Limonov à Paris : l'affaire Françoise Verny
Avec Marc-Edouard Nabe, Patrick Besson, Christian Laborde ou Philippe Muray, Edouard Limonov a été l'un des piliers de l'Idiot international, le journal ovni du très provocateur Jean-Edern Hallier. En septembre 1989, Nabe signe dans l'Idiot un court pamphlet contre Françoise Verny, la puissante éditrice parisienne. Le texte est à la fois potache, extrêmement violent et quelque peu ordurier. Mais il se trouve que Françoise Verny est justement sur le point de publier Limonov chez Flammarion. Celui-ci rédige alors une lettre ouverte où il reproche à Nabe de l'avoir mis en porte-à-faux. L'Idiot publie la lettre dans laquelle Limonov s'excuse auprès de son éditrice, mais l'équipe du journal désapprouve cet exercice de contrition et Jean-Edern Hallier clôt le différend avec un édito encore plus violent qui évoque des pressions de Flammarion sur Limonov et se conclut ainsi : « Pour qui se prennent ces crétins ? Les éditeurs sont les domestiques des écrivains. Qu'ils le restent, ou plutôt qu'ils le redeviennent. » A ce stade, Limonov doit choisir son camp : quitter l'Idiot ou risquer de compromettre sa carrière d'écrivain parisien. Il tranche et va dire à ses amis de l'Idiot : « Puisque vous êtes tous contre moi... je reste avec vous. »
Tout Limonov est là. Coqueluche de Saint-Germain-des-Près, il n'avait certainement pas envie de renoncer à ce statut d'écrivain célèbre auquel, clochard à New York, il avait si passionnément aspiré, mais son goût pour l'opposition systématique et son esprit de bande ont été plus forts. Cela n'empêchera toutefois pas la publication de la Grande Epoque, chez Flammarion (ce sera le seul, les suivants seront édités par Ramsay). Quant à Saint-Germain-des-Près, la rupture ne sera pas consommée tout de suite : plus que l'affaire Verny, c'est son engagement en Serbie au côté du chef de guerre Arkan qui le rendra définitivement infréquentable aux yeux du milieu germanopratin. Mais alors, il était déjà passé à autre chose : pour l'éditeur Olivier Rubinstein, qui l'a bien connu, sa carrière littéraire n'aura au fond été qu'une partie de sa vie d'aventurier.
Laurent Binet
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