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    Accueil Sur Nabe Presse 2010 Muses, littérature et champagne - Grazia - 12 novembre 2010

    Muses, littérature et champagne - Grazia - 12 novembre 2010

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    Muses, littérature et champagne - Grazia - 12 novembre 2010Muses, littérature et champagne - Grazia - 12 novembre 2010

    La chronique livres d'Emily Barnett

    Muses, littérature & champagne...

    A l'heure où je rédige ces lignes, nos écrivains se demandent encore s'ils doivent ou non mettre du champagne au frais, acheter un costume neuf (parce que celui-ci commence sérieusement à boulocher), se la jouer positif ou modeste (« Non, tu sais, j'y crois pas du tout »). Bref : à une semaine de la remise des plus éminents prix littéraires, la tension monte (on sait d'ores et déjà que le prix Femina a été décerné à Patrick Lapeyre et que Sofi Oksanen a obtenu le Femina étranger). Qui de Michel Houellebecq, Maylis de Kerangal (déjà dotée du prix Médicis), Olivier Adam ou Virginie Despentes repartira chez lui avec son Goncourt en bandoulière ? L'auteur de La Carte et le Territoire pourrait-il commettre l'impossible, à savoir rafler le Goncourt et le Renaudot à la fois ? Et quel pire scénario que Marc-Edouard Nabe sabrant le champagne pour le Renaudot ?
    Tandis que les discours et petits fours se préparent, on ne peut s'empêcher de noter qu'un grand nombre de romans nominés (Houellebecq, Scott, Enard, etc.), fondés sur un jeu de miroir réel/littérature, réactualisent une polémique tournant en boucle dans la presse depuis des mois. Deux discours s'opposent : celui selon lequel un romancier serait libre de s'inspirer à sa guise d'une réalité qui est par essence son principal matériau de travail – lui dénier ce droit reviendrait tout bonnement à lui interdire d'écrire. L'opinion inverse consistant à affiremer qu'on ne peut pas écrire tout et n'importe quoi dans un roman. Au hasard, une relecture de l'Histoire sujette à controverse, les habitudes alimentaires d'un people, ou bien le nom, l'adresse et la taille du sexe d'un ex-boyfriend. On peut l'entendre (qui sait à quel type de souffrance expose le fait de se retrouver dans un livre de Christine Angot ?), mais le problème est que ce genre de discours ne connaît pas la demi-mesure.
    Accepter de rogner un peu de la liberté du romancier, c'est instantanément adopter une pensée liberticide. On se met alors à traîner en justice un auteur pour un roman inspiré d'un fait divers (Régis Jauffret), reprocher à un autre de « déformer » l'Histoire (Yannick Haenel), mais aussi à une romancière d'avoir osé écrire sur une tragédie qu'elle n'a pas elle-même vécue : la perte d'un enfant (Marie Darrieussecq vs Camille Laurens). Danger : le jour où l'on n'autorisera les écrivains à romancer que sur la base de leur propre quotidien, il y a des chances qu'on s'emmerde sec. Pour écrire Anna Karénine, Léon Tolstoï, dont c'est le centième anniversaire de la mort le 20 novembre, s'était inspiré d'un fait divers : le suicide d'une femme abandonnée par son amant. A ce jour, ce dernier n'a pas encore porté plainte pour plagiat ou diffamation.

    A l'heure ou nous imprimons, les résultats des principaux prix littéraires sont tombés. Découvrez-les en p. 50 de ce numéro.