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    Elisabeth Lévy - Les Maitres censeurs - mars 2002


    lesmaitrescenseurs
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    Et que dire de Philippe Sollers qui n'est jamais autant lui-même que lorsqu'il défend la liberté radicale de la littérature ? Cet amoureux de Céline fait preuve, dans l'affaire, d'une contradiction qui laisse pantois. Il a publié Marc-Edouard Nabe, auteur décrit par Claude Durand comme «plus excessivement célinien que modérement barrésien»; quelques mois plus tard, il «acquittera» Paul Morand, que personne, d'ailleurs, ne cherche à censurer ; seul Camus connaît ses foudres jupitériennes.
    Peut-être Sollers, si on l'interrogeait, répondrait-il, comme il l'a déclaré au cours d'une émission télévisée, que Camus est un écrivain «moyen». On lui laissera la responsabilité de ce décret. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas en se fondant sur des critères esthétiques qu'il a prononcé la condamnation de Camus, mais pour sanctionner ses fautes morales supposées. De cet apparent solécisme sollersien, on peut cependant trouver une autre explication dans la philippique mi-moqueuse mi-sérieuse qu'il adresse aux «nouveaux bien-pensants» suivant un renversement désormais coutumier qui décèle le conformisme dans la minorité et le courage dans la majorité dominante. Ce qui pose problème, chez Camus et chez ses défenseurs, ne serait pas tant l'antisémitisme de l'un et la complaisance des autres que la volonté que leur prête Sollers de défendre «l'école, la famille, la nation» alors que «la survie de la culture et de la langue française l'exigent». Ecole, famille, culture, langue, nation : on pourrait trouver des combats plus douteux. Mais pour Philippe Sollers, le fascisme semble déjà contenu dans ces idées.
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