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    Accueil Sur Nabe Blogs, Internet,etc. Chezxyr - Mais pas avec n'importe qui - 2 août 2009

    Chezxyr - Mais pas avec n'importe qui - 2 août 2009

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    Mais pas avec n'importe qui

    J'aime bien Marc-Edouard Nabe. Bien qu'au contraire de moi cet homme méprise le rock et vénère le jazz, vomisse les Blancs et chante l'Afrique, c'est un type que j'apprécie car c'est un écrivain. Pas un mec qui écrit des livres, mais un écrivain. Et un écrivain doué. On peut écrire ce que l'on veut lorsqu'on l'écrit comme ça. Au final, c'est ça la vraie ligne de fracture entre les êtres humains. Il y a les gens sensibles à l'art, et puis il y a les autres.

    Ce soir je suis tombé sur une vidéo de l'émission "Chez FOG" où Bernard Kouchner faisait face à Nabe. Ça commence à parler géopolitique. Nabe, comme à son habitude, se lance dans une diatribe anti-américaine saupoudrée d'apologie du fanatisme islamique, témoignant selon lui du fait que la civilisation musulmane - contrairement à la nôtre - croie encore en quelque chose, vibre encore pour quelque chose. Sur le plateau, un autre écrivain est présent. Morgan Sportès. Lui aussi est plus qu'hostile à l'égard de l'atlantisme du French Doctor. Je le regarde débiter sur les Etats-Unis les mêmes conneries que Nabe, le style en moins.

    Sa tête de con, il me semblait bien l'avoir déjà vue quelque part. Non seulement je suis très physionomiste, mais des faces de cul comme ça, ça s'oublie pas. Je fais quelques recherches et... je ne m'étais pas trompé. C'est bien lui qui était invité dans l'émission Apostrophes 21 ans plus tôt et qui était face au même Marc-Edouard Nabe pour la sortie du premier ouvrage de ce dernier : Au régal des vermines. Un bouquin rempli d'une haine célinienne délicieuse et délicate que peu de gens peuvent apprécier à sa juste valeur, les charmes de l'horreur n'enivrant que les forts... Oui peu de gens, et certainement pas Morgan Sportès.

    Je me souviens de cette émission de Pivot dans son intégralité, de ce Sportès à l'immonde expression faciale autosatisfaite permanente, avec ce brushing ignoble, cette écharpe bohème et ce pull jaune gerbant... je me souviens du discours de petit père la morale de ce type ne cessant de s'indigner face aux "idées" de Nabe, incapable de saisir que ce qui intéresse l'auteur du régal c'est d'abord la transcendance, la passion, le feu divin que crache la littérature lorsqu'elle mérite son nom, préférant jouer son numéro d'humaniste boursouflé de principes vissés dans son cerveau étriqué comme son cul dans son fauteuil...

    Si j'étais Nabe, je me poserais des questions quant au fait de me retrouver en 2006 à hurler en chœur avec un effroyable connard hermétique du bulbe, un antifasciste pavlovien qui avait montré son vrai visage en s'acharnant sur moi vingt années auparavant. Peut-être alors comprendrait-t-il, Nabe, que ceux qui hier vomissaient sur sa brillante prose sont exactement les mêmes qui aujourd'hui dégurgitent avec lui sur l'Empire américano-sioniste dès qu'on leur tend un micro.

    Cet anti-américanisme-là, monomaniaque et frénétique, est celui du ressentiment. Ressentiment contre toute forme de puissance. Et comme l'écrit Nabe lui-même, l'art est par définition violent, il est de droite par essence, il est ontologiquement fasciste. Voilà pourquoi dans la bouche d'un Soral ou d'un Sportès, l'opposition aux Etats-Unis n'a rien de politique, elle est synonyme d'une incompréhension, et donc d'une haine, de toute forme d'art. Au-delà des opinions de chacun, c'est cette structure mentale, cette cécité devant le beau qui est le signe le plus pertinent de non-appartenance à la civilisation occidentale. C'est le parallèle que j'ai constaté, et il est indiscutable.

    Ainsi il arrive à notre sociologue chauve national, par exemple, d'affirmer au sujet du film Ali qu'il aurait mieux valu en faire un documentaire plutôt qu'une fiction, se justifiant en disant que l'invention est inutile, que la réalité se suffit à elle-même, qu'elle doit être restranscrite sans "effets", que le pire des documentaires est toujours préférable à la meilleure des fictions... De la même façon qu'il fait l'éloge du film American Beauty dans la mesure où ce film véhicule le même message que lui quant aux problèmes du monde anglo-saxon, en restant évidemment aveugle face au véritable intérêt de ce film qui réside dans une réflexion sur la mort, sur le rapport à Dieu et sur la notion de beauté absolue bien plus que dans une critique de la société américaine. Il en va de même au sujet de son mépris pour la science-fiction, et les exemples pleuvent...

    Ce genre de choses dépasse Soral, tout comme Sportès est dépassé par Au régal des vermines et ne peut comprendre Nabe que s'il chie sur George Bush. Il n'y a pas de hasard.

    Nabe devrait apprendre que l'on peut haïr tout, mais pas avec n'importe qui. Parce que le plus grave là-dedans ce n'est pas tant qu'il dise que la guerre en Irak c'était moche, mais qu'il se retrouve à beugler avec des gens qui sont persuadés que Philip K. Dick est un auteur pour adolescents et qu'Apocalypse Now est un film sur la guerre du Vietnam.