Elle apprend à écrire comme si elle n'écrivait pas.
Lire dans son contexte original
par Pauline Loques, Mardi 6 juillet 2010

Pour ce post, j’avais en tête de faire un truc super long. Super long et bien classe, limite intello. Un post qui commencerait par une intro percutante, à la Nabe dans L’homme qui arrêta d’écrire.
Du genre : « Bon, ben voilà, ca y est, c’est fait. J’ai arrêté de bloguer. J’ai passé le week-end à hésiter. J’ai décidé d’arrêter mardi. On est mardi. Je viens d’arrêter de bloguer. Arrêter de bloguer, c’est un peu comme arrêter de fumer, il faut choisir un jour et s’y tenir. »
Et puis, finalement, je me suis ravisée. En fait, je vais abandonner l’idée du parallèle littéraire boiteux avec Nabe, parce qu’il ne sera compris que par approximativement une seule personne, qui va croire que je lui fais des clins d’œil dans mes posts. Pendant ce temps, vous, vous ne comprendrez rien et vous n’allez pas lire la suite. Parce que vous là, gens à peu près normalement constitués, vous foutez bien de savoir qui est Marc-Edouard Nabe et pourquoi il a arrêté d’écrire. Vous avez bien raison d’ailleurs, c’est pas ça la vraie vie.
Mais en fait c’est quoi la vraie vie ?
C’est la toute la question posée dans ce post. Vous comprenez maintenant pourquoi je voulais faire long.
La vraie vie, question hautement philosophique pour laquelle, je vous arrête de suite, il n’y a ni réponse toute faite, ni définition laroussienne: ma vraie vie n’est pas ta vraie vie ni sa vraie vie ni la vraie vie d’Eve Angeli. Pour faire simple, la vraie vie = moments où tu te surprends à penser – ou pire, à dire - des choses telles que: « Putain, c’est ça la vraie vie, j’vous le dis moi. » ou « On n'est pas bien là hein ? » ou encore « Alors, elle est pas belle la vie là ? » (Oui, c’est super ringard mais toi aussi tu le dis alors shut up.)
Et ce qui est bien avec la vraie vie, c’est que chacun a SA conception. Chacun a SA propre idée sur ce qui vaut la peine d’être vécu, ce qui est important, ce qui fait sens. Et moi, je dis que chaque idée est respectable, point. Si pour toi, la vraie vie c’est mater des séries, squatter le Chacha, boire des margharitas ou parler à ton Iphone4, ben c’est plutôt cool. Je ne suis pas vraiment la fille qui débite des choses du genre chéri-tu-devrais-arrêter-de-jouer-a-PES4-c’est-pas-ça-la-vraie-vie-tu-sais-hein.
Non, en fait je suis plutôt la fille qui va dire des choses comme ça.
Il y a un an, j’étais au bout de mes vingt ans, je trouvais la route bien longue et je m’ennuyais. Alors que je me trainais sur Facebook en quête d’un peu d’intensité, je me suis dit : « Pauline, (oui, parfois, je me parle à moi-même, comme ça) sans déconner, c’est pas ça la vraie vie. Pauline, sans déconner, trouve-toi une vie. Une vraie vie. » Et là, j’ai cherché cherché encore cherché ouhlala comme j’ai cherché, pour trouver ce qui avait du sens pour moi. Et je suis arrivée à 3 choses : écouter de la musique ; rencontrer des gens ; écrire sur le tout.
Ainsi, grâce à un brainstorming approfondi mené à partir des mots-clés musique/gens/écriture, je suis parvenue à We Pop Le Blog. J’ai laissé tomber tous les trucs chiantissimes de ma vie, et Dieu sait s'il y en avait, pour me consacrer à ça, et rien qu'à ça. Et je pense avoir fait le bon choix.
Pendant un long moment, grâce au blog, j’ai vraiment eu le sentiment d’être dans la vraie vie. En 1 année, j’ai écouté, j’ai chanté, j’ai dansé, j’ai écrit mais j’ai surtout rencontré plus de gens intéressants qu’au cours des 23 précédentes.J’ai interviewé environ 52 musiciens, été touchée par 12, énervée par 2, marquée par 3. J’ai rencontré 10 blogueurs passionnés, 1 blogueur névrosé, 1 créatrice de t-shirts à croquer, 2 attachées de promo web surmotivées, 1 attaché de promo web fou à lier, 1 chef de projet compliqué, 1 alter ego avérée, 1 community manager affamé, 1 animatrice très cékuefdé.
Certains le savent déjà, d’autres ne s’en doutent pas, mais ils m’ont tous, à leur manière, portée et inspirée pendant cette année. En leur parlant, en les écoutant, en les regardant, j'ai forcément pensé, pendant un moment plus ou moins long : "Putain, mais c'est ça la vraie vie."
Ca a été le cas pendant une période puis, de façon un peu sournoise, les choses ont commencé à changer. Certainement à force d’ajouter des gens sur Facebook, de commenter des statuts, de poster des vidéos, de retweeter des liens, de suivre des copains. Je ne vais pas me lancer pas dans l’analyse des conséquences perverses de l'addiction aux réseaux sociaux, ça va être chiant. Je vais juste me contenter de souligner un effet dramatique hypercentré sur ma petite personne : un an après avoir commencé WE POP, je passe plus de temps chez moi seule sur mon ordi à tweeter et facebooker (la fausse vie) que dehors avec des gens cools à écouter de la musique (la vraie vie).FAIL.
En réalisant ça, j’ai donc dû me résoudre à ce constat affligeant : pas de doute possible, je tourne en boucle et à chaque fois, je reprends l’histoire au même endroit.
J'ai d'abord envisagé les 2 solutions les plus évidentes pour y remédier : soit je continue à tourner en rond, soit je brise le cercle. Soit je continue à bloguer et facebooker, hotmailer et tweeter toute la sainte-journée et je finis cinglée. Soit j’arrête de bloguer avec le risque, addiction oblige, de continuer à facebooker et hotmailer et tweeter et je n’aurais rien gagné. Aucune des deux solutions n'était satisfaisante : exit les 2 solutions.
Alors, j'ai envisagé la solution alternative, à la Marc-Edouard Nabe. Ah oui, parce que du coup je ne vous ai pas expliqué la nabattitude. Nabe est écrivain. C'est un mec qui pendant longtemps, très longtemps, n'a vécu que pour écrire. Les seules choses qu’il faisait dans la vraie vie, il les faisait pour pouvoir les écrire et les décrire. Un peu comme un blogueur qui va voir The Drums en concert uniquement pour avoir le bonheur de tweeter I’m @The Drums w/7 others.
Dans son dernier livre, Nabe a décidé d’arrêter d’écrire. Enfin, pas complètement, sinon il n'y aurait pas de dernier livre, vous vous en doutez. En fait, il a arrêté de vivre pour écrire mais écrit sur ce qu’il vit. Dans la vraie vie. Et il contourne le système : en faisant un livre sans éditeur, sans libraire, sans code barre. Un peu comme une blogueuse qui arrêterait de vivre pour bloguer mais qui bloguerait sur ce qu’elle vit. Dans la vraie vie. Et qui contournerait le système, en tenant un blog sans omniprésence facebook, sans twitter, sans classement wikio.Donc, moi aussi, j'opte pour la solution alternative. Je ne vais pas tourner en boucle, ce n’est pas mon genre. Et je ne vais pas abandonner WE POP, ce n’est pas mon genre non plus.
J'aimerais juste que WE POP revienne à son idée de départ : la vraie vie. La mienne, un peu, et celle des gens qui ont du talent et qui m'inspirent, beaucoup. Donc, deux fois plus d'interviews à l'arrache, de pic-nics et de festivals et deux fois moins de facebook, de twitter et relations virtuelles.
Ah oui parce que ce qu'il y a de bien avec la vraie vie, c'est que non seulement tu peux la définir toi-même mais en plus, tu peux la faire changer au cours du temps. Ta vraie vie d'aujourd'hui ne sera pas ta vraie vie de demain.A 24 ans, ma vraie vie, c'est d'aller dans un parc paumé le dimanche, d'organiser des pic-nic, de les écrire avec un c et pas un que, et de faire venir mes copains musiciens et pas musiciens, pour manger des mini brownies pépites de chocolat que j'ai achetés toute seule.
Puis à 30 ans, ma vraie vie, ce sera sûrement d'aller sur les bords de Seine, le 7e jour de la semaine, parce qu'avec lui j’aimerais bien trainer, trainer.Puis à 40 ans, si on me laisse le temps, j'espère que je ne serai pas seule devant mon mac, et que ma maison sera pleine, comme toujours, de bruit, de déraison, de calme et puis d’amour.
Je suis sûre que j'ai écrit tout ça pour rien, parce que vous n'avez pas tout lu ou pas tout compris. Mais, c'est pas si grave, je vous expliquerai tout ça quand on se verra.
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