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    Accueil Sur Nabe Presse 2010 Livres Incontournables et Interview de Chalmin - Le magazine des livres - novembre-décembre 2010

    Livres Incontournables et Interview de Chalmin - Le magazine des livres - novembre-décembre 2010

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    Livres Incontournables et Interview de Chalmin - Le magazine des livres - novembre-décembre 2010Livres Incontournables et Interview de Chalmin - Le magazine des livres - novembre-décembre 2010Livres Incontournables et Interview de Chalmin - Le magazine des livres - novembre-décembre 2010

    Livres Incontournables et Interview de Chalmin - Le magazine des livres - novembre-décembre 2010Livres Incontournables et Interview de Chalmin - Le magazine des livres - novembre-décembre 2010

    Cinquante incontournables de l'année 2010

    Publiés ou réédités, vivants ou morts, étudiés ou critiqués, disparus dans l'année, ils ont marqué ces derniers mois. Une sélection loin d'être exhaustive et nécessairement subjective...

    Par Joseph Vebret et Eli Flory

    (...)
    Marc-Édouard Nabe
    Retour sur scène de l'enfant terrible de la République des Lettres qui invente au passage le concept d'« anti-édition ». Il publie, diffuse et distribue lui-même son dernier roman. Et quel roman ! L'homme qui arrêta d'écrire s'offrit même le luxe de figurer dans la sélection finale du prix Renaudot. Un pied de nez tel que les affectionne Marc-Édouard Nabe.
    (...)


    Livres Incontournables et Interview de Chalmin - Le magazine des livres - novembre-décembre 2010Livres Incontournables et Interview de Chalmin - Le magazine des livres - novembre-décembre 2010Livres Incontournables et Interview de Chalmin - Le magazine des livres - novembre-décembre 2010Livres Incontournables et Interview de Chalmin - Le magazine des livres - novembre-décembre 2010

    Pierre Chalmin

    L'art de l'insulte

    Né en 1968, Pierre Chalmin traîne ses bottes depuis plus de quinze ans dans le milieu littéraire, puisqu'il a naguère coiffé la toque de l'éditeur tout en prenant la plume. Avec Mauvaises fois, il livrait un fragment de journal intime (multiples pseudonymes, Pâques devenant Noël par exemple), plein de cris et de dérives. Nabe, l'un de ses proches alors, le décrivait comme « ravagé de tics céliniens ». Quelques livres et une petite Louise plus tard, le voilà assagi (?), en tout cas venu à bout d'un – et souvent hilarant – Dictionnaire des injures littéraires qui devrait lui assurer une parcelle de gloire.

    Propos recueillis par Christopher Gérard.

    Partant du principe que la haine aveugle moins que l'amour et qu'elle peut même octroyer un zeste de lucidité, Pierre Chalmin a fouillé son grenier de bibliomane pour en extraire ce florilège de l'offense, cette chrestomathie du coup de griffe, son panthéon des mauvaises langues. Trois principes ont dirigé ses choix, forcément subjectifs et incomplets : l'injurié doit être célèbre, l'insulteur plein de talent et surtout d'une absolue mauvaise foi. Le résultat suscite souvent une intense jubilation, surtout quand ce sont les vaches sacrées d'hier et d'aujourd'hui qui se trouvent repeintes en jaune canari. Nothomb (Amélie), vue par un olibrius encore méconnu mais qu'un éditeur ferait bien de publier, P.-E. Prouvost d'Agostino : « grand guignol dévolu à l'exaltation des pucelles », « Mylène Farmer du roman de gare ». Ou Nyssen (Hubert), vu par le cruel Rinaldi : « un jargon de plombier-zingueur ». On rit à chaque page, parfois jaune, mais on rit. Comment résister à cette description d'Aragon due au génie de José Artur : « l'oeil de Moscou, le con d'Irène, les yeux d'Elsa, les couilles des autres » ? Sur le même, Chalmin cite encore Angelo Rinaldi : « avec Aragon, c'est un peu de la servilité humaine qui s'en va ». Ou Alain Soral, sur tel intellocrate : « Vous savez à quoi on reconnaît que Jacques Attali est en train d'écrire un nouveau livre ? On entend les ciseaux et la photocopieuse. » Ou encore Woody Allen sur Wagner : « A chaque fois que j'écoute du Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne. »
    Parmi les insulteurs, Chalmin a favorisé quelques grandes pointures : le phénomène Céline, le génial Léautaud, les Goncourt. Plus près de nous, le pervers Galley, Rinaldi encore, Nabe enfin (moins que les précédents, je veux dire moins fin). De Zola à Lacan, de Gide à Aristote, nombreuses sont les victimes de bons mots, aussi révélateurs sur ceux qui les profèrent que sur les insultés. lire le Chalmin se révèle une excellente thérapie contre les enthousiasmes de commande. Son dictionnaire est une arme contre toute doxa.

    (...)
    Quelles conclusions tirez-vous de cet impressionnant travail ? L'heure des grands imprécateurs est-elle (définitivement) passée depuis Laurent, Hallier et... ? Qui ?
    La conclusion que j'exprime dans ma courte adresse au lecteur : « L'injure cmme moyen d'extermination d'un rival a connu son ère glorieuse avec l'avènement de la bourgeoisie arrogante, qu'on a ironiquement appelé Les Lumières. Elle a sévi, dans toute sa fielleuse virulence, comme "moyen pour se faire, avec rien, de la notoriété" selon une recette que donne Barrès, tout au long du stupide XIXe siècle. Elle s'est arrêtée dune fois cette bourgeoisie parfaitement installée, au milieu du siècle dernier, avec la sacralisation judiciaire de la diffamation et la fin des duels. On remarquera en effet que les plus écrasantes injures, renouvelées de l'antique, datent de Voltaire et qu'elles finissent en France sous de Gaulle. On insulte aujourd'hui en se taisant, conspirant les silences : c'est un progrès qui confine à l'imitation des anémones. »
    En France, il reste Marc-Édouard Nabe sans doute. Ailleurs, dans les pays anglo-saxons, on peut encore écrire à peu près librement. Plus pour longtemps. De toute façon, et c'est l'horreur de notre époque, un imprécateur ne serait pas compris, passerait pour fol, tant les gens on désappris – n'ont jamais appris au fait, depuis plusieurs générations que dure l'endoctrinement – à penser par eux-mêmes. Quel que soit le domaine, il existe une vérité révélée. C'est confortable sans doute ; l'ennui, c'est que ladite vérité est chaque fois une erreur.
    (...)