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« Les choses existent écrites »
Marc-Édouard Nabe est au paradis. C’est ce qu’il dit lui-même, par exemple dans l’émission de Franz-Olivier Giesbert il y a deux semaines. Un nouveau livre, la tranche toute noire et épaisse de 686 pages. Imposante. En quatrième de couverture, un nombre, 28, sur fond noir. Pas de code barre, pas d’éditeur. L’Homme qui arrêta d’écrire, c’est son titre, ignore libraires, critiques et maisons d’édition. Imprimé sur commande de l’auteur, il n’est disponible que sur commande du lecteur via marcedouardnabe.com.
Grâce à ce dispositif, Nabe doit se régaler d’imaginer ses meilleurs ennemis chercher des prête-noms pour récupérer un exemplaire sous le manteau sans lui en faire une humiliante commande. Un peu dur d’envoyer un chèque directement à quelqu’un pour pouvoir découvrir à quel point il vous a amoché. Hop! un exemplaire chez la tante de Beigbeder. Un autre pour la belle-mère de BHL…
Nabe a donc quitté l’enfer qu’est le monde des lettres en éditant lui même ce 28éme livre, et traversé le purgatoire pour l’écrire. Ex-écrivain, il y redécouvre en une semaine un Paris sous Prozac®, trop faussement cool pour être réellement vivant, et s’en prend à tout ce que l’époque a de moche.
Durant une période ou le suicide trottait trop dans sa tête, Nabe était allé y traquer cette idée pour lui faire la peau, avant qu’elle ait raison de la sienne, en (d)écrivant l’acte qu’il voulait ne pas commettre. Avec la même logique, il écrit l’acte d’arrêter d’écrire pour mieux s’en empêcher. Sympathique ironie qui lui donne l’occasion de travailler sur ce qu’est l’écriture et d’être écrivain. Si L’Homme qui arrêta d’écrire à l’air d’un gros pavé noir lancé dans la vitrine d’une librairie, c’est surtout une caisse de résonance (vérifiez, tapez dessus avec votre poing) pour ce qu’il reste de la littérature.
« J’essaie de me concentrer sur n’importe quoi : un chien qui fait ses besoins, une fille qui passe, un oiseau dans le ciel… C’est difficile de ne pas penser à tout ça quand on passe près de la Bibliothèque nationale, pour bien faire il faudrait qu’on enlève la Bibliothèque. Voilà, ce serait la solution pour les obsédés dans mon genre : faire disparaître tout ce qui peut, dans le monde, les faire penser à des références littéraires… Quel soulagement. Hélas, pour oublier ce qui a été écrit, il ne suffit pas d’arrêter d’écrire soi-même. Ni de lire. Les chose écrites existent. Ou plutôt : les choses existent écrites. » p 365
Une nouvelle fois, Marc-Édouard Nabe montre toute l’énergie qu’il peut déployer aussi bien pour attaquer ce qu’il déteste que pour sublimer ce qu’il aime. Un 28éme livre édité seul après 25 années d’ ignorance belliqueuse du petit milieu littéraire et des grands médias : un sublime chemin de croix qui nécessite une réelle transcendance.
Pour mieux comprendre ce qui habite Nabe, voici le récit autobiographique en 13 pages de ses 25 premières années. Scans trouvé sur alainzannini.com aux côtés de nombreux autres textes. (Lien vers les scans)
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