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L’Enculé de Marc-Edouard Nabe
« Je suis un enculé. C’est drôle : c’est souvent ceux qui enculent les autres qu’on traite d’enculés… Je vais raconter ici comment un enculeur s’est fait enculer ».
La mise en bouche, si je peux m’exprimer ainsi, du dernier roman de Marc-Edouard Nabe, donne le ton : il s’agit de raconter avec inflexibilité et humour corrosif le suivi des péripéties d’un « narrateur », de sa sortie de chambre du Sofitel le 14 mai 2011 jusqu’aux élections Présidentielles du printemps 2012…
Nabe s’est toujours refusé – et ce positionnement mérite le respect – à tout faux-semblant, à toute forme de compromis qui s’assimilerait pour lui à de la compromission et à toute analyse mièvre ou pondérée et il n’est certainement pas non plus artiste à saisir des occasions par facilité : quand Nabe s’engage et exulte, nous devons apprécier ses analyses et combats dans leur globalité pleine et entière : on doit embrasser la totalité de son message ou se contraindre à perdre le sens de son atmosphère, de sa « petite musique » à lui…
Ce roman suit les pas et pentes de cette forte énergie : il dissèque les protagonistes de « l’Affaire » sans complaisance, il démontre leurs lâchetés, leurs insuffisances, leurs comportements étriqués de circonstance préférant la posture de communication à la reconnaissance de leurs limites ; il attaque frontalement les manipulations, les errements, il enfonce le clou lorsque la blessure tiédit et il dénonce pêle-mêle les faux vertueux outragés, les maniérismes de certaines amitiés politiques ou de la presse, certaines habitudes de repli sur soi du conformisme communautaire…
Nabe excelle dans l’humour incisif, méchant, mordant : si l’on préfère la délicatesse ondoyante qui parsème l’humeur d’auteurs en vogue, et qui arrêtent en permanence le sens de la plaisanterie au goût jugé acceptable par un lecteur standardisé, on passera son chemin, mais si on accepte de rire, avec gaieté folle, sur des situations dont on nous a rebattu, certes, les oreilles, des mois durant – mais que l’auteur retranscrit avec la double volonté de l’information pertinente rapportée et de l’inscription chronologique fidélisée- on clôturera la lecture de ce roman avec une réelle et forte impression salvatrice.
Les frasques du « narrateur », ancien chantre du FMI, méritent bien ce cocktail détonant, mélange de mépris pour les pleutres et plaintifs, de causticité ravageuse, de style vigoureux et vitupérant comme de talent puisque Nabe donne ici forme romanesque (nous ne sommes pas dans le documentaire et on se place bien dans la vraie littérature, celle qui puise dans les actualités et autobiographies…) à la plus abradabrantesque et médiatisée des turpitudes sexuelles d’un Arroseur-Arrosé ou d’un Enculeur-Enculé…
Eric
Achat directement via le site www.marcedouardnabe.com puisque Nabe auto-édite ses productions littéraires, réalité courageuse et rare, gage d’indépendance !
Vingt-neuvième livre de l’auteur.
Avec les frais de port inclus pour une livraison à domicile : 27€
POUR ALLER PLUS LOIN
Connectez -vous sur le site : alainzannini.com et vous pourrez écouter près de deux heures érudites d’hommage direct et sans retenue de Nabe à Céline.
Cette longue interview pour Arte n’a connu que deux minutes de diffusion
Nabe m’a appris que Céline préparait, avant sa traversée de l’Allemagne en flamme, un ouvrage consacré aux retournements de veste de 1944, il explique l’origine du titre « Mort à Crédit », il évoque avec acuité la jalousie maladive de sa secrétaire aux conséquences funestes au Danemark, il exprime avec tendresse et affection les choix judicieux et éclairés de Lucette qu’il a rencontrée régulièrement pendant dix ans…
A écouter et savourer.
On y retrouve la verve de Nabe, avec cette sentence répétée souvent dans l’ interview, que certains trouveront exclusive et excessive, mais on ne peut apprécier Nabe qu’en étant aussi « exclusif et excessif » : « Céline étant un génie, il ne peut pas être un salaud, car un génie ne peut jamais être un salaud… »
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