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    Accueil Sur Nabe Blogs, Internet,etc. [anniversaire] l'invitation au naufrage, texte de marc-edouard nabe - Blog de tilly - 15 avril 2012

    [anniversaire] l'invitation au naufrage, texte de marc-edouard nabe - Blog de tilly - 15 avril 2012

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    [anniversaire] l'invitation au naufrage, texte de marc-edouard nabe

    Ce n'est qu'en 1985 que l'épave du Titanic est découverte par l'Américain Robert Ballard, à près de 4.000 mètres de profondeur. (Sipa)Aujourd'hui c'est la Saint-Titanic. En vingt-six ans je n'avais jamais remarqué que Clément-Fils était né le jour anniversaire de la catastrophe maritime historique. Mais ces jours-ci, impossible d'échapper à la commémoration centéniale : inauguration d'un énorme musée en Irlande, dossiers-clones dans la presse, re-film, livres, photos, etc.. Drôle d'époque où l'on célèbre par une campagne commerciale tapageuse un désastre humain et technique qu'on ferait mieux de prendre comme modèle de ce qu'il ne faut pas faire.

    J'ai choisi pour marquer le coup à ma façon un texte de Marc-Edouard Nabe dans Zigzags, publié en 1986 (l'écrivain avait 28 ans ; Clément quelques jours, semaines ou mois ; l'épave du Titanic venait d'être inventée).

    “ Algues du vertige de la pluie la nuit.
    La Méditerranée funèbre dort dans les noyés, sous la carcasse au balancement nonchalant, les superbes vermoulures des ruines du beau paquebot blanc.
    Doucement... Mollement... ”

    L'Invitation au naufrage

    In: Zigzags, (XLIII, page 149), 1986, © Marc-Edouard Nabe, ouvrage épuisé, non réédité

    Le plus gros morceau de viande, vous le trouvez, il est gros comme moi, il flotte sur la mer, ainsi très calme, dans des bulles atroces : un gros veston blanc qui remonte avec deux mains.
    Les autres stewards sont écroulés sous l'épave, la raie défaite, parmi les lourds gris mous poissons qui raillent.
    Quel beau naufrage ! Chacun pour soi ! Des centaines de passagers, gorgés d'eau, se répandent en cohortes dégringolantes dans les caves marines, en colonies gnasquées à mort, en jets de moelles. Dévalant dans les grands arbres sous-marins, les luxuriances de chez Neptune. Les torses milliardaires comme des armures de crabes ouvertes, décortiqués, au faste nase, épousent la c'ème pourpre dans les robes de bulles. De magnifiques allures pétrifiantes jonchent, volent en éclat dans l'azur interne, remontent à la surface ou sont broyées sous les tonnes d'acier, la tôle blanchâtre, la pluie de vis, les moteurs dans les moules, ampoulés aux débris qui s'entrempalent.
    Les requins savourent les jolies femmes, pleines de suie, du sang partout, la tronche défoncée, la bouche en coeur : de la bave, comme un peu d'hermine, leur coule.
    C'est vraiment épatant comme spectacle. C'est loin dans l'eau. La mer digère les restes. Derniers barrissements avec en plus la nuit qui tombe sur tout ceci. Algues du vertige de la pluie la nuit.
    La Méditerranée funèbre dort dans les noyés, sous la carcasse au balancement nonchalant, les superbes vermoulures des ruines du beau paquebot blanc.
    Doucement... Mollement...
    Il faut revenir en arrière pour bien jouir, pour bien lui apercevoir sa somptuosité, en quelque sorte.
    C'était un bien chic esquif : il avait du peps, les autres n'en avaient pas.
    Un roi de croisière, une coque de dieu qui fend, une arche hyper ! Il buvait toutes les eaux.
    Il n'y a pas eu assez de Titanics.

    In: Zigzags, (XLIII, page 149), 1986, © Marc-Edouard Nabe, ouvrage épuisé, non réédité