C'est pour oublier qu'il était un artiste manqué que Gainsbourg a essayé de nous faire croire à son génie dévoyé. Rien d'étonnant à ce que d'autres faux artistes aussi médiocres que lui se soient identifiés à sa posture mensongère. Et il y en a qui ne reculent devant rien…
C'est le cas de ce Joann Sfar qui, après avoir tâté de la philosophie, des beaux arts, du scénario et de la bande dessinée, se croit tenu aujourd'hui de tenter une carrière dans le cinéma. Comme le dit la bande-annonce du film, pardon du "conte" (à dormir debout ?) de Joann Sfar: "Quand l'un des plus grands artistes du vingtième siècle..." Rien de moins ! Si ce n'est que dans cette phrase, ce n'est pas à Gainsbourg mais bien à Joann Sfar lui-même qu'on est censé penser ! Parce que Serge Gainsbourg était bel et bien une merde et Sfar, dont tout le travail de fond consiste à en imiter l'escroquerie, est mieux placé que quiconque pour le savoir.
Il faut aussi savoir que Sfar est un sioniste ultradécomplexé, qui s'étonne que les Palestiniens ne disent pas merci, parce que "sans état d'Israël, pas de conscience palestinienne" (sic !). Déjà, du temps de Charlie-Hebdo, môssieur Sfar se permettait de donner des leçons à ses aînés, à Siné, notamment par rapport à la Palestine, bien sûr, ou à Willem. Quelqu'un comme Vuillemin lui, le méprise profondément en tant que dessinateur. Ce sont toujours les pires médiocres qui se permettent de juger les génies… On a les sacerdoces qu’on peut.
A ce sujet, et pour en revenir à Gainsbourg, il faut réécouter cette chanson écrite pour Israël en 1967, lors de la Guerre des Six Jours. Vingt-deux ans avant la reprise de Mon légionnaire, Gainsbeurk est déjà dans le désert avec ce titre Le sable et le soldat. Des paroles inoubliables comme « je défendrai contre tout ennemi le sable et la terre qui m’étaient promis… Tous les Goliath venus des pyramides reculeront devant l’étoile de David », en disent d'ailleurs long sur le supposé antimilitarisme de l’auteur de Aux armes etc.
Comprendre Gainsbourg c'est donc en cette occasion comprendre beaucoup plus. Marc-Édouard Nabe, dans ce texte paru d'abord dans l'Idiot International sous le titre "Gainsbourg, l'article de la mort", dit tout ce qu’il y a à dire sur la déchéance de l’homme à la tête de chou.
Nul doute que Joann Sfar se reconnaîtra dans ce portrait aussi féroce que juste. Remettre ce texte de Nabe en avant, ce sera notre façon de fêter joyeusement la sortie d'un film prétentieux et pour tout dire inutile.
SERGE GAINSBEURKTous les journaux ont déjà en réserve l'article nécrologique sur Serge Gainsbourg. Les plus laborieux pigistes ont commencé leurs papiers fleuris. Les ateliers d'éloges se mettent doucement en branle. Tout est prêt pour enfumer d'encens qui nous noyait dans son brouillard de Gitanes. Ah ! Ça va être unanime, la perte du grand tendre, les larmes des bourgeoises sur le provo au cœur d'artichaut d'or, le singe sensible qui souffre... Gainsbourg souffre, c'est ça qui plaît. Il souffre d'avoir été un presqu'artiste. Ainsi tant d'autres se retrouvent en lui. Quelle émotion ! On plaint toujours un type qui n'a pas eu ce que les lâches appellent "la chance" d'être Picasso, mais on ne plaint jamais Picasso. Si Gainsbourg est si malheureux c'est qu'il porte la croix des grands. Elle est lourde celle du vrai artiste qui en chie autrement qu'en se lamentant toute sa vie de n'être qu'un talentueux chansonnier français de la fin du vingtième siècle ! Gainsbourg est intelligent mais il ne comprend pas pourquoi Chopin est Chopin. Au début de sa carrière, il voulait sincèrement savoir, maintenant il s'en fout, il a pitoyablement laissé aller sa nature de larve fainéante destroy, il s'est oublié comme un vieillard pisse une urine amère, il s'est suicidé sous lui. Il aurait voulu donner plus, mais le plus laid des hommes ne peut donner que ce qu'il a. Il possède des tableaux de maîtres chez lui pour ne pas avoir à en peindre. Ah ! La peinture ! Voilà son point faible, son point mort. Alors, quand il se retrouve tout seul sur son pouf d'ignorance, dans son appartement tout noir devant sa page toute blanche, il en rigole plus Serge Gainsbourg. Ça ne marche plus devant la glace l'argument hypervulgaire de la vente de disques, du livre nul mais chez Gallimard, de la qualité de dessins de Klee qui rejaillit sur ceux du collectionneur, des belles putes dans la salle des trophées, de la jeunesse mongoloïde accrochée à ses bons maux. Désormais ses grandes oreilles, ses cheveux gras, et ses petites lèvres susurrantes, sa barbe de 3 jours soigneusement entretenue, ses cigarettes enchaînées à ses tremblements, ses pouces dans les poches, ses mots d'anglais mâtinés de militarisme, son air entendu et son impudence de grand professionnel ne lui servent pas à grand chose pour crever. Gainsbarre et Gainsbourg ne forment plus qu'un seul Gainsbeurk qui n'en finit pas de roter son dernier soupir. MARC-EDOUARD NABE L'Idiot International, 25 octobre 1989. Texte repris dans Non .
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