Article sur Printemps de Feu par Arnaud Le Guern - E-Novateur - 06 octobre 2003
L'article dans son contexte original
Braconnage number 3
Alors que Bush lançait ses troupes, missiles et chiens d’assaut sur l’Irak, Cancer ! sortait un numéro spécial sur la ratonnade en cours. En une : « Tous à Bagdad ! », un missile anti-patriote de Nabe, qui rendait minable la prose lourdaude et kaki de MG Dantec, écrivain moitié Kouchner moitié Bushé. Enfonçant tous ses clous dans l’échine d’un Occident tire-au-flanc, Nabe s’embarquait presto pour Damas, Bagdad, le bel Orient des cendres. Quelques mois plus tard, dans les bacs, Printemps de feu, roman.
Marc-Edouard,
Avant d’ouvrir ton roman : la couverture ! Toi en costume blanc, à la guerre comme à un bal masqué, élégant en diable. Et elle, à ton bras, silhouette noire parée d’étoffes de nuit, une douceur baptisée Schéhérazade, une danseuse. Tes mots les plus beaux me parleront d’elle, de ses ondulations au cœur d’un opéra de poussière et de sable. Dans Printemps de feu, il n’y a, en effet, aucun décor. Partout : le devant de la scène, les acteurs, le fracas des sons, les illuminations du « motsicien ».
Chrétien charitable, tu apportes ton souffle à tous les cadavres, les pantins en rangers ou enturbannés de la guerre, tous ces zouaves qui nient la splendeur obscène des tragédies. Tu les vois, tu les accroches, tu les couches sur papier. Bush est là, Oussama pas loin et Saddam t’invite dans sa planque. Est-ce lui ? N’est-ce pas lui ? Je m’en moque. J’écoute le tyran, Saddam papa, Saddam au fourneau, Saddam de cartoon et de vérité. Je l’écoute et j’y crois à mort, à fond dans le réel fou du roman.
Chez Ardisson, chez PPDA, tu parles de Printemps de feu comme d’un roman live, en direct, un roman à la mode Al-Jazira, la chaîne arabe d’infos continues « qui a ringardisé CNN à jamais ». On te tombe dessus, on ironise, on argumente et contre-argumente. Beigbeder pinaille, parle de ses pouliches et de Malraux. Massignon, géant de la pensée et islamologue d’une finesse totale, t’applaudit sur son nuage. Printemps de feu serait écrit à la va-vite. Tu le sais : le sagouin français est aveugle. Il y a évidemment, dans tes pages, des couacs, des chutes, du larsen, des fastocheries, des cerises sur le gâteau trop gras. Et alors ! En apôtre de Monk, tu improvises la réalité, tu te fais l’écho de ses imperfections. Ton roman n’est aucunement écrit à la va-vite : ton roman est écrit à la va-vif ! C’est-à-dire sur le feu, au milieu des flammes, sur les parois fauves du brasier. Tes frappes chirurgicales à toi sont des banderilles plantées, des pointes de danseuses qui s’enfoncent et lèvent tous les voiles. Genet, le poète doux et furieux d’Un captif amoureux, procédait ainsi pour révéler à tous la beauté et les humiliations de
Au final, c’est l’imagination qui orchestre la résistance. Le roman, le récit, le carnet, le pamphlet, le poème, la fusée – celle de Baudelaire ou de Hussein Mansour Al-Hallâj en 922 : « Ne t’attaque pas à nous ! Regarde, nous avons fardé notre doigt dans le sang des amants… »-, ton chaudron récupère tout. Et tu touilles, tu racles, tu t’immerges, écrivant à la lumière d’une seule chandelle, exquise et catine : le trou du cul immensément attirant de Schéhérazade. Ton mot d’ordre destroyé : faites la guerre Et l’amour ! Le plus beau chapitre d’Alain Zannini, somme grandiose et roman moyen, c’est Printemps de feu. Chapeau à toi, Marc-Edouard !
Arnaud Le Guern
06 octobre 03
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