Trois textes évoquant Nabe ont été sélectionnés par Rock & Folk pour faire suite à son interview du numéro du mois précédent. Dont deux franchement hostiles alors qu'au moins un autre bien plus pertinent (le mien) à propos de cet interview leur avait été envoyé. Avec toujours cette touchante et systématique balourdise du rocker persuadé que tous ceux qui méprisent sa marotte sont forcément bourgeois. Le pompon revenant à Stéphane, symptomatique de ces quinquagénaire qui ont cru voir dans le rock la réponse aux complexes que leur avaient infligé les Dave et les Sheila de leurs parents. Réduisant l'étendard de leur rebellitude balisée à une question de de conflit de génération, ces demeurés en viennent à reprocher à Nabe d'avoir eu un père qui lorsqu'il était à New-York a économisé pendant quatre ans sur sa paye de quoi s'acheter une fois par semaine un des disques du jazz qui venait de sortir. Pas de bol non plus pour Stéphane avec ses exemples : c'est facile de trouver un look de cake à Marcel mais ça l'est moins de s'appercevoir que quand il passait chez Danièle Gilbert, c'était justement accompagné des rares jazzmen français qui swinguent, et même par Sam Woodyard. Allez après ça expliquer à ces grands naïfs que sainte Thérèse de l'enfant Jésus est infiniment plus "rock'n'roll" qu'eux...
Jazz fatwa
Dans un bel élan masochiste, vous avez donc demandé à Marc-Edouard Nabe de disserter en ce mois de mai sur la musique et, au passage, de répéter à quel point il méprisait celle qui vous (qui nous) tient tant à coeur. Ayant 50 ans passés, je peux dire que j'ai croisé un paquet de Réoctionnaires, de défenseurs du classique über alles ou de tenants du jazz only jazz, tribu à laquelle semble appartenir le rejeton de Marcel Zanini (on y reviendra forcément c'est trop énorme). Autant de musiques, autant de chapelles, pourrait-on dire. Nos fondamentalistes de tout poil envoient donc depuis toujours des fatwas à tour de bras et condamnant, en son temps, Stanley Kubrick à la damnation éternelle parce qu'il avait osé utiliser Schubert pour illustrer "Barry Lyndon" ou en nous expliquant, comme Mister Nabe, que les Beatles et les Stones, c'est quand même peau de balle comparé à Miles. Amen. Je suis fasciné par la fermeture d'esprit de ce genre d'attitude. Les musiques font appel à des niveaux de conscience différents. En deuil, j'ai écouté dix jours de suite Schubert et Mendelssohn. L'an dernier, de passage à New York, j'ai été subjugué par un concert de James Carter au Blue Note, accompagné à la batterie par le fabuleux Joey Baron qui semblait tout autant prendre son pied, un mois plus tard à Paris, à la Cité De La Musique, en accompagnant Marianne Faithfull. Nabe nous dit qu'il n'a jamais eu besoin d'acheter de disques, il avait tout à la maison. Bah c'est bien le problème, mon gars. Il y a un moment où on a le droit de s'éloigner des goûts de papa-maman. Herbie Hancock, c'est sublime, mais l'intro de "Brown Sugar", ça te fout une belle rage quand tu as quinze ans. Justement, quand j'avais quinze ans, j'attendais, avec impatience, Rock En Stock, émission mythique, en espérant fébrilement qu'elle existe encore le mois suivant et je pestais devant les merdes qu'on nous infligeait continuellement dans Midi Première, émission animée par la terrifiante Danièle Gilbert. On y voyait trop souvent papa Nabe, Marcel Zanini, au look de cake absolu, qui a formé le goût du petit Marc-Edouard. Surfant sur le merdissime "Tu Veux Ou Tu Veux Pas" (si ça, ça swingue, Marc-Edouard...), Papa Nabe venait nous interpréter quelques solos de clarinette, dégoûtant à tout jamais du jazz de milliers de gamins déjà traumatisés par Sheila, Dave, j'en passe et des plus nazes... Pour s'ériger en détenteur du bon goût absolu, encore faut-il ne pas avoir de casier, Mister Nabe... Que vous vous gaussiez (avec papa) de Mick et John, pourquoi pas, mais encore faudrait-il que vous ayez beaucoup mieux en magasin. Un dernier point, tu sembles rêver d'un pillage en règle des Champs-Elysées, bon, why not.. Demande donc à deux ou trois de ces jeunes de faire un détour par ton salon pour y brûler tes livres, briser tes disque_ et déchirer ta jolie photo de sainte Thérèse (on rêve) et tu verras : toi aussi tu es un bourgeois et un fameux, encore. STEPHANE (courriel)
Pour qui se prend-il ?
Pour qui se prend-il, ce petit bourgeois de merde, pour insulter le rock ainsi ? Sachez, Mr Marc-Edouard Nabe, qu'au vu des rockers, vous n'êtes rien, rien qu'un minable écrivain. Etre rock'n'roll en 2010, c'est simplement cracher sur les nabots de votre espèce. Longue vie à Rock&Folk. SERA (courriel)
Fucking enthousiasme
Hé hé ! On sentait bien, depuis mars, l'affaire reprendre au journal. Avec pour seul concurrent elle-même, l'équipe Rock&Folk se prend en pleine poire, mois après mois, la tâche irritante de ne pas l'oublier. La Discothèque Idéale avait redémarré depuis un moment. Eudeline le survivant redevenait consistant. Les photos d'archive nous parvenaient pleine page (croyez-moi, vous êtes les seuls), chacun s'énervait pour nous servir le meilleur : les articles, sur l'indécent récent ou les vieux éternels, sont bien ceux de journalistes fouilleurs, concernés, généreux. La chronique blues m'excite, celle du hard, bordel, me fucking enthousiasme. Et puis, l'entrevue de Marc-Edouard Nabe, délicieuse et riche. Avant décembre, vous nous aurez eu Dieudonné et Zemmour ? RK (courriel)
| < Précédent | Suivant > |
|---|

Sur Nabe 


