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    Accueil Sur Nabe Blogs, Internet,etc. L'Enculé par Laurent James - Parousia - 6 Novembre 2011

    L'Enculé par Laurent James - Parousia - 6 Novembre 2011

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    L’Enculé est le premier roman de Nabe où le narrateur est clairement distinct de l’auteur (ou de son double), ce qui se comprend d’ailleurs dès la couverture : NABE L’ENCULE ROMAN est-il écrit en lettres blanches sur fond noir, ce qui signifie clairement que Nabe se fait enculer par son roman. Ce dernier ne peut donc être qu’écrit par un autre, un enculeur juif et financier qui révèle son activité gigantomachique dès le début (« Je suis un enculé. C’est drôle : c’est souvent ceux qui enculent les autres qu’on traite d’enculés »).

     

    L'Enculé

    Nabe est souvent reçu par les imbéciles comme un simple anarchiste. Or c’est un anarchiste pur et dur, ce qui est tout à fait différent. Parce qu’il combat le travail, la famille et la patrie, les réactionnaires droitards que j’évoquais tout à l’heure le jugent comme un merdeux ; parce qu’il aime Jésus-Christ et Cheikh Yassine, les révolutionnaires gauchistes le traitent de mystique dénué de tout sérieux. Nabe est contre l’ordre et pour la justice : c’est là toute la trame de son dernier roman, où Dionysos est sans cesse convoqué pour en finir avec l’Amérique (qui fait semblant d’être avec Jésus). Ce que j’aimerais faire comprendre, c’est que tous les prophètes du Verseau ont professé la même chose, tout simplement parce que dans un monde où règne la confusion et la dissolution des individus, il convient d’opposer la distinction et la transcendance en revenant à l’Origine du Monde. Et l’origine du monde, c’est le désordre juste. Arthur Rimbaud a voulu introduire le tohu-bohu à l’intérieur même du corps humain, en en déréglant tous les sens. Antonin Artaud est parti de l’endroit précis où s’est arrêté Rimbaud (étant né à Marseille à quelques centaines de mètres de l’endroit où est mort son prédécesseur) : il déclarait avoir un tel amour de l’ordre qu’il n’en admettait aucune parodie. Né là où est mort Rimbaud et où est né Artaud, Marc-Edouard Nabe refuse toute parodie de l’ordre à l’intérieur du corps humain, d’où son amour du sexe comme puissance cosmique de procréation et de connaissance. « Jouir, c’est comprendre » lit-on dans Petits riens sur presque tout (et Claudel rajoutait dans Connaissance de l’Est : « Comprendre, c’est compter » ). Cet aphorisme pourrait servir d’introduction au chapitre 7 de L’Enculé, où le narrateur s’adresse à son sexe avec des accents de héros de tragédie grecque.

     

    Marc-Edouard Nabe et son fils Alexandre devant l'ancienne porte d'entrée de L'hôpital de la Conception de Marseille (avril 2002, détruite depuis).
    Marc-Edouard Nabe et son fils Alexandre devant l'ancienne porte d'entrée de L'hôpital de la Conception de Marseille (avril 2002, détruite depuis).


    Si, jusqu'à présent, les artistes nous apprenaient à mourir, Nabe, lui - comme Rimbaud, Artaud et les autres prophètes du Verseau - nous apprend à ressusciter.
    Car nous serons totalement seuls devant la terrible balance du Jugement Dernier. Plus de collègue de travail, plus de parents, plus de compatriote, plus de communauté, plus de frère d'armes, et même plus d'ennemis ou d'adversaires. Notre solitude sera exactement similaire à celle du Christ sur la croix.

     

    Laurent James -« Lire Nabe chez Dugin » (extrait) - 6 Novembre 2011