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    Le site des lecteurs de Marc-Édouard Nabe

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    Frigide Barjot - Confessions d'une catho branchée - 2011


    Frigide Barjot - Confessions d'une catho branchée - 2011Frigide Barjot - Confessions d'une catho branchée - 2011Frigide Barjot - Confessions d'une catho branchée - 2011

    Frigide Barjot - Confessions d'une catho branchée - 2011

    Frigide Barjot - Confessions d'une catho branchée - 2011

    Frigide Barjot - Confessions d'une catho branchée - 2011

    Chapitre 2
    BAINS DE MÈRE À LOURDES

    Totus tuus Maria.
    JEAN PAUL II

    Et si la paix du Christ c'était mieux que
    Myspace pour échanger avec l'autre ?
    Sainte Face contre Facebook,
    Vie éternelle contre Second Life…
    Marc-Edouard NABE (extrait de L'Homme qui arrêta d'écrire)


    (…)

    Lourdes, dernier spa où l'on cause

    Me dirigeant avec ma brosse à dents et mon steack pourri vers les lavabos de la source à la recherche d'une poubelle, quelle ne fut pas ma surprise de tomber, au beau milieu de la pelouse, sur un autre converti, ou « born again » catholique, l'écrivain sulfureux, talentueux et catho-islamo-clarinettiste Marc-Edouard Nabe. Un « people » littéraire au milieu des pèlerins à bob ! Le Bon Dieu ne voulait pas que je me sente dépaysée dans sa Cité… Nabe était là incognito avec sa compagne Audrey. Après les échanges chaleureux d'usage, aussi étonnés les uns que les autres de nous retrouver ici plutôt qu'à la terrasse de Lipp, nous nous dirigeâmes de conserve vers les points d'eau de la source. Il était temps de faire un brin de toilette et de causette…
    — Mais que faites-vous là en plein week-end du 15 août ? demandai-je à mes amis branchés tout en commençant à me brosser les dents à l'eau de Lourdes.
    — La même chose que toi ! Nous avions deux jours en amoureux, et nous nous sommes dit qu'il était plus enrichissant d'être ici que dans un relais-château — surtout avec Jean Paul II en guest star !
    Faire sa toilette à quelques mètres de la Grotte où les gens priaient la Vierge, utiliser l'eau miraculeuse pour se laver le visage, les mains, les dents, le reste… aurait pu paraître déplacé, voire blasphématoire… J'eus un moment d'hésitation, je demandai à mes potes :
    — C'est bien catholique de se nettoyer devant la Sainte Vierge avec de l'eau miraculeuse ?
    — Mais c'est pas de l'eau bénite, vas-y !

    Bien sûr que l'eau que Marie avait fait jaillir ici servait aussi à laver notre corps en même temps que notre âme ; d'ailleurs la Sainte Vierge l'avait bien signifié à la petite Bernadette en lui disant, au cours d'une de ces apparitions : « Allez boire à la fontaine et vous y laver. » Alors que la source n'avait pas encore totalement jailli, Bernadette avait, ce jour-là, creusé au fond de la grotte un trou d'eau boueuse, l'avait bue en faisant la grimace, s'en était frottée la figure, et était ressortie le visage maculé ; tout le monde avait alors pris la fillette pour une folle. Elle venait seulement de découvrir la source qui s'éclaircira progressivement… Et elle montrait, par son visage souillé, que nos péchés seraient lavés par la source qui purifie, tout en nous rappelant à notre impératif d'humilité…
    À cette évidence, je redoublai mon lavage de dents, et bus de longues gorgées de l'eau si fraîche, au goût si pur. Un an plus tard, à Paris, nous buvions encore l'eau du bidon de trois litres que j'avais traîné dans le train du retour ! L'eau de Lourdes ne pourrit pas, elle !
    De là, en dissertant avec Marc-Edouard Nabe et madame, je prenais conscience que cette source de Lourdes avait plusieurs fonctions : désaltérer, guérir, nettoyer, purifier… et qu'ainsi mon corps et mon âme ne faisaient qu'un, qu'il était vain de vouloir les séparer exagérément, en sacrifiant les besoins de l'un à ceux de l'autre. Alors, sans plus d'hésitation et enhardie par cette découverte métaphysique majeure, j'enlevai mes escarpins tropéziens et glissai mes pieds sous le jet glacé…
    Comme quoi les fulgurances spirituelles peuvent surgir en des moments tout ce qu'il y a de plus prosaïques, et pas forcément dans l'isolement de la prière ; car nous n'étions pas les seuls aux robinets, il y avait la queue derrière nous, parmi les campeurs de la prairie qui s'impatientaient et voulaient, eux aussi, profiter de ces points d'eau inépuisables autant qu'inestimables…

    (…)

    Plus près de nous, un autre esprit parmi les plus acérés de l'intelligentsia française, un des contempteurs les plus pointus de la société post-moderne, le regretté Philippe Muray, a lui aussi fait retour à la foi ; tout comme, on l'a vu, Marc-Edouard Nabe, le vitrioleur de la littérature française ; de son côté, Michel Houellebecq a déclaré trouver les cathos « sympas » ; il a sans doute compris, dans la société de la télé-réalité et du CAC 40, la force subversive, et la plus-value spirituelle du catholicisme…