Le zéro et l'infini
Une analyse de l'oeuvre de Céline par tous les bouts : le génie, l'ignominie, comme deux voies sans issue.
De son génie et de son ignominie, chacun tire ce qu'il peut de Céline : cinquante ans après sa mort, son procès reste ouvert, tel une plaie encore vive. Le documentaire d'Antoine de Meaux porte clairement la trace de cette indétermination, comme si Céline échappait à l'histoire par la confusion qu'il provoque; comme si le réquisitoire contre un homme s'effaçait devant la grandeur d'un style volcanique. Procès impossible, mais procèes nécessaire, ne serait-ce que pour explorer son oeuvre elle-même, au-delà de ses délires sordides. Pour les uns, interrogés dans le film — Zagadanski, Nabe... —, un génie ne peut pas être un salaud ; pour les autres — Ory, Taguieff... —, les écrits antisémites et collaborationnistes le discréditent pour l'éternité. Les biographes — Godard, Brami, Gibault... — analysent les ressorts et le poison que distillent ses romans et pamphlets (le dégoût de la guerre, du "bla-bla"...), et saluent son travail sur la langue, ce que Céline appelait sa "grande attaque contre le verbe". Un procès à parts égales, dont on ne connaîtra jamais le jugement dernier.
Jean-Marie Durand
Le procès Céline Documentaire d'Antoine de Meaux. Lundi 17 octobre, 22h30, Arte
| < Précédent | Suivant > |
|---|

Sur Nabe 


