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Choron, une vie de satire
par Roderic Mounir
À LAUSANNE, L'OBLÒ PROJETTE UN DOCUMENTAIRE DE PIERRE CARLES ET ERIC MARTIN CONSACRE A FEU GEORGES BERNIER, COFONDATEUR D'HARA-KIRI ET CHARLIE HEBDO.
En 2005, lorsque Georges Bernier, alias Choron, meurt à l'âge de 75 ans, c'est tout un art de la provocation qui disparaît. C'est aussi la paternité disputée d'Hara-Kiri et de son successeur Charlie Hebdo qui fait débat. Certains comme Cabu, Wolinski et Philippe Val ayant tendance à éradiquer le Professeur de leur mémoire. C'est contre ce révisionnisme que le documentariste Pierre Carles et le dessinateur Martin ont tourné en 2008 «Choron dernière», projeté à l'Oblò à Lausanne.
«L'homme important à Hara-Kiri était Cavanna, pas Choron.» «Cavanna était un créateur, alors que Choron juste un mauvais gestionnaire.» Derrière les réponses abruptes du triumvirat mentionné plus haut, point le malaise. «La question est stupide, pourquoi vous entêtez-vous?», tranche Val. Car cette question dérange – un comble! – ceux qui ont repris Charlie Hebdo, son capital, et en ont fait l'outil de propagande «d'une certaine gauche», juge l'écrivain Marc-Edouard Nabe (ancien collaborateur d'Hara-Kiri), au détriment de sa vocation de journal «bête et méchant» n'épargnant personne.
«Les dessinateurs, il leur a fait donner le meilleur d'eux-mêmes. Une fois qu'on a rencontré Choron, on ne peut plus retourner en arrière et dessiner pour France Soir», témoigne Siné en connaissance de cause. Quant à Cavanna, il évoque avec une vive émotion son amitié de trente ans avec Bernier, et se navre des divisions dans la famille Charlie.
Féroce jusqu'à l'excès, le Professeur. Comme l'illustre ce fameux esclandre sur le plateau de l'émission Droit de réponse, en 1982, alors que Charlie dépose le bilan – la faute à la gauche au pouvoir et à la désaffection des lecteurs, ces «cons»! En 1992, le titre renaît mais sans Choron, qui perdra ses droits sur le titre en justice.
Au-delà des querelles, le film raconte la jeunesse de Georges Bernier. Orphelin de père, fils d'une garde-barrière à Aubreville dans la Meuse, il s'est engagé dans les paras «pour faire du fric». Au bout, l'Indochine et une haine viscérale de la chose militaire – c'est déjà ça. Sa carrière de Professeur de satire, entre cochonneries beauf, virulence libertaire et coups de génie (la fameuse une de Charlie, «Bal tragique à Colombey: 1 mort», à la mort du Général de Gaulle, c'est lui), inspirera les Nuls, Groland et bien d'autres. «Un mystique de la subversion, pas un employé de la provoc», décrit Nabe, pour qui un radicalisme pareil est aujourd'hui simplement inimaginable.
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