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    Juan Asensio parle du bloyisme de Nabe - 27 mai 2006

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    Juan Asensio parle du bloyisme de Nabe - 27 mai 2006

    L'article dans son contexte original

    Marc-Édouard Nabe le si peu bloyen (extrait)


    (...)

    Laissons nos deux très fines illettrées à leurs travaux de tricotage d'une critique plus ténue que la gaze et revenons à Bloy, démon coruscant des lettres françaises admiré par un Kafka, par un Borges, par un Barthes même, ce qui n'a tout de même pas suffi, malgré les objurgations que m'a adressé à ce sujet Sarah Vajda, à me le rendre intéressant (il est vrai que l'article du critique sur l'écrivain n'est tout de même pas exactement décoiffant), par un Nabe aussi... Justement, Zannini. Voici un vieil entretien que je fis jadis paraître dans ma revue, Dialectique et qui, dans une version abrégée, fut repris par Bruno Deniel-Laurent pour le numéro hors-série de Cancer ! consacré à Léon Bloy. Interrogeant Pierre Glaudes, de loin le meilleur connaisseur de l’œuvre de Bloy en France, cet échange fut réalisé par Rémi Soulié et moi-même. Que Marc-Édouard Nabe, s'il me lit, s'inspire de ces lignes érudites, lui qui affirme (dans le premier numéro de La Vérité, novembre 2003) que les cancéristes n'ont rien compris au génie bloyen. C'est peut-être vrai, peu importe, aucun d'entre eux n'ayant prétendu être écrivain. Encore moins se réclament-ils à hue et à dia du rugissant polémiste. Nabe lui, ne cesse de le citer, multipliant depuis son Régal des vermines, sur l'auteur du Salut par les Juifs, les mots d'auteur dignes du plus louche éclat de quincaillerie orientale. En fait, ce que Nabe oublie, c'est que Bloy n'a gueulé et éreinté les imbéciles de toutes espèces, et Dieu sait qu’elles sont nombreuses, que dans l'unique espérance de hâter la Venue, en condamnant, en somme, les imbéciles à l’Enfer que l'on pourrait dès lors affirmer être comme l'éternité d'une venue qui jamais ne vient. Alain Zannini, lui, se complaît (il y patauge même) dans une colère de salon parisien et une outrance sexuelle qui, bien avant de détuméfier son monstrueux organe (est-ce si sûr ?), fatigue son lecteur le plus attentif et ne parvient guère à nous suggérer l'existence d'une autre vérité par-delà le miroir déformant de l'apôtre, vérité qui, dois-je vraiment le rappeler, était l’unique nourriture de l’auteur de Bloy. L'Enfer de Nabe, c'est lui-même, le cachot le plus sûr ayant été inventé pour emmurer vivant le nain prolifique. L'Enfer de Bloy, c'est une réalité qui serait totalement essorée de Dieu. Est-elle seulement pensable pour celui qui crut dénicher l'éclair du divin jusque dans les glaviots les plus insipides du Bourgeois ? Ce que j'écrivai à propos du roman Alain Zannini dans ma Critique meurt jeune se vérifie donc à mesure que je lis Nabe/Zannini : l'homme est consumé par une haine maladive (qui n’est pas toujours drôle, à la différence des diatribes bloyennes) étouffant sa charité et l’écrivain, lui, qui est exactement le même, je le précise à tout hasard, que le personnage public (c'est bien leur stricte identité qui constitue la seule et unique croix de Nabe, apparemment de plus en plus lourde à porter pour le gringalet), s’est enlisé dans les dunes du désert irakien même s'il reste un redoutable chameau.
    Un dernier mot enfin. S’il faut absolument les comparer, alors je n’hésite pas un instant avant d'affirmer que la sincérité totale, parfois pataude il est vrai, de l’écrivain Dantec est évidemment infiniment plus bloyenne ou bernanosienne que les pitreries réalisées devant le miroir de Zannini/Nabe et, si je dois avancer un sentiment sur l’homme que je connais et apprécie, Dantec me paraît un être d'infiniment plus de... poids que l'éthéré Zannini, petit maigrichon occupé de lui seul, écrivain raté, c'est lui qui le gueule sur tous les toits; on ne va tout de même pas, à présent qu'il daigne la retourner contre lui, chicaner sur la légendaire sincérité de Nabe n'est-ce pas ? Il est certes vrai que l'envie provoque parfois, sans que l'on sache bien quelle responsabilité incombe à celui qui la déclenche et la subit, de telles cruelles ironies. Contemplant ainsi le triste spectacle que nous donne Nabe, je suis à peu près certain que le fantôme de Léon Bloy, peut-être pas encore fatigué de traîner tout près de son héritier auto-proclamé, doit partir d'un immense rire. Et il y a fort à parier, ultime facétie de l'Invisible qui en est un prodigue coutumier, que Nabe dont l'oreille absolue n'est apparemment pas qu'une légende inventée par ce musicien de l'ironie, est le premier à entendre ce long rire dévastateur.

    (...)