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    Accueil Sur Nabe Presse 2011 Le Figaro attribue des propos de Nabe à Philippe Alméras - 17 octobre 2011

    Le Figaro attribue des propos de Nabe à Philippe Alméras - 17 octobre 2011

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    Le Figaro attribue des propos de Nabe à Philippe Alméras - 17 octobre 2011

    Céline, ignoble génie

    Ce film-procès éclaire la personnalité complexe de l'auteur du « Voyage au bout de la nuit ». Remarquable.

    « Moi, je dis qu'un génie ne peut pas être un salaud », assène Philippe Alméras, écrivain spécialiste de Louis-Ferdinand Céline dans Le Procès Céline, écrit par Alain Moreau et réalisé par Antoine de Meaux, diffusé ce soir sur Arte. La narration, abrupte, incisive, irrévérencieuse comme les mots de l'écrivain, est dite par Marie-Christine Barrault. Et comme on ne comprendrait rien ou trop peu de chose sans connaître les oeuvres de l'« accusé », de larges extraits du Voyage, qui le fit découvrir, mais aussi de Bagatelles pour un massacre, qui le fit haïr, sont lus par un Didier Sandre sidérant. « Qu'on le veuille ou non, le génie de Céline est inséparable des accusations d'antisémitisme. Il n'aura pas fallu moins de cinquante ans pour faire remonter au jour cette vérité essentielle. »
    C'est sur ce commentaire que démarre vraiment l'emission. On comprend qu'il ne s'agit pas de relancer une énième polémique sur l'écrivain mort il y a cinquante ans mais d'un questionnement sur « le vrai mystère de Céline », à savoir « comment est-il arrivé à redevenir un grand écrivain de fiction ? ». A la barre (imaginaire puisque chacun est confortablement assis dans son fauteuil), les témoins se succèdent : les écrivains biographes Emile Brami, Pierre Assouline, Marc-Édouard Nabe et Stéphane Zagdanski, le président de la Société d'études céliniennes François Gibault, qui fut aussi l'avocat de Lucette Destouches, veuve du romancier, son éditeur dans la Pléïade, Henri Godard, ou encore Frédéric Vitoux, de l'Académie française, et Philippe Sollers.
    En cause : son style. Céline a-t-il fait offense au monde des lettres ? La cause semble dérisoire. Et pourtant. Paraphrasant le début de Voyage, Alain Moreau écrit : « L'ouverture de son procès débuterait comme ça. Nous sommes en 1932 ; un inconnu débarque dans le paysage littéraire avec un ouvrage inclassable... »

    Images en noir et blanc
    Car dans ces années-là, on croit avoir tout lu. « Le siècle est installé », affirme Marc-Édouard Nabe. Or Céline surgit et « démode » ses pairs. « Dans les pièces à charge du procès, l'agression à la langue pèse lourd », poursuit Alain Moreau. Céline écrit-il comme on parle ? « Pour donner cette impression d'émotion, de vitesse, il faut s'inspirer du langage parlé. Mais c'est un travail de déformation du langage, pour donner l'illusion de l'immédiateté », affirme Frédéric Vitoux. « Je pense que dans le procès instruit depuis longtemps, Voyage est une grande pièce à décharge », poursuit Pierre Assouline. Et Céline, que pense-t-il du procès qu'on lui fait ? L'ex-médecin apparaît abondamment dans des images en noir et blanc tournées dans le pavillon de Meudon où il se retira à l'automne de sa vie. « J'ai cessé d'être écrivain pour devenir chroniqueur. La véritable inspiratrice, c'est la mort », affirme l'homme caméléon, qui sut décrire comme personne la bête humaine de la Grande Guerre, tirant le tout vers le sordide. Ignoble idéologue. Mais laissant toujours, embusqué, le génie.

    Valérie Sasportas