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Perturbations
Pour rester dans l’air du temps de ces vacances moroses, je vous annonce quelques perturbations au cœur de mon abécédaire. En effet, ayant pris un an de plus il y a peu (quelle misère !), me voilà donc en possession d’une dizaine de bouquins qu’il va bien me falloir écluser avant de reprendre les chemins de l’imaginaire.
Commençons par deux gros pavés dégottés par mon frère chez un libraire du Caire. Le premier est signé André Suarès. J’avais très envie de découvrir cet auteur, que je ne connaissais pas, après avoir lu les beaux éloges de son Voyage du Condottiere chez des gens aussi différents que Michel Onfray (qui reprend la figure du condottiere dans les premiers chapitres de La sculpture de soi) ou Marc-Edouard Nabe (qui évoque souvent Suarès dans son journal intime et qui le défend dans un article de Oui).
Voici l’homme se présente comme un imposant recueil de réflexions, d’aphorismes et d’évocations poétiques en prose sur des thèmes aussi différents que l’Art, la force, Dieu, l’individu, l’amour…Suarès se définit ainsi : « Je suis athée pour les gens d’église et clérical pour les athées. Trop libre pour les gens d’ordre ; trop d’ordre pour les gens de chaos. Blanc pour les noirs, noir pour les blancs, parce que j’ai plus d’une couleur, et qu’ils sont, blancs ou noirs, gris de poussière. » Sur les traces de Nietzsche, il dessine les contours de l’artiste en « surhomme » et fait l’apologie du « triomphe de la volonté » et de la force de l’individu.
Lorsque Suarès s’en tient à une approche purement esthétique, son livre est passionnant et assez revigorant. C’est d’ailleurs, à mon avis, cette dimension qui touche Nabe : cette espèce de mysticisme esthétique, cette manière de placer l’Art et le Beau au-dessus de tout dans une quête éperdue de l’absolu. Corollaire logique : Suarès se montre impitoyable pour tout ce qui s’éloigne de cet absolu. Il n’a pas de mots assez durs contre la plèbe, les femmes, la presse (« qui peut toucher un journal sans dégoût, n’est pas digne d’ouvrir un beau livre »), la multitude (« De toutes les idées, la plus vile est celle qui mesure la valeur au succès ») ou les scientifiques.
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