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    Accueil Sur Nabe Blogs, Internet,etc. Boojum - « L'Enculé » de Marc-Édouard Nabe par Rémi Lélian - 25 janvier 2012

    Boojum - « L'Enculé » de Marc-Édouard Nabe par Rémi Lélian - 25 janvier 2012

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    L'ENCULÉ

    Marc-Edouard Nabe
    auto édition 250 pages
    octobre 2011
    24 €

    Rémi Lélian

    Marc-Edouard Nabe, plus précisément l’œuvre de Marc-Edouard Nabe est symptomatique. Drolatique, inventive, vulgaire et surestimée, elle révèle en soi la posture superficielle d'une époque où ce Jean-Edern Hallier pingre, cette espèce de Beigbedder profond abreuvant son désir d'histrion à la source de meilleurs maîtres, a pu faire croire, parce qu'il le dit — et qu'il suffit de dire aujourd'hui pour être cru —, à son talent de styliste auto-proclamé et désormais auto-édité...

    L'enculé est un livre souvent drôle, d'un antisémitisme soutenu à un tel degré que le lecteur finit par n'y plus croire, et dont la véritable permanence, comme l'indique son titre, est celle de la vulgarité. Certes, ça n'est pas là la plus belle livraison de Nabe et ses amateurs les plus bienveillants reconnaissent sans peine que le pamphlet hargneux et la construction romanesque connurent chez le disciple de Choron des heures plus glorieuses avec Au régal des vermines et Alain Zannini... Reste donc un livre de Nabe intéressant en cela qu'il vaut moins caricature du style de son auteur que mise à nue de l'écrivain s'avouant mieux publicitaire que pamphlétaire et à tout bien considérer plus warholien assoiffé d'un quart d'heure de gloire que maudit.

    L'enculé, c'est d'abord l'histoire de DSK racontée selon la ponctuation des moments forts de l'affaire, dont aucun ne fut épargné  aux français six mois durant : Arrestation, inculpation, emprisonnement, résidence surveillée, pétard mouillé juridique, retour en France puis, là où Nabe s'autorise à extrapoler, les résultats des présidentielles à venir sur lesquels s'achève L'enculé. On appréciera la vélocité avec laquelle Nabe surfe sur la vague de l'actualité, grillant même au poteau la pauvre Tristane Banon, dont on aurait pu penser qu'elle avait l'exclusivité romanesque de cette aventure sordide. C'est à peu près le seul intérêt de l'ouvrage. Car en effet rien ne nous sera délivré des profondeurs psychologiques du personnage DSK, et la postérité des lettres ne connaîtra pas un Strausskhanisme comme elle possède depuis Flaubert dans ses catégories celle du bovarysme. La faute à Nabe, incapable de sortir du cliché, en l’occurrence celui du gros riche obsédé par le sexe, victime de son épouse obsédée, pour sa part, par la Solution finale. Les procédés stylistiques sont à l'avenant, une narration désespérément plate et quelques jeux de mots en guise de virtuosité langagière. C'est peu... et c'est tout...

    Plus intéressant en revanche la posture nabienne : celle de narcisse jouant à l'écrivain, l'écrivain jouant à son tour au maudit, la figure d'une époque plus intriguée par l'image que par l'écriture et où il est préférable de se proclamer d'abord écrivain, avant que d'écrire, et où pour être un styliste compte uniquement la conviction de l'être, que l'écrivain finalement n'en soit pas un et le fameux styliste qu'un comique ordurier. Bien sûr, les nabiens cette secte littéraire, diront pour défendre leur gourou qu'il accorde sa prose aux mélodies du jazz et qu'il s'attaque au tabou. Nous leur répondrons que n'est pas Céline qui veut, que l'antisémitisme n'était pas si tabou que cela à l'époque, ni le pacifisme, qu'il est des écrivains classiques, tel Richard Millet et Renaud Camus, plus dérangeant que leur petit maître. Enfin nous regretterons surtout que Nabe ne soit pas demeuré à l'ombre de Hara Kiri dans le cadre de la provocation outrancière puisque si L'enculé est un bien mauvais roman, sous l'égide du professeur Choron et au vu des talents de dessinateur de Nabe, il aurait pu faire une bande-dessinée suffisamment vitriolée pour choquer l'époque quand  dégradé dans le roman, il fait juste prétentieux... « faut pas jouer au riche quand on n'a pas le sou... ».


    Rémi Lelian

    A consulter, pour commander l'ouvrage notamment, le site Internet de Marc-Edouard Nabe