Article sur les rééditions par Angie David dans La revue littéraire - janvier 2009
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Marc-Edouard Nabe, le Vingt-septième Livre, Le Dilettante, 96 pages, 10 euros.
Publié en préface à la réédition en 2006 de son premier roman, Au régal des vermines, maintenant en ouvrage spécifique, le tout par Le Dilettante, Le Vingt-septième Livre est, comme son nom l'indique, un livre de Marc-Edouard Nabe mais aussi le dernier. Non pas que l'auteur ait cessé d'écrire, bien au contraire, mais plutôt a-t-il décidé de ne plus publier de texte inédit au sein du système, celui des maisons d'édition. D'ailleurs un plan éditorial avait été conçu pour représenter cette "fin" : outre la réédition du Régal, le dernier tome du Journal (Editions du Rocher), Marc-Edouard a aussi publié de son vivant - à l'instar de Péguy et Roussel - des Morceaux choisis (Editions Léo Scheer), extraits de l'ensemble de son œuvre, par ordre alphabétique et thématique. Dans la même année, 2006.
Dans ce texte relativement court mais extrêmement dense, Nabe prend prétexte d'une histoire entre écrivains, comme il s'agirait d'un conte de fées ou d'une fable morale, pour dénoncer le milieu littéraire dans sa lâcheté et son hypocrisie, dont il fait lui-même les frais depuis plus de vingt ans.
Deux écrivains habitaient l'un en face de l'autre, rue de la Convention, dans le XVe arrondissement de Paris, pendant plus de quinze ans. Tous les deux cherchaient un moyen de maîtriser l'art littéraire et de percer le petit monde confiné de l'édition. Plusieurs années de travail acharné, d'obstination, de persévérance ont inversé le cours de choses : Michel Houellebecq n'était qu'un poète passionné par Lovecraft et Michel Bulteau pendant que Marc-Edouard Nabe publiait dans les plus grandes maisons et faisait beaucoup parler de lui dans les médias. Puis, au fur et à mesure que l'écrivain publié se trouvait marginalisé, en raison de son écriture directe, provocatrice, dénonciatrice des faux-semblants, celui qui était resté jusque-là dans l'ombre allait connaître la célébrité.
Michel Houellebecq eut un succès fulgurant à partir de la publication de ses romans chez Flammarion (par Raphaël Sorin). Aveuglé par les lumières blanches du succès, pendant que Marc-Edouard Nabe ne transigeait pas, respectait le pacte de radicalité, faisait le sacrifice de tout perdre. En parallèle de la finesse avec laquelle il analyse cette situation "révélatrice du milieu littéraire, sans afficher aucune animosité ou jalousie à l'égard de son ancien alter ego (qui a quitté depuis la rue de la Convention), Nabe explique qu'il ne publiera plus. Pour exercer sa liberté d'écrire et d'être lu - contre les barrages de la critique littéraire -, il a trouvé une nouvelle manière de publier, parfaitement anarchiste : les tracts.
Portant sur des sujets gênants, complexes avec honnêteté et érudition, fracassant les non-dits, Marc-Edouard Nabe écrit des textes polémiques d'une grande drôlerie et d'une perspicacité étonnante. Saint-Germain-des-Prés se souvient encore de celui, fameux, affiché sur le mur de la libraire de La Hune : "Et Litell niqua Angot". Ce n'était pas une formule chinoise mais bien un règlement de comptes en bonne et due forme de la baffe qu'a représentée Les Bienveillantes dans la certitude marketing et médiatique des grandes maisons d'édition.
Les tracts sont distribués en format A ou placardés dans les rues de Paris, format A3. Les fidèles admirateurs de l'auteur se chargent de cette mission illicite - comme le graff pour les artistes. Ils se réunissent également autour du site qui lui est consacré et où est repris l'ensemble des tracts ! marc-edouard.nabe.free.fr, internet étant un allié sûr pour celui qui exerce la révolution, prône sa liberté, s'opposant aux seigneurs de la souveraineté est désormais feinte. Ainsi Marc-Edouard Nabe continue d'écrire sur ce nouveau support et réserve à l'édition classique la réédition de son œuvre.
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