[...]
Voyez ce jeune professeur dont j'ai découvert la lettre, dernièrement, sur le site de Renaud Camus. Un partisan ? Il prétend trouver «Vaisseaux brûlés très beau», «conceptuellement et littérairement», lui qui a réfléchi au «journal d'écrivain dans la littérature française au XXème siècle», et à «la sémiostylistique d'un genre». Il s'est appuyé sur les écrits de l'auteur. Il estime que le journal de R.C. est un des tous meilleurs et qu'il sait de quoi il parle, appréciant entre autres Buena Vista Park et P.A., lui qui dans Libération signa, en mai 2000, un article intitulé "La trahison de Renaud Camus", à ce point venimeux qu'on croit tomber des nues lorsqu'il affirme maintenant qu'il aime l'écrivain. Au pire de l'affaire, de Camus il disait : «un petit bourgeois qui se prend pour un aristocrate», le traitant finalement de «petit maître». Il espère pourtant qu'il a senti «le fond bienveillant de (s)a colère» (!), six mois après avoir hurlé avec les loups et brigué les feux de la rampe. En lisant cela, j'en suis presque arrivé à me demander s'il ne s'agissait pas d'un faux grossier ! C'est dire si on se laisse gagner par la terreur et la paranoïa. Et, j'oubliais : il aime M. Ed. Nabe, bien sûr, vous savez «le petit Zanini», dixit R.C., qui le trouve brillant quant au style, quoique ordurier, mais avec «un projet d'une insoutenable pertinence». Certes, il ne s'embarrasse pas avec les nuances : Nabe franchement fascisant, franchement antisémite pour le coup ! Nabe que publie, via Gallimard, l'inévitable Ph. Sollers, bien moins indulgent vis à vis de R.C. dont il réclamait la tête. Deux poids, deux mesures ? Loin de moi l'idée d'interdire Nabe dont je lis le Journal. Je note qu'on publie Au régal des vermines tandis que L'ombre gagne de Camus, un roman d'idées qui mettrait en scène l'antisémitisme, la judéophilie, l'homophobie (le sida, juste punition divine) et son contraire, est refusé par toutes les maisons d'édition, dont Gallimard, P.O.L. Un brûlot ? Mais que penser lorsque paraît Le Journal inutile de Morand et ses nombreuses diatribes - antisémites, misogynes, homophobes, contre les jeunes gens, les gens pauvres, la télévision, etc... - et qu'il est salué par les magazines littéraires et Sollers, encore dans Le Monde en bonne place, et sans la moindre hésitation ? Comme les indignations, la censure serait-elle à deux vitesses ? Les attaques, en tout cas, donnent souvent le sentiment d'un certain nombre d'arrière-pensées, d'arrière-plans stratégiques. On l'a vu avec Sylviane Agacinski et Alain Finkielkraut, pris à parti, comme ensuite Claude Durand chez Fayard, l'édition et la culture étant aussi enjeux de pouvoir et de prestige, au delà d'un évident aspect commercial. La censure peut alors être une arme, à double tranchant.
[...]
| < Précédent | Suivant > |
|---|
Sur Nabe 


