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Entretien vidéo avec Marc Edouard Nabe
Quand Nabe disséquait Houellebecq
Début octobre 2010, nous avons rencontré Marc-Edouard Nabe - qui n'était pas à l'époque en lice pour le Renaudot - pour qu'il nous parle du dernier roman de Michel Houellebecq.
Pourquoi ? Parce que Nabe connaît bien Houellebecq. Et l'a même fréquenté intimement puisque les deux hommes ont été voisins de palier et compagnons de sortie durant les années 1990. A l'époque, Nabe jouit d'une certaine renommée, est souvent invité sur les plateaux télés, tandis que Houellebecq n'est encore qu'un informaticien déprimé, frustré, qui s'adonne à la poésie en rentrant du travail. Quelques années plus tard, la situation s'est presque inversée et c'est Houellebecq la superstar.
Les derniers livres des deux écrivains, respectivement L'Homme qui arrêta d'écrire, et La Carte et le territoire, présentent aussi de nombreux points communs (thème de la mort de l'auteur, introduction de l'auteur en tant que personnage dans son propre roman, réflexions sur l'art contemporain, peoples apparaissant en tant que personnages...), à tel point que certains ont pu qualifier le dernier roman de Michel Houellebecq de nabien .
Dans cette première vidéo Marc-Edouard Nabe revient sur son voisinage avec Michel Houellebecq, rue de la Convention.
Alors que Nabe est l'écrivain de l'immeuble, le succès des Particules élémentaires change la donne. Voilà ce qu'en dit Nabe dans Je suis mort (1998) :
"Cette cour célèbre du 103 rue de la Conception ! Pas célèbre à cause de moi, non, C'est Klouelbec qui la glorifie, Klouelbec, le fameux poète ! Prix du Faune ! L'auteur du Torturé, des Sonnets à ma détresse, l'inventeur de l'alexandrin amputé d'un pied par strophe... Klouelbec, mon voisin. Juste la fenêtre en face. On s'épiait la nuit c'était à celui qui éteindrait sa lumière le premier. Silhouettes d'nn théâtre d'ombres asiatique...Salut, Klouelbec ! L'aura-t-on assez dit que tu étais suicidaire ! Tes poésies le démontraient à qui mieux mieux : desespéré, destroy, distant. Prêt au grand saut, rongé de partout par le mal-être, Klouelbec est toujours là. Il me regarde derrière son rideau, sa fumée de cigarette tremble un peu."
Deuxième partie de l'entretien. Le milieu littéraire a-t-il consacré Houellebecq au détriment de Nabe ?
Nouvel extrait de ce que dit Marc Edouard Nabe cette fois dans le vingt septième livre paru en 2006, dans lequel, ecoeuré par un milieu littéraire qu'il honnit, sans ressources et sans éditeur, Nabe se remémore le passé et tente de comprendre les raisons de la consécration de Houellebecq.
"Tu rentrais le soir un peu plus livide, presque vacillant, de travers, toussant... Tu revenais ruminer des nuits entières ta vengeance, ta merveilleuse vengeance contre ce milieu littéraire ignoble... Tu as eu beaucoup de courage, de persévérance et d’abnégation. Tout seul, dans ton antre, tu as accepté de souffrir, de mariner dans la frustration sexuelle, sociale, artistique. Pendant qu’on se pavanait tous à Saint-Germain avec des filles sexys, toi tu restais à la Convention à te branler en écoutant du Michel Delpech... Ça devait être un véritable laboratoire de frustration, ton appart là-haut ! Je n’aurais pas été étonné de découvrir dans ta cuisine des alambics et des cornues partout fumantes, avec pipettes et tubes embués... D’ailleurs, c’est comme ça que les Inrocks t’ont photographié à leur une pour tes Particules : un scientifique en blouse blanche, précipitant des solutions pas claires!... Des liquides de doutes, d’angoisses, de tristesses..."
Nabe interroge ensuite la capacité prophétique de Houellebecq : sur le clonage, la naissance artificielle ou l'évolution du tourisme, l'auteur de Plateforme aurait selon lui à peu près tout faux. Dans le vingt-septième livre encore il expliquait autrement la recette du succès houellebecquien :
"En littérature, plus l'écrivain flatte le lecteur dans le sens de son poil le plus sale, hirsute, gras, terne et fourchu, plus celui-ci voudra absolument le lire, courra l'acheter par milliers d'exemplaires, et se le repassera comme un talisman de médiocrité fraternelle. Houellebecq lui-même me l'avait bien expliqué:
- Si tu veux avoir des lecteurs, mets-toi à leur niveau ! Fais de toi un personnage aussi plat, flou, médiocre, moche et honteux que lui. C'est le secret, Marc-Édouard. Toi, tu veux trop soulever le lecteur de terre, l'emporter dans les cieux de ton fol amour de la vie et des hommes !... Ça le complexe, ça l'humilie, et donc il te néglige, il te rejette, puis il finit par te mépriser et te haïr...
Michel avait raison. Un best-seller a toujours raison."
Selon Nabe, Houellebecq n'y connaît rien en art contemporain.
La seule ambition de Houellebecq avec cet ouvrage : le Goncourt
Dernière partie de notre entretien : Houellebecq ne sait pas décrire les "people". Nabe revient aussi sur le compagnonnage de Houellebecq et Beigbeder, pour conclure : "Michel a fait tellement d'erreurs."
Propos recueillis par Sébastien Bardos et Daniel de Almeida
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