PRIX LITTERAIRES. Michel Houellebecq remporte le Goncourt, Virginie Despentes, le Renaudot.
LE TRIOMPHE DE DEUX REBELLES PAS ASSAGIS
Comme une injustice réparée. Michel Houellebecq, auteur phare de la génération d'écrivains qui a émergé dans les années 1990, a reçu hier le Goncourt pour La Carte et le Territoire (Flammarion). Ce, douze ans après l'occasion manquée des Particules élémentaires et cinq ans après le raté de La Possibilité d'une île (Fayard).
« Michel Houellebecq l'emporte cette année pour son meilleur livre », justifie Didier Decoin, le porte-parole du prix. Le vote a été rapide, « une minute et demie », et sept des neuf jurés ont voté pour lui. Seuls, Françoise Mallet-Joris et Tahar Ben Jelloun se sont opposés. « Mais je suis solidaire de l'académie », a commenté laconiquement ce dernier.
Génération noire et désespérante.
Les choses n'ont pas été aussi simples pour Virginie Despentes, autre enfant terrible des années 1990, qui a arraché le Renaudot au terme de onze tours. Amené in extremis par Patrick Besson dans la dernière liste, son Apocalypse Bébé (Grasset) vole d'une voix la vedette à la Dolce Vita, 1959-1979, de Simonetta Greggio (Stock). « Le Renaudot a une tradition d'ouverture, commente Franz-Olivier Giesbert, qui en est l'un des jurés les plus influents. C'est un anti-Goncourt. Si Houellebecq n'avait pas été récompensé, nous l'aurions fait. Comme ce fut le cas pour Céline, Aragon et Marcel Aymé, trois auteurs sulfureux boudés par le Goncourt. Quant à Despentes, c'est un auteur qui construit quelque chose et un bon Renaudot. »
« C'est l'idéal de récompenser deux écrivains la même année, se réjouit Patrick Rambaud, juré Goncourt. Ils appartiennent tous les deux à la même génération noire et désespérante »
Baise-moi de Despentes date de 1993, Extension du domaine de la lutte de Houellebecq de 1994. L'institution ramène donc sagement dans le rang deux des auteurs les plus mordants de ces vingt dernières années. « Le Goncourt n'est pas le Panthéon des grands livres, mais témoigne des livres qui parlent de leur temps », précise Didier Decoin. Les Particules élementaires ont incarné une époque en plein désarroi. Douze ans plus tard, Michel Houellebecq rencontre à nouveau son époque.
LE GONCOURT, UN ROMAN MODERNE PLEIN D'HUMOUR
La sortie de La Carte et le Territoire (Flammarion), le 4 septembre dernier, a été l'évènement de la rentrée littéraire. Et l'oeuvre le valait bien : contrairement à La Possibilité d'une île, son précédent roman paru en 2005, La Carte et le Territoire fait la quasi-unanimité sur la maîtrise de son sujet et la fluidité de son style.
Le livre raconte la vie d'un artiste contemporain et sa relation décousue avec son père. Il devient célèbre pour ses photographies de cartes Michelin et rencontre Michel Houellebecq, qui écrit la préface d'un catalogue d'une de ses expositions. Les deux hommes se fréquentent quelques années, jusqu'à la mort tragique de l'écrivain, sauvagement assassiné dans sa maison de campagne.
La Carte et le Territoire a beaucoup fait parler de lui en raison de la mise en scène de l'auteur. Houellebecq a enfin retrouvé le sens de l'humour pour raconter les coulisses du monde de l'art, et tout son génie pour mettre en relief les oripeaux de la modernité.
LE PALMARES DU RENAUDOT
Le prix Renaudot vit avec son temps et a créé le Renaudot du poche. Le premier lauréat, Hubert Haddad, a vu les ventes de Palestine boostées de 70 000 exemplaires l'an dernier. Hier, Fabrice Humbert a été récompensé pour L'Origine de la violence (Livre de Poche)
Le Renaudot essai a, lui, été décerné à l'unanimité à Mohammed Aïssaoui pour L'Affaire de l'esclave Furcy (Gallimard), l'histoire du procès intenté à son maître par un esclave de la réunion, trente ans avec l'abolition de l'esclavage. Innovateur, le Renaudot comptait même dans sa dernière liste un roman autoédité, L'Homme qui arrêta d'écrire de Nabe, proposé par Franz-Olivier Giesbert et appuyé par Patrick Besson.
KARINE PAPILLAUD
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