Le site des lecteurs de Marc-Édouard Nabe

Accueil Autour de En marge Zanini, son bob et son jazz

Zanini, son bob et son jazz

Envoyer Imprimer PDF

Article paru dans La Provence en 2005

Marcel Zanini - La Provence 2005

Zanini, son bob et son jazz

Emporté sur le devant de l'affiche par un énorme tube dans les années 70, il a préféré le jazz à la gloire.

A 82 ans, il semble toujours échappé d'un film des Marx Brothers, sourire ironique et même fausse ingéniosité... un personnage ! Marcel Zanini avoue au passage qu'il aimerait avoir vingt années de moins. "Pas plus, faut pas être trop gourmand." Il porte depuis des temps immémoriaux la même forme de chapeau, bizarroïde ou plutôt extravagante. Un "bob", précise-t-il. Et de raconter comment dans la vitrine d'un chapelier de la Cinquième Avenue, il a découvert à l'identique celui qui coiffait Nat King Cole, un dévorant modèle, sur une pochette d'album. "Je l'ai acheté quinze dollars". Une somme, assurément, pour l'époque. Il n'a plus dérogé, depuis, à ce genre de couvre-chef, le remplaçant simplement au fil de l'usure. Il conserve toujours l'original à la façon d'une relique.

D'abord New York

Marcel le clarinettiste était, hier soir, sur la scène du Blue Note, un cadre quasi idéal pour ses musiques, en phase de toute façon avec son histoire. Celle d'un gamin de Marseille, fils d'une mère grecque et d'un père d'origine italienne. L'école, la vie professionnelle... tout l'ennuie jusqu'à la découverte de la musique via "Hollywood Hotel", film où figurent Benny Goodman et son orchestre. Le jazz vient d'entrer dans sa vie. Il n'en sortira plus. Il raconte d'avoir vu tellement de fois le long métrage qu'à la fin l'exploitant de la salle le laissait rentrer gratuitement. "J'en rêvais la nuit". Une petite annonce placardée dans un magasin de musique proposant des cours de clarinette fera le reste. Zanini s'est trouvé un destin qui va l'emporter vers d'incroyables rivages.
On est dans les années troubles de la Seconde Guerre mondiale, l'occupant n'a pas encore annexé la France au-delà de la Loire, précise le principal intéressé. Entré en musique avec passion et le talent d'un surdoué, il possède très vite son art et jette les bases d'une carrière échappant à l'ordinaire.
Devenu célèbre dans sa région avec son trio, il n'hésite pas pourtant à tout plaquer pour partir sur les traces de ses "idoles", le mot qu'il emploie, à New York. Sa jeune femme est du voyage. "Je n'avais rien. J'étais prêt pour survivre à faire la plonge dans les restaurants." La musique suffira pour lui permettre d'exister. Il en joue dans le Bronx, Manhattan et surtout, accompagne, ceux qui le fascinent : Buck Clayton, Audrey. Il y aura, également, cette photo de Charlie Parker qu'il réalise six jours avant sa mort. " "Jazz Hot" l'a publiée avec un papier que j'avais écrit sur lui."

Puis le Tube

En 1958, juste avant la naissance de son fils, sa femme veut regagner la France. Le couple retrouve Marseille où Marcel Zanini reprend ses activités musicales... "Tout a recommencé comme avant, comme s'il n'y avait pas eu cette absence de quatre ans." Impressionné par son charisme et son effet sur les foules, Henri Salvador avec qui il partage un solo sur le titre "La trompette d'occasion", le pousse à "monter à Paris". Animateur vedette de l'époque, Hubert, fait de même. Zanini se retrouve après bien des péripéties en 1968 à l'affiche du "Bistringo"
L'histoire s'accélère quand il enregistre "Tu veux ou tu veux pas", titre transfuge du répertoire brésilien, qui va devenir un énorme tube.
Il se vend un million d'exemplaires alors que Brigitte Bardot qui l'a inscrit elle aussi à son répertoire ne dépassera pas quelques dizaines de milliers. Dans la foulée, Marcel Zanini signe un ou deux bizarreries bien accueillies par le public également.
Si de cette expérience, il avoue longtemps après, "Je remercie le ciel", le jazz demeurera son domaine de prédilection. NJP fait presque partie de son ordinaire pour y être passé cinq années de suite après 1976. Il lui arrive comme au "Petit Journal" à Paris de partager la scène avec son fils.
Marc-Edouard Nabe n'est pas seulement jazzman mais aussi écrivain à succès et polémiste par conviction. "Il dit ce qu'il pense, quitte à se contredire après. Je l'ai vu dessiner depuis l'âge de deux ans. Son trait était déjà d'une rare efficacité. Il continue de peindre."

Benoît GAUDIBERT et Jean-Paul GERMONVILLE