David Alliot - D'un Céline L'Autre - 2011
INDEX
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Nabe, Marc-Edouard, 396, 675, 676, 972, 1093
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TABLE DES MATIÈRES
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CÉLINE VU PAR ARLETTY 1941-1961
(...) Entretien avec Marc-Edouard Nabe (extraits) p.675
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EXTRAITS D'ESCALIERS
Roman probablement écrit à la fin des années 1930 par Évelyne Pollet, Escaliers ne sera publié qu'en 1956 en Belgique par La Renaissance du livre, Dans cet ouvrage, l'auteur se dépeint sous les traits de « Corinne » et Louis-Ferdinand Céline sous ceux du peintre « Charbier». Copié, pastiché et caricaturé de son vivant, avec Escaliers, c'est la première fois que Céline devient un personnage de roman. Depuis sa mort, quelques romans le mettent en scène : en 1994, Céline sera le héros de Pulp, le roman de Bukowski (Grasset); en 1999, Eugène Saccomano transformera l'affaire Goncourt en roman avec Goncourt 32 (Flammarion); en 2006, Céline sera le héros d'une nouvelle (de l'écrivain suédois Sture Dahlstrôm intitulée « Je pense souvent à Louis-Ferdinand Céline » (Le Serpent à Plumes) et, en 2010, Céline et les céliniens seront les héros involontaires du roman policier d'Émile Brami, Massacre pour une bagatelle (L'Éditeur). À noter que Bébert, le chat de Céline, sera lui aust le sujet central d'un roman de Frédéric Vitoux publié en 1976 et intitulé : Bébert. Le chat de Louis-Ferdinand Céline (Grasset). En 1995, c'est Lucette Destouches, la veuve de l'écrivain, qui sera l'héroïne du roman de Marc-Édouard Nabe, Lucette (Gallimard).
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ENTRETIEN AVEC MARC-ÉDOUARD NABE (extraits)
— Céline, par exemple, c'est un romancier chez qui on peut extraire des aphorismes. Ça, c'est encore mieux.
— Céline, c'est un numéro, c'est un type très à part, au fond, les gens l'ont vu sous le côté argotique d'abord, mais il ne parlait jamais l'argot, peut-être un mot d'argot de temps en temps. C'est un poète. C'est un grand poète. Céline, c'était des images, et quelles images !
— Il avait de la chance d'être entouré de personnages qui, comme vous, avaient cet art de la formule.
— Pas du tout, il choisissait des pitres ! Il ne pouvait pas se passer de pitres. Les autres le traitaient en mec. Le peintre Gen Paul le traitait très mal. Il a été un grand pitre pour Céline.
— Quand vous avez rencontré l'acteur Le Vigan, avant la guerre, était-il déjà envoûté par Céline ?
— C'était le contraire ! Céline lui faisait la cour, le flattait.
— Comment lui faisait-il la cour ?
— Céline lui disait : « Ne pars pas tout de suite, reporte ton film... » Quand je suis revenue à Paris, après la guerre, j'ai revu Céline et il ne m'a même pas demandé comment allait Le Vigan. Moi, Le Vigan est dans mon cœur. Céline, il lui fallait une présence, c'est tout, peut-être pas dans sa chambre, mais dans la maison. Il était un grand poète qui n'avait pas d'émotions.
— Vous ne pensez pas que c'est la littérature elle-même, cette démence de la littérature, poussée à ses cimes, qui peut laisser croire que le personnage n'a pas d'émotions ? Comme Picasso ou Claudel, par exemple.
— Moi, je crois que Picasso avait plus d'émotions que Céline. Avec son regard, il tombait qui il voulait. Céline n'avait pas les yeux tombeurs de Picasso... Et puis, je n'ai jamais vu quelqu'un d'important autour de Céline, à part Marcel Aymé ou des pitres comme Gen Paul ou Le Vigan. Personne d'extraordinaire... Pas un peintre n'a fait son portrait.
— J'aimerais bien savoir si ses contemporains avaient conscience que Céline était un très grand génie littéraire.
— Si vous voulez mon avis, c'est une chapelle littéraire qui a lu ça, et une chapelle d'éditeurs, mais pas des gens dans la vie.
Marc-Édouard Nabe, « Cette naïade, c'est Arletty », Paris Match, 13 octobre 1988. Repris sous le titre « La reine Anar », dans Coups d'épée dans l'eau, Monaco, Éditions du Rocher 1999, p. 109. © Marc-Édouard Nabe
André Willemin
Médecin spécialisé en électroradiologie, André Willemin fut présenté à Céline par Serge Perrault dans le courant de l'année 1952. Il devint un familier de Meudon dont les reparties sarcastiques et le sens de l'à-propos amusaient Céline. En 1961, alors que l'écrivain agonise, c'est André Willemin que Lucette Destouches appelle à l'aide. Arrivé sur place, il dresse le constat de décès et fait prendre, par Léon-Paul Berthault, le masque mortuaire ainsi que le moule de la main droite de Céline. Par la suite, le docteur Willemin sera un intime de Lucette Destouches puis désertera subitement Meudon.
Lucette Destouches a laissé un portrait peu flatteur de ce personnage jugé tour à tour fantasque, pervers ou encore cynique, dans le livre que lui a consacré Marc-Édouard Nabe : « Aucun cœur. Il disséquait tout le monde. Il voyait le mal partout. Il était froid comme un poisson, il faisait souffrir les femmes, il écrasait les chiens. Un monstre, avec une gueule de bouledogue, mais très intéressant, passionnant même. » André Willemin est mort en décembre 1987.
En janvier 2001, un manuscrit de onze pages d'André Willemin consacré aux « Dix dernières années de Céline [et] Mort de Céline » est passé en vente à Drouot. Dans le catalogue, on pouvait notamment lire : « Il s'était enfermé dans cette villa de Meudon comme dans un fortin... Il était très fier de son diplôme, de son titre de docteur en médecine. Il en parlait comme de la seule chose dont on ne l'eût pas dépouillé ! Une interdiction d'exercer la médecine lui eût causé une véritable douleur... Sa carcasse ne l'intéressait plus, lui qui avait été un athlète et un cuirassier héroïque de 1914. Il l'abandonnait aux intempéries... Il ne dormait jamais plus de deux à trois heures d'un sommeil constamment interrompu. Après minuit, il errait dans la maison... [...] "Ferme tout, dit-il. Je ne peux pas supporter la lumière." Cette photophobie annonçait l'hémorragie cérébrale qui allait le foudroyer quelques heures plus tard... Il s'installe à son bureau, écrit quelques lettres, dont l'une, la dernière, à Marcel Aymé... À 11 heures, il remonte à son bureau et dit à Lucette : "Aujourd'hui, je ne peux rien faire. Rigodon est terminé. Maintenant, je vais m'occuper de ton livre (sur la danse)"... »
En 1976, André Willemin avait participé au documentaire de Claude-Jean Philippe consacré à Céline dont nous donnons la retranscription faite par Marc Laudelout. Ce témoignage a été publié dans le n° 234 du Bulletin célinien, de septembre 2002 ; nous en reprenons également les notes.
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Avec le temps, le 25 ter, route des Gardes devient le point de ralliement des céliniens connus ou anonymes qui prennent le chemin de Meudon. Parmi les plus célèbres, citons Michel Audiard, Claude Berri, Fabrice Luchini, le dessinateur Jacques Tardi, qui présente avec succès son projet d'illustration de Voyage au bout de la nuit; et plus récemment Carla Bruni, qui n'a jamais fait mystère de son admiration pour l'œuvre de Céline. Ces « soirées de Meudon » autour de la veuve de l'écrivain feront l'objet d'un livre écrit par Marc-Édouard Nabe et sobrement intitulé Lucette, publié par Gallimard en 1995.
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