boîte qui l'emploie qui fait souvent des opérations promo avec tee-shirts). Mais sans provo. Ils se vendent. Sur le bénef, et prétendant les revendre « ailleurs qu'en France », elle nous en rachète 500. La sachant combinarde, mytho, etc, je suis pour refuser. Puis m'incline devant la réalité. Et m'en tire avec une pirouette restée fameuse parmi nous :
    « Si j'étais méchant, Lady, je refuserais ton chèque humiliant. Mais comme je suis gentil, je l'accepte. »

    Tout ça est raconté dans l'impublié Lady Hiroshima.

    Que Bouker' a demandé à lire…

    Graine de blockbuster pour hommes qui montent au firmament !
    Après les tee-shirts et les posters, j'ai commencé à comprendre que pour gagner ma vie, il allait falloir se mettre à autre chose. A écrire par exemple ! Vous dire si depuis longtemps je refuse de me marier avec le succès et l'argent.

    Vu que dans les revues littéraires, mes mini pamphlets faisaient un peu de raffut, ça m'amena vers le simili journalisme, l'opinion. Grand succès. L'éreintement dans les Inrocks, dont j'ai causé dans le précédent post il me semble. Le début de la fin de l'amitié avec Nabe (supportant moyennement ma « passion » avec Lady H et la parution (au retentissement pourtant mesuré) de mes premiers articles). Sur le plan financier, un désastre. Ces premiers articles, pourtant toujours rendus dans des délais invraisemblables (le tour de force étant l'épreuve imposée au puceau) me prenaient un temps fou. Je les lisais et relisais à Sérigne au téléphone. Les réécrivais en moyenne sept à huit fois entièrement.

    En parallèle, en manuscrit, je pondais un beaucoup trop long recueil de nouvelles, intitulé Décevantes. Sur les filles. Pour faire le petit con théoricien, qui me semblait un créneau porteur et pas trop compliqué (les nanas adorent qu'on leur parle d'elles et c'est elles qui achètent les livres). 15 nouvelles. Au moins 600 000 signes…

    Mon idée était qu'un vrai éditeur trouverait dans le lot les bonnes. Mon orgueil consistait à ne demander rien à personne. Bien sûr pas à Nabe, trop grillé. Mans son entourage, il y avait au moins trois ou quatre enflures en place dans le milieu… Enflures que je méprisais trop pour les solliciter. Auxquelles j'aurais détesté devoir quelque chose. Par lesquelles j'aurais pas supporté de me faire refuser… je le savais empiriquement : Taddéi avait monté une revue éphémère, un « one shot » (ce qu'on aurait aimé Boukercha et moi savoir monter des coups comme ça, rassembler du pognon…). Nabe en était. En profitant (la seule fois, je pense), je proposais à Taddéi mon « Noire sur blanc », récit lyrique de ma première nuit noire. Texte, je le précise, que Nabe m'avait aidé à corriger, avec grand profit. Texte que Taddéi refusa.

    Ce qui doit jouer dans l'espèce de mépris compatissant qu'il m'inspire chaque jour davantage (après l'avoir bien dégueulé quand même pendant des années). Animateur de la moins mauvaise émission de télé. Vieux. Enfin. Pour la première fois de sa vie. Ayant renoncé. Recevant Nabe parce qu'il est vieux et croit que Nabe aujourd'hui dérange quelque chose et quelqu'un (pas plus bienpensant que ce con allant dénoncer le Paris-Dakar quand même ! Incapable de voir que la seule question que pose le paris-Dakar est : pourquoi les Africains l'ont-ils accepté depuis si longtemps ?).

    Et parce que, depuis le temps qu'il le soutient, s'il devait arrêter, il lui faudrait se justifier devant ses amis… Il l'a tellement soutenu, pour se faire accepter ses lâchetés (une femme connue, ça demande des sous pour l'entretien, donc des « concessions »), s'entretenir la bonne conscience artistique ; il a tellement célébré le pseudo intransigeant Nabe, l'incorruptible de baloche Nabe. Il est condamné à continuer.

    Nabe et Taddéi, les inséparables Pit & Rik de la comédie médiatique de la subversion XX° siècle.

    [...]