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    Accueil Sur Nabe Blogs, Internet,etc. Dominique Padovani - Critica.fr - Alors, salaud ou pas ? - 10 septembre 2011

    Dominique Padovani - Critica.fr - Alors, salaud ou pas ? - 10 septembre 2011

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    Alors, salaud ou pas ?


    Titre : Céline l’infréquentable
    Auteur : Joseph Vébret
    Éditeur : Jean Picollec
    Prix : 16 euros - 206 pages Note Critic@

    Voilà un livre intelligent, donc qui se vendra mal et c’est bien dommage. Ah, si l’auteur s’était appelé Musso ou Houellebecq ! Mais il ne s’agit que de Joseph Vebret, un quasi inconnu quoique directeur du « Magazine des livres » et contributeur de « Biblio Obs », le portail littéraire du Nouvel Obs. Un admirateur inconditionnel de Céline, surtout, qui a trouvé la martingale pour rédiger un bouquin sur son idole : faire causer les autres, en l’occurrence la crème des céliniens distingués, huit au total. Ce qui autorise pour la modeste somme de 16 euros un vrai feu d’artifice d’esprit et de formules. En avant donc pour les citations.

    De David Alliot, auteur de « L’affaite Louis-Ferdinand Céline » : On découvre « un Céline plein de contradictions, un Céline affabulateur qui n’hésite pas à raconter des bobards incroyables à des gens qui ne demandent qu’à le croire. On découvre aussi un Céline attentif à la souffrance des autres. Un Céline éructant contre les Allemands et le maréchal Pétain. En fait, Céline n’est jamais là où on l’attend. » D’Émile Brami, ancien libraire, romancier, peintre et spécialiste de Céline, qui en trace certainement le meilleur portrait: « Je vois Céline avec ses innombrables qualités et ses immenses défauts. Par exemple, c’est quelqu’un dont je n’aurais certainement pas voulu être l’ami. J’aurais aimé le rencontrer, c’est évident, puisque c’est un monstre littéraire… et un monstre tout court (…) Les romans de Céline tiennent d’abord par ce style extraordinaire, cette capacité à télescoper, à rapprocher des mots que personne  n’aurait imaginé associer (…) On en revient à la question que se posait Baudelaire dans la préface des ‘Fleurs du mal’ : ‘Est-ce qu’on peut faire de la littérature avec de l’abjection ?’ Céline démontre que oui. »

    D’autres interviennent encore, tel Marc Laudelout, créateur du « Bulletin célinien » : « Il y a autant de céliniens que de variétés de plantes d’appartement. Pour ma part, je  considère que l’œuvre de Céline forme un tout et qu’il est vain de vouloir la fractionner. Afin d’illustrer ceci, je dirais que le ‘manifeste littéraire’ déployé dans les ‘Entretiens avec le professeur Y’ se trouve déjà dans ‘Bagatelles pour un massacre’. Et sur le plan idéologique, on trouve aussi des propos controversés dans ‘Féérie pour une autre fois’ ou ‘D’un château l’autre’. » Arrive Philippe Sollers, qui se montre catégorique et original, comme souvent : « Je sais que cela prendra encore un siècle ou deux, mais il faut débarrasser Céline de ses oripeaux de fou vociférant et, cela va de soi, de son antisémitisme (…) Parlant de Voltaire, Céline souligne le nombre d’écrivains français persécutés par les leurs parce que les Français n’aiment pas leurs écrivains, justement parce qu’ils ne sont pas des leurs (…) La vérité, c’est que les Français, depuis 1940, sont dans la honte et la haine d’eux-mêmes. » Bien vu.

    Interviennent également, sur un mode mineur, Bruno de Cessole, François Gibault, avocat et éditeur de « Rigodon » en 1969, Éric Mazet et Frédéric Vitoux, qui a consacré vingt années de sa vie au pestiféré, ce qui l’a amené malgré cela à l’Académie française. Un regret, on aurait bien aimé trouver les propos de Marc-Edouard Nabe, auteur d’un remarquable « Lucette », consacré à Madame Destouches. Une admirable démonstration : il se sera finalement davantage écrit sur Céline que lui n’a produit de lignes. Pour qui n’a jamais lu « Le Voyage », voici une excellente introduction à l’œuvre exceptionnelle de l’homme de Meudon, et à sa vie, qui l’est moins. À recommander, à fin de démarche initiatique, sans modération.