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    Accueil Sur Nabe Blogs, Internet,etc. Nabe : "L'Homme qui arrêta d'écrire" - blog de rurz - 11 avril 2010

    Nabe : "L'Homme qui arrêta d'écrire" - blog de rurz - 11 avril 2010

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    La lecture, comme l'approche de toute oeuvre d'art devrait toujours revenir à une affaire de coeur. Voilà ce qui séparera à jamais les lecteurs professionnels, critiques, journalistes, éditeurs, etc. de ces simples blogueurs juste désireux de faire partager le plaisir d'un livre qu'ils ont avant tout aimé. Contrairement à l'expression convenue, les yeux de l'amour sont les plus lucides, les plus pertinents. C'est même là, comme en prend très justement conscience l'auteur de cet article, une des leçons majeures de l'Homme qui arrêta d'écrire, livre dont toute la dernière partie en particulier semble avoir échappé à beaucoup. Les journalistes ne sont pas prêts de rattrapper ces simples et sincères blogueurs, comme celui qui a écrit ce texte et les engueule à juste titre d'avoir failli le dégoûter du livre.

    Lire l'article dans son contexte originel

    NABE : "L'HOMME QUI ARRÊTA D'ÉCRIRE"

    Je trouve qu'avec L'Homme qui arrêta d'écrire, Nabe prend une vraie belle épaisseur. Humaine. Touchante. Sans à aucun moment baisser son froc. Et en mordant toujours magnifiquement.
    Ce livre, très simple en apparence dans ce qui y est raconté et dans son style sans (trop d') effusion, recèle un morceau de finesse gigantesque dans ce qu'il laisse deviner, et d'humanité tendre. Très fort avec le jeu. Avec le je. Finaud, Nabe. Et tenir comme ça, sans jamais lasser ou ennuyer, sur près de 700 pages, c'est quand même un sacré bon tour de force. Comme l'absence totale de chapitre. Comme le temps réel. 24 heures chrono (pas vu et veux pas le voir) et Ulysse (toujours pas lu) de Joyce sont cités. Et Proust, bien sûr (c'est à 31 ans que j'ai enfin réussi à entrer - en tout bien tout honneur- dans Proust. Ca-y-est, je goûte sa très fine, délicate, flamboyante et hypnotique prose. C'est un monstre, Proust).
    Le petit claquement de dents du personnage principal, du je, de l'écrivain, au détour d'une ligne, qui crève de froid alors qu'il fait chaud dans la pièce où il se trouve, en présence de ses anciens collègues écrivains à cocktails : il fait froid, à la morgue. Un exemple d'une petite touche discrète (le claquement de dents) qui fait tout.
    En tout cas, j'ai beaucoup écouté/vu d'émissions sur Nabe pour ce livre : personne n'a donné, à mon sens, une idée précise du livre. Sur sa force. Sur le plaisir génial procuré par tous les petits détails anodins, qui truffent le livre, comme quand le personnage va prendre un Yoplait dans le frigo, ou quand il va acheter son dentifrice... Et qui servent le propos du livre, sur le monde-toc et l'écriture apparemment plate, fondant dans son sujet (la superficialité) mais en la transposant pour lui donner chair. Du sens. Génial. Et impression de n'avoir jamais lu ça. Et puis lire ce livre est un vrai bon plaisir. Il y a, aussi, quelques pépites en fin de journée (l'endormissement à l'Hôtel-Amour).
    Les cons qui ont parlé du livre m'ont donné l'impression que ce n'était qu'un livre superficiel où l'on croise des gens connus. Super... Rien sur la profondeur de ce livre sur la superficialité.
    Sur notre époque, donnée à voir, sale et vraiment inquiétante, morte, oui, mais dans la joie, tout en donnant la preuve qu'on peut tout de même y vivre vivant. J'aime énormément ce bouquin. Dont il est vraiment difficile d'extraire le suc. Bon, c'est pas mon boulot non plus, hein. En tout cas, ce n'est pas en une critique ou une notule, et encore moins dans une émission, qu'on y parviendra... Comme d'habitude, on se focalise sur le moins important : Nabe s'anti-auto-publie (on ne sait plus trop)... Nabe touche 70% de droits... Nouveauté Incroyable (eh Nabe, je suis passé à l'autoédition en 2008 pour mon deuxième bouquin !... Mais, j'y pense : je vous ai envoyé rurz, rurz, rurz à sa sortie... et je l'ai imprimé aux "Deux-Ponts"... L'Homme qui arrêta d'écrire a été publié au même endroit : Nabe, je vais finir par devenir parano !...)... Nabe tape sur des gens connus... Fric, Nouveauté à tout prix et généralisation abusive, ragots. Les mêmes recettes journalistiques... Ce n'est pas nouveau, certes, mais il faut croire que je m'en étonne encore : ils sont vraiment cons, ces journalistes. Littéraires, en particulier...
    Au final, vu qu'ils détruisent tout ce qu'ils touchent, ce n'est peut-être pas plus mal qu'ils ne parlent pas du primordial. N'empêche, ils ont bien failli me détourner de l'achat du livre. Les couillons. Bref.
    Une idée qui m'a gonflé et qui m'assaillait dans les premières pages du livre était : "Ça-y-est, vu ce qu'il dit dans Le 27ème livre sur sa relation à Houellebecq -pas lu et pas envie de lire d'ailleurs- rapport à "il a du succès car il flatte la bassesse des gens qui peuvent donc s'identifier", Nabe va faire dans le trivial quotidien pour s'attirer des lecteurs qui pourront se retrouver dans cette simplicité", et je trouvais cela vraiment petit joueur. Mais cette idée s'est dissipée, comme elle était venue, au fil de la lecture. Car cette simplicité bien présente est au service d'autre chose qui nous tire vers le haut. Méchant tour de magie : Nabe écrit et décrit et se fond dans la simplicité de la vie, sa superficialité ou sa trivialité, comme on veut, pour au final et en creux, nous emmener dans la complexité et la hauteur, et le besoin de se battre (dans le bon sens du terme) pour l'enthousiasme, et la Joie. Et il le fait en montrant son personnage vieillissant et déconnecté. Ce livre est un négatif, au sens photographique. Et oui, c'est bien un roman. La page titre prend tout son sens.
    J'arrête là pour l'instant. En fait non ! Je trouve aussi, comme il a pu déjà le faire, à mon idée, dans "Alain Zannini" (quand il évoque Alexandre et l'hôpital), que Nabe baisse la garde dans son nouveau roman. Lui qui semble se méfier à mort de l'émotivité et de la faiblesse. Alors que, bien sûr, on viendra vous écraser si vous vous montrez faible (mais pas si sûr après tout, non ?), bien sûr il y a les pièges de la complaisance et de la pleurnicherie, mais elle vaut son pesant de cacahuètes, cette émotivité tant décriée par certains écrivains, et ce n'est pas simple de s'y confronter dans l'écrit, malgré toutes les excuses que l'on peut trouver pour éviter de le faire. S'y confronter en toute honnêteté. Bon, d'accord, c'est mon dada. Mais les masques m'ennuient. Je trouve cela bien, qu'il baisse parfois sa garde face à son émotivité, Nabe (ou peut-être joue-t-il à baisser sa garde, bien sûr, mais ce n'est pas important. L'écriture, même et je crois d'autant plus la plus pure autobiographie brute et fruste reste, au final, un masque).
    Et pas pour dire qu'au final Nabe est gentil (on s'en fout), mais parce que cette émotivité fait partie de la vie et qu'il faut s'y confronter dans l'écrit (c'est peut-être le plus compliqué, oui peut-être...) en tâchant de ne pas y sombrer.
    Lisez L'Homme qui arrêta d'écrire ! 28 euros
    à commander sur www.marcedouardnabe.com
    visiter aussi www.alainzannini.com

    Photo : Emma Pasquier, euh non, Romy Schneider dans L'Enfer d'Henri-Georges CLOUZOT, un film qui n'existe d'ailleurs pas...