Je n'irai plus au Salon du Livre. (Alain Zannini, p.410).
Le salon du livre succède à celui de l'agriculture Porte de Versailles, mais on rêvera en vain qu'un Président en exercice et en plein ras-le-bol y laisse enfin échapper un "Cassez-vous, pauvres cons !" général. Il faudra s'en charger. La médiatisation et la marchandisation sont à leur comble. C'est une très bonne chose ! Les écrivains de salon ( pléonasme !) ne pourront désormais plus s'abriter derrière le moindre alibi artistique. Ils apparaissent enfin pour ce qu'ils sont vraiment : de pauvres et ternes employés de la culture profondément conscients de se faire profondément baiser, qui se méprisent eux-mêmes et trop fatigués pour faire seulement l'effort de sembler croire à leur discours. Peut-on les prendre en pitié ? Certainement pas tant que ces salauds continueront en toute conscience à alimenter la machine. Libération s'empresse de sortir un numéro de "Libé des écrivains" confié au "Rédacteur en chef" Philippe Sollers et à (bien sûr !) une pléiade de ses collègues de plumes . La conférence de rédaction de ce "Sous les couvertures" (Au moins un titre vrai !) mis en ligne est édifiante . En bon patron Laurent Joffrin se félicite du jour de repos qu'il peut donner à moindre frais à son équipe puisque ce jour là ce sont les écrivains qui se bousculent pour se faire exploiter. Philippe Sollers avoue cyniquement d'emblée son "incompétence radicale" à faire un journal. (A prendre au pied de la lettre. Après tout N'est pas Jean-Edern Hallier qui veut ...). Jacques Roubaud embraye mollement sur l'histoire d'un chimpanzé à Stockolm qui prépare et accumule des cailloux pour les jeter aux visteurs. Sourires fatigués. Sans qu'aucun de ces obscènes abrutis ne voie bien sûr qu'il y aurait là matière à une magnifique parabole sur Gaza ! Mais Philippe Sollers préfère essayer de vendre Claude Lanzmann comme écrivain. Anne Garreta est venue avec ses lunettes et Marie Darrieussecq avec son bébé dans l'eau du bain... etc... Un cauchemar d'une indigence terrible pour un résultat dégueulasse (l'édito de Sollers !)
Salons, médias, journaux : écrivains partout, littérature nulle part. Paul Léautaud disait déjà que "quiconque reçoit un prix littéraire est déshonoré." Ce n'est pas assez. Aujourd'hui il est temps de dire fort que quiconque se prétendant "écrivain" accepte de publier un livre dans le système éditorial actuel est encore plus déshonoré. Et même que quiconque achète un seul de ces livres est déshonoré lui aussi ! La littérature sert à ça.
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