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    Accueil Sur Nabe Blogs, Internet,etc. Marianne2.fr - Nabe fêté en son royaume - 18 Avril 2010

    Marianne2.fr - Nabe fêté en son royaume - 18 Avril 2010

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    Nabe fêté en son royaume


    Philippe Cohen et Alain Léauthier | Dimanche 18 Avril 2010 à 13:01

    Jeudi 15 avril, l'écrivain contreversé, comme on dit sur Wiklipedia, a réuni à Paris trois cent afficionados pour fêter le 3000° exemplaire vendu sur le Net de son dernier opus. Reportage.

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    Jeudi 15 avril, c’était la Nabe pride. L’expression n’est pas choisie seulement pour taquiner un écrivain qui, depuis vingt cinq ans, aime à se battre contre la « bisounoursisation » de la vie intellectuelle. Le mot de pride est à entendre au sens non figuré. Jeudi soir, on sentait Marc Edouard Nabe ravi, jubilant même du tour qu’il vient de jouer à l’establishment littéraire : trois cent de ses lecteurs sont venus fêter, sans champagne ni petits fours ni people (excepté le cinéaste Pascal Thomas),  le 3000° exemplaire de son livre auto-édité et diffusé exclusivement sur le Net, ou presque, quelques bistrots corses, un fleuriste et une boucherie ayant, par ailleurs, -accepté de disposer en vitrine son roman, « l’homme qui a arrêté d’écrire ».

    Le héros de la soirée campe volontiers dans la posture de l’écrivain maudit, ou, plus simplement haï. C'est d'ailleurs le sujet de son dernier livre. Après avoir reçu une missive de son éditeur lui annonçant qu'il ne pourrait éditer son prochain opus, Nabe a fait mine d'arrêter d'écrire. Il a fait semblant et c'est cette comédie faite d'une vie redevenue aventure qu'il raconte avec délectation et sobriété. Or, cette nouvelle vie le met en contact avec un « geek », un technophile avec lequel s'engage un dialogue tantôt philosophique, tantôt hilarant, toujours de bonne humeur. Ladite rencontre préfigure, sans doute - à moins qu'il ne s'agisse d'une construction planifiée, mais peu importe - sa décision de continuer à écrire, mais de le faire à son compte en choisissant la diffusion par Internet.

    Au Chatelet l'autre soir, Nabe, donc, savourait sa victoire. Il voltigeait gaiement d’un groupe à l’autre, le sourire rigolard en bandoulière. Car il a bien réussi son pari : en quelques semaines, sans éditeur – mais avec un chouïa de médias, l’Express et Taddei – il a prouvé qu’il pouvait parfaitement se passer du système pour trouver des lecteurs. Comme il l’a expliqué dans un discours triomphant, il vendait d’ordinaire un millier d’exemplaires par an sous l’ombrelle d’un éditeur, avec un attaché de presse, un directeur de collection, une campagne de presse, une plateforme de distribution, des retours  et toutes les fonctionnalités de l’édition classique. Il a sans leur aide déjà vendu 3300 ouvrages à 30 euros pièce, ce qui, en outre  doit lui permettre de gagner dix fois plus d’argent pour financer son art que s’il avait eu recours à leurs services. « La démonstration est faite, » a-il expliqué, debout sur son tonneau, aux groupies venus l’écouter.

    Le plus intéressant était de percer le mystère de ce public surgi des profondeurs du web. Au premier abord, ça donnait ça (mille excuses pour la qualité des photos, nous ne sommes pas photographes) :


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    Il n’est pas si facile de réunir 300 personnes à Paris un jeudi soir avec pour seul viatique un e-mailing à destination de ses lecteurs. La performance est encore plus éclatante si  l’on considère que les 300 personnes réunies étaient, à 90% des jeunes de moins de 30 ou 35 ans. Les jeunesses socialistes ou les jeunes pop par exemple n’y parviendraient pas forcément aussi aisément.

    Des jeunes oui mais lesquels ?  Il y avait certes, quelques rogatons de l’extrême droite la plus radicale, qui n’hésitaient pas - entre eux - à fustiger « qui nous font chier et foutent plus le bordel que les bougnoules de banlieue» ou à s’en prendre à Madof plus pour son identité que pour ses filouteries. Ceux-là ne connaissent sans doute de Nabe que les polémiques télévisuelles faussement  sulfureuses, lorsque Georges-Marc Benamou a voulu lui casser la gueule sur un plateau de télévision. Mais ce n’était pas « le fond de salle » de la soirée.

    A force d’affirmer son seul désir en ce monde – être écrivain et vivre de l’écriture – Nabe a fini par s’attacher un public de jeunes littéraires en mal de révolte. Il y a bien sûr les éternels apprentis romanciers venus communier dans la détestation du monde de l’édition qui n’a pas encore reconnu leur immense talent, certains se demandant même si la méthode Nabe pouvait être appliquée avec succès à un auteur inconnu. On croisait aussi quelques jeunes Arabes pour lesquels l'écrivain exprime souvent une fascination littéraire, et un néo-punk à tête d’Iroquois. Mais la majorité des gens, dont beaucoup venaient des provinces, semblait plutôt être constituée de jeunes littéraires révulsés par le conformisme du monde des lettres, sa critique homogène, ses écrivains obligés, ses renvois d'ascenseurs, ses jeux de pouvoir et ses passe-droits télévisuels. Quelques jeunes filles paraissaient assez proches de celles qui traînent à St-Germain Odéon, un côté légèrement trash en plus. Certaines dédicaces apposées sur l'épais livre d'or disposé à l'entrée de l'évènement en témoignaient :

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    « La révolte de l'esprit contre la lourdeur. » On ne saurait mieux dire. D'autres saluent en Nabe « le plus grand écrivain français, tout simplement ».

    Le côté internauphile de ce public paraissait évident et logique, le web offrant un espace de liberté sans précédent à toutes les minorités culturelles. En fait, tout se passe comme si la révolte, noble sentiment qui émerge plus facilement à l'âge tendre, ne trouvant plus guère de place dans l'engagement politique, se déplaçait vers le monde littéraire. Nabe lui-même l'a bien compris dans son discours, moins provocateur que par le passé finalement, plus enjoué que dénonciateur et plus culturel (ou anti-culturel ?) que politique : « D'habitude, a-t-il noté, la sortie d'un livre est l'occasion de réunir des gens qui ne l'ont pas lu et ne l'achèteront pas. Là on fête un livre avec des gens qui l'ont bien reçu, l'ont acheté et l'ont lu. » Il n'est évidemment pas innocent que le sujet du dernier roman de Nabe et sa méthode pour le faire lire convergent dans le rejet d'un système. Plus étonnant est le fait que sa nostalgie du vieux monde, celui d'une littérature qu'il croit moribonde, trouve à s'exprimer sur la toile et dans une conversation qui ne fait peut-être que commencer avec les jeunes pousses littéraires qui y ont trouvé refuge.

    La sortie de route éditoriale de Nabe, finalement bien calculée, sa façon de mettre en cohérence son projet littéraire et son mode d'édition tranche en tout cas avec le trajet diamétralement opposé d'un Michel Houellebecq, qui, parti du même statut d'écrivain réputé réac et sulfureux, est devenu une star des majors de l'édition, fiscalement délocalisé en Irlande et compromis dans l'édition d'échanges de mails insignifiants.