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L’inarrêtable Marc-Edouard Nabe
Blog de Lilian Massoulier sur le JDD.fr
Par lilianmass, dimanche 7 février 2010 à 12:37
On se fiche pas mal de savoir s’il soutient le Président iranien ou les palestiniens de la bande de Gaza, s’il conchie les candidats de la Ferme Célébrités ou BHL, l’important chez Marc Edouard Nabe, le capital pour cet écrivain sans éditeur c’est qu’il nous offre un nouveau livre, son 28ème. Le reste est à côté de la littérature.
« Personne ne veut débattre avec vous, Marc Edouard Nabe » a déclaré Franz Olivier Giesbert, FOG dans le brouillard, seul avec Nabe dans un décor sombre au milieu d’un public plutôt nabien, apparemment. Personne pour débattre avec Nabe ? Rien d’étonnant dans ces temps de merdes molles, comme autrefois les montres de Dali, dans ces temps où « tronche pas catholique » vaut procès, dans ces temps où Marie N’Diaye est Goncourt, où Facebook rassemble les gens sans qu’ils se touchent. Rien d’étonnant que personne, pas un écrivain voulait dire Giesbert sans doute ne veuille se frotter à Nabe, vu qu’il est, lui, le dernier des écrivains, Mohican difficile à crever qui s’acharne, s’entête, fusse à coup de tracts, fusse à coup de livre sans éditeur, comme son dernier, donc, lui qui s’obstine à l’écriture, quand même, quoiqu’il lui en coûte. Si personne ne veut croiser le fer avec Zanini Jr, c’est parce que justement il n’y a plus personne. Nicolas Rey ? Tenez, pourquoi pas, invité juste avant dans l’émission de FOG, Nicolas Rey aurait pu débattre, non ? Non. Nicolas Rey n’est pas un écrivain, juste un people qui connaît un certain succès sur un minuscule ouvrage dans lequel il raconte son addiction, sa désintox et sa repentance. Pas suffisant pour faire de la littérature, pas un écrivain. Donc rien à dire à Nabe, qui ne s’intéresse qu’à la littérature, qu’aux mots. Et au Président iranien, aussi ? Non, ça, c’est pour l’esbroufe, le spectacle, le Nabe show, ça fait 25 ans que ça dure, Nabe évidemment personnage médiatique aussi, très « de son époque » à ce niveau là, mais comment faire autrement ? Tout cela, pourtant, même si ça fait le buzz sur Internet, tout cela est très secondaire.
Le principal c’est « L’homme qui arrêta d’écrire », 28ème chef d’œuvre du fils de Zanini, 28ème pavé dans la gueule de la littérature française, cette salope, qui couche avec n’importe qui aujourd’hui pour ne pas se retrouver seule. Elle écarte les jambes au plus offrant, qu’il soit de gauche, intellectuel, ou de droite et con, ou de droite et intellectuel, mais c’est plus rare. La littérature fait des passes, depuis 30 ans au bas mot(s), mais Nabe lui est au dessus de tout ça, il tient les comptes ramasse le blé et se paie sur la bête de temps à autre. De temps à autre, c'est-à-dire chaque fois qu’il publie un livre, un tract, un texte. Là il lui montre comment jouir, à la littérature, il lui montre ce que c’est que le pied, le vrai, pas ces missionnaires pressés, pas ces levrettes improvisées, pas ces enculages à sec qui déchirent et ennuient, pas ces sado masochisteries qui ne convainquent que les jurés des prix littéraires, ces pauvres et vieux malades de leur prostate. La littérature est sur le trottoir, depuis un moment, Nabe lui n’est pas de ce bord. Lui, il l’aime, la littérature, il la transpire, et la peinture aussi, et le jazz, et tout ce qui fait qu’on a des yeux, des oreilles et une langue. Nabe est d’une autre époque, celle dite des « grands écrivains », même si ça ne veut pas dire grand-chose. Alors quand Nabe écrit l’histoire d’un homme qui arrêta d’écrire, il nous raconte, forcément. Ilse raconte, il nous raconte, comme dans son journal intime, son fameux journal intime qui arrachera des larmes à la postérité, soyons en sûr, il nous raconte, se raconte, il nous place en face de toutes les glaces, qu’on se regarde, enfin. C’est fulgurant, souvent drôle, ce qu’il faut de méchanceté de mauvaise foi et de posture pour rester, pour coller au chef d’œuvre comme d’autres s‘abonnent à la médiocrité.
Chef d’œuvre le mot est fort, bien sûr, et prononcé une demi douzaine de fois chaque semaine par Michel Denisot. Encore un mot qui du coup ne veut plus rien dire. Mais chef d’œuvre quand même, parce que dans ce désert littéraire qu’est la France, 700 pages de littérature de la main d’un quinquagénaire jamais à la mode, vaguement culte, ignoré des médias et reconnu par beaucoup en douce, en secret, comme une sorte de honte digne de la Collaboration, peut-être, 700 pages dans ces conditions là ça tient du miracle, de l’improbable, une telle obstination à publier quand même, à exister, à survivre, à rester debout en dépit de tout, là où beaucoup auraient sans doute allumé le gaz, ouvert toutes les fenêtres ou pris un emploi à France Telecom. « L’homme qui arrêta d’écrire » c’est justement l’histoire d’un homme qui n’a jamais arrêté d’écrire et qui ne pourra sans doute jamais arrêter, et qui mériterait, bien plus que tous ces avortons Nothomb, ces riquiqui Lévy, ces rigolos Musso, qu’on lui avoue enfin qu’il n’est pas un homme sans qualité. Infréquentable, vous diront les journaux, fasciste, provocateur, démagogique et bien sûr antisémite. Vingt cinq ans que ça dure, que ça lui colle au sparadrap. Vingt cinq ans qu’on le bassine avec son Apostrophe originel. Vingt cinq ans de Régal des Vermines, vingt cinq ans qu’on lui demande de s’excuser de considérer Louis Ferdinand Céline comme le plus grand écrivain français de tous les temps. Vingt cinq ans de tête sous l’eau mais Nabe respire encore.
Une phrase de la mère de Baudelaire (citée page 85 de « L’homme qui arrêta d’écrire ») sur son Charles lui va comme un gant : «…il possède l’art d’écrire à un degré imminent. Charles, malgré ses excentricités, à un talent incontestable. Ne vaut-il pas mieux avoir trop de fougue et trop d’élévation artistique que stérilité d’idées et des pensées banales ? »
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