Correspondance
Une Lettre de Léo Scheer
Après la publication, dans « Le Monde des Livres » du 18 novembre, d'une tribune titrée « Les Bienveillants », sur le livre L'Enculé, de Marc-Edouard Nabe, nous avons reçu de l'éditeur Léo Scheer, qui a publié dans le passé des textes de M. Nabe, la lettre suivante :
« Dans cette tribune, je suis accusé de soutenir, par amitié, des propos antisémites et même de négationnisme pour avoir nié qu'ils le sont. (...) Je tiens à souligner que (...), s'il y avait chez l'auteur dont j'ai publié et je publierai les textes une quelconque incitation à l'antisémitisme ou au négationnisme, je ne les éditerais pas et ils auraient été condamnés depuis longtemps par la justice française, très ferme sur ces sujets. Ce n'est pas le cas. Dans L'Enculé, le procédé utilisé, en l'occurrence, par Nabe, consistant à se mettre dans la tête de la caricature d'un personnage célèbre, l'a été maintes fois dans des livres comme Une journée dans la vie de Lionel Jospin, de Marcela Iacub, chez Fayard en 2006, ou bien, chaque jour, dans les "Guignols de l'info" sur Canal+ »
VOICI CI-DESSOUS LE DROIT DE REPONSE INTEGRAL DE LEO SCHEER ENVOYE A JEAN BIRNBAUM ET PUBLIE SUR SON BLOG :
"Vous faites paraître, à propos du dernier livre de M.E. Nabe qui n’est ni chroniqué, ni analysé, ni critiqué, dans le supplément que vous dirigez, (Le Monde des livres, en principe consacré aux comptes rendus et à la critique des livres), une « Tribune » (dont le statut est ambiguë) et dont le titre est Les bienveillants. Elle dénonce la complaisance d’un certain nombre de personnes à l’égard de M. E. Nabe. Dans cette Tribune, je suis accusé de soutenir, par amitié, des propos antisémites et même de négationnisme pour avoir nié qu’ils le sont.
L’auteur de l’article me reproche d’avoir annoncé la sortie du livre de Nabe, l’Enculé, sur le site de ma maison d’édition. Afin de soutenir son argumentation fallacieuse, il voit dans cette annonce la marque d’une amitié qu’il juge dangereuse puisqu’elle me conduit à ce dont je suis accusé : de soutenir une œuvre destinée à promouvoir l’antisémitisme et d’être, pour cette raison, négationniste.
Je tiens à rappeler ici que j’ai publié en 2006 Morceaux choisis de M.E. Nabe, recueil des extraits de l’ensemble de ses livres, classés par ordre thématique et alphabétique. Préparant, depuis, l’édition augmentée à partir des textes sortis depuis 2006, j’annonce régulièrement ses nouveaux ouvrages, comme je le fais pour tous les auteurs de la maison d’édition. Il n’y a là aucune « bienveillance » particulière.
D’autre part, je tiens à souligner que, contrairement à ce qu’affirme votre tribune, s’il y avait chez l’auteur dont j’ai publié et je publierai les textes une quelconque incitation à l’antisémitisme ou au négationnisme, je ne les éditerais pas et ils auraient été condamnés depuis longtemps par la justice française, très ferme sur ces sujets. Ce n’est pas le cas. Dans L’Enculé, le procédé utilisé, en l’occurrence, par Nabe, consistant à se mettre dans la tête de la caricature d’un personnage célèbre, l’a été maintes fois dans des livres comme Une journée dans la vie de Lionel Jospin de Marcela Iacub chez Fayard en 2006 ou bien, chaque jour, dans les guignols de l’info sur Canal+.
J’ajoute qu’il n’est pas acceptable d’être accusé de négationnisme dans les pages d’un journal comme Le Monde. Je mesure d’autant plus la gravité de telles accusations, étant l’unique survivant d’une famille juive de Cracovie, victime de l’extermination nazie.
Contrairement à ce qu’affirme l’auteur de votre Tribune, les mots ont un sens, et celui de « négationniste » en a un, très précis. Il désigne ceux qui nient l’existence de cette extermination. Le fait d’ajouter le qualificatif de « littéraire » au mot de négationnisme, n’enlève rien à son caractère infâmant dans la mesure où il ne change pas sa signification. La littérature n’est là qu’un des instruments du négationnisme comme peuvent l’être l’histoire ou la politique.
Je tiens enfin à souligner les méthodes étranges utilisées par l’auteur à qui vous avez confié cette tâche, qui a pris contact avec moi sans me prévenir qu’il préparait un article, évoquant un manuscrit qu’il avait commencé à écrire sur un sujet qui ressemblait à l’affaire DSK et qu’il avait dû abandonner.
Je demande donc que cette lettre soit publiée dans votre supplément en tant que droit de réponse et, compte tenu de la gravité des accusations dont je suis l’objet à propos de ce livre, qu’un article soit publié par le Monde des Livres en faisant une analyse critique sérieuse afin de prouver que les accusations de négationnisme sont fondées ou si cette « tribune » ne relève tout simplement de la diffamation destinée à susciter une polémique dont l’ « écrivain » qui la signe est le spécialiste récidiviste bien connu depuis l’affaire Renaud Camus, il y a déjà plus de 10 ans."
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