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Du Fonds monétaire au fond du trou: L’Enculé, Marc-Edouard Nabe
octobre 27 2011 par denecessitevertu
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On en a tellement dit sur l’épopée de DSK à New-York, que le meilleur moyen d’en reparler était encore de la faire raconter par son principal protagoniste : « Des milliers, des millions, des milliards même d’individus dans le monde ont leur petite idée sur ce que j’ai fait dans cette chambre ! ».
C’est DSK qui parle, faisant le récit de son été New-Yorkais à la première personne.
Un DSK libidineux, carrément tête en l’air, qui assume tout, jusqu’à avancer que l’on a pas mal minoré ce qu’il a fait dans cette chambre 2 806, en fait. Ce qui ne l’empêche nullement de trouver que l’on en fait tout de même beaucoup pour une « simple pipe ».
« Ma queue est devenue l’objet de toutes les discussion dans le monde… Blanche, circoncise, épaisse, impudente, riche… Je suis le symbole du sexe masculin mondial au début du troisième millénaire. Vertigineux ! »
Ce n’est, pas cette fois en tout cas, une thèse psychologisante. Juste le point de départ du dernier roman de Marc-Edouard Nabe : l’Enculé.
Vertigineuse, la version de Nabe ne l’est pas moins. Dans ce roman complètement loufdingue, Nabe le maudit, impliqué jusqu’à la nausée, se laisse toute la latitude nécessaire pour exprimer sa créativité. Ce livre ? Une farce pour tout dire, mais une farce géniale.
Il y a, comme dans tout bon roman, plusieurs degrés d’interprétation, plusieurs grilles de lecture possibles bien sûr, qui font que l’on appréciera ou pas ce vingt-neuvième livre. Certaines choses à ne pas prendre au premier degré, et d’autres d’apparence plus second degré, mais que l’épaisseur des ficelles tendraient à rendre vraisemblables. « Plus c’est gros, plus ça passe ». Ce n’est pas un hasard si Nabe paraphrase Goebbels par la voix de DSK.
Nabe, par le prisme du roman, revisite donc l’affaire, l’arrange à sa sauce, rajoutant les passages manquants comme autant de points de suspensions sur le rapport de Cyrus Vance, le procureur de New York. Forcément corrosif. L’auteur nous décrit le viol dès le deuxième chapitre avec un luxe de détails qu’aucune preuve médico-légale ne peut égaler.
Au cours de cette odyssée moderne, on apprendra également les mystères qui entourent ce sourire jocondien de Dominique Strauss-Kahn à sa sortie du tribunal, où bien encore ce qui a bien pu se passer dans la tête du directeur du FMI au moment de rédiger sa lettre de démission.
Jusqu’à la rencontre entre DSK déguisé et la fille de Nafissatou Diallo, qui entend rendre justice à sa mère, cette version romanesque de l’affaire n’en finit pas de nous surprendre. Les événements défilent dans un ordre fidèle à la chronologie des faits, comme autant de plan-séquence du « feuilleton » de l’été.
Appareillé comme un pédophile avec son bracelet électronique à la jambe, DSK et sa femme prennent leurs quartiers à TriBeCa, une fois la caution payée : « Bagatelle !» pour Anne Sinclair, enfermée avec son tarzan, autrement dit la « vraie prison » pour le séducteur ventripotent de ces dames.
« - Les caméras sont reliées à une sorte de régie comme j’avais à 7 sur 7. Ils nous observent tant qu’ils veulent.
- Mais c’est de la télé-réalité !
-Oui, sauf que c’est de la réalité seulement. Nos images ne sont pas diffusées.
-Encore heureux ! J’apprécierais modérément de me retrouver en train de me masturber en direct sur Fox News… »
On retiendra cette escapade avec Jean Pierre Elkabbach, fixé en fanatique de rodéo, tandis que le couple convole vers une liberté tout juste retrouvée. Irrésistible aussi la scène de la revue de presse, où DSK découvre sa trogne sur toutes les unes françaises. Le séjour à « Rikers » donnera enfin l’occasion à Nabe de traiter des « amitiés de prison », et de nous gratifier d’un soliloque de très haute volée.
Par le truchement de l’humour nabien (qui n’est pas donné d’apprécier à tous), ce livre met en exergue aussi bien les saloperies des méthodes de la défense, comme la naïveté du camp des victimes. Que ce soit Anne Sinclair, d’un arrivisme sans pareil, ou les avocats de la défense, usant des méthodes les plus crasses pour parvenir à leurs fins, les personnages de ce roman sont tous à gerber. Voilà sans doute le premier sentiment que Nabe voulait donner à ses lecteurs, avant même celui d’injustice.
La lecture est tout de même troublée par le traitement obsessionnel de la judéité d’Anne Sinclair, par trop caricaturale ( cette dernière passe son temps à visionner des films sur la Shoah, entre autres), tandis qu’à l’inverse, l’antisémitisme de DSK, qui s’empresse de changer la musique klezmer de sa femme pour des chants nazis dès qu’elle a le dos tourné, créé un effet comique pour le moins déroutant.
Au sortir de ces 250 pages, Nabe se paye même le luxe de nous révéler les résultats des prochaines élections, avec une sacrée surprise au rendez-vous. Mordant à souhait, drôle, piquant, irrévérencieux, jamais soporifique, ce vingt-neuvième livre, sans doute écrit en un temps record, tient toutes ses promesses.
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