Nougaro parle de Nabe dans une interview à Parcours Air Inter - mars 1994
Le Toulouse de Nougaro
Jamais chanteur n'a été identifié à ce point à sa cité natale. Toulousain de naissance et d'adoption, Claude Nougaro porte pourtant un regard un critique sur sa ville. Entre eux c'est une histoire passionnelle, celle de l'artiste jamais en règle avec la société qui l'enfante, l'adopte et le rejette tout à la fois
(…)
- Puis tu es "monté" à Paris, et n'es guère revenu à Toulouse…
- J'ai failli y faire mes débuts de chanteur : j'avais été engagé dans un cinéma, place Wilson, mais quand je suis arrivé avec ma camionnette et mon orgue Hammond, le patron du cinéma état déjà sorti pour enlever l'affiche. Il y avait quarante locations. Le concert ne s'est pas fait. C’était l'époque de "Une petite fille", "Les Don Juan", "Le jazz et la java"... Mais ici, j'étais inconnu, mal accueilli. Par la suite, l'orphelin de Toulouse est devenu "l'enfant du pays". C'est surtout la chanson "O Toulouse" qui a focalisé tout ça.
- Tu t'es intéressé aux troubadours ? Tu parles l'occitan ?
- Pas du tout. Dans ma bibliothèque il y a beaucoup d'ouvrages sur le " troubadouisme" et le catharisme, j'ai penché sur René Neli un front têtu et ouvert, mais c'est trop intellectuel pour moi. L’occitan, dans les années 30, ce n'était plus que le patois des ploucs, il n'avait pas retrouvé ses lettres de noblesse ni son histoire. La langue élue, pour les performances de la pensée, c'était le français, un point c'est tout; mon père était occitan mais il n'avait aucune espèce de culture. L'étymologie de Nougaro c'est le noyer, je porte un nom d'arbre.
- A la fin de O Toulouse, tu te demandais ce que serait devenue la ville si tu revenais...
- C'est maintenant que je la découvre. Avant, c'était une ville crasseuse, noirâtre, il y a eu bien des dégâts provoqués par les maires successifs. Maintenant, ils commencent à voir que Toulouse est une sculpture, un buisson, un récif de corail avec un côté florentin. Je suis un grand marcheur solitaire de cette ville. J’en étais orphelin, maintenant j'ai été annexé, je suis le barde local. Je me retrouve avec une salle Claude Nougaro à l'Aéropostale, un jardin Claude Nougaro aux Minimes... Mais je ne pourrais pas y mener la vie d'une star, choisir entre rester chez moi et l'émeute. Ici, je bénéfice d'un statut spécial, je suis en même temps reconnu, estimé et familier. Je suis un citoyen. Je suis de cette ville, j'aime ces couleurs, sa bonhomie, tous ces espagnols qui sont tellement humains. J’ai passé mon enfance à me bagarrer avec eux, c'était mon "West Side Story" à moi.
- Tu n'as jamais pensé devenir écrivain ?
- Jamais. Je lis beaucoup, surtout des forcenés de l'écriture, comme Marc-Edouard Nabe. Mais si j'ai écrit, c'était toujours pour chanter. Sans cela, l'éjaculation lyrique de mes 15 ans serait vite passée. J’aurais fait un autre métier, peut-être peintre, ou bien danseur, chorégraphe. Mais je ne suis pas un écrivain. J’ai trouvé dans cet art populaire, c'est art mineur de la chanson, un passage qui faisait se conjuguer en moi deux passions : celle des images, du texte, la vibration d'une parole, et en même temps la passion pour le chant, la musique, le legato, le lyrisme, le rythme... Si je n'avais pas eu ça, j'étais perdu.
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Propos recueillis par Gérard Arnaud.
- J'ai failli y faire mes débuts de chanteur : j'avais été engagé dans un cinéma, place Wilson, mais quand je suis arrivé avec ma camionnette et mon orgue Hammond, le patron du cinéma état déjà sorti pour enlever l'affiche. Il y avait quarante locations. Le concert ne s'est pas fait. C’était l'époque de "Une petite fille", "Les Don Juan", "Le jazz et la java"... Mais ici, j'étais inconnu, mal accueilli. Par la suite, l'orphelin de Toulouse est devenu "l'enfant du pays". C'est surtout la chanson "O Toulouse" qui a focalisé tout ça.
- Tu t'es intéressé aux troubadours ? Tu parles l'occitan ?
- Pas du tout. Dans ma bibliothèque il y a beaucoup d'ouvrages sur le " troubadouisme" et le catharisme, j'ai penché sur René Neli un front têtu et ouvert, mais c'est trop intellectuel pour moi. L’occitan, dans les années 30, ce n'était plus que le patois des ploucs, il n'avait pas retrouvé ses lettres de noblesse ni son histoire. La langue élue, pour les performances de la pensée, c'était le français, un point c'est tout; mon père était occitan mais il n'avait aucune espèce de culture. L'étymologie de Nougaro c'est le noyer, je porte un nom d'arbre.
- A la fin de O Toulouse, tu te demandais ce que serait devenue la ville si tu revenais...
- C'est maintenant que je la découvre. Avant, c'était une ville crasseuse, noirâtre, il y a eu bien des dégâts provoqués par les maires successifs. Maintenant, ils commencent à voir que Toulouse est une sculpture, un buisson, un récif de corail avec un côté florentin. Je suis un grand marcheur solitaire de cette ville. J’en étais orphelin, maintenant j'ai été annexé, je suis le barde local. Je me retrouve avec une salle Claude Nougaro à l'Aéropostale, un jardin Claude Nougaro aux Minimes... Mais je ne pourrais pas y mener la vie d'une star, choisir entre rester chez moi et l'émeute. Ici, je bénéfice d'un statut spécial, je suis en même temps reconnu, estimé et familier. Je suis un citoyen. Je suis de cette ville, j'aime ces couleurs, sa bonhomie, tous ces espagnols qui sont tellement humains. J’ai passé mon enfance à me bagarrer avec eux, c'était mon "West Side Story" à moi.
- Tu n'as jamais pensé devenir écrivain ?
- Jamais. Je lis beaucoup, surtout des forcenés de l'écriture, comme Marc-Edouard Nabe. Mais si j'ai écrit, c'était toujours pour chanter. Sans cela, l'éjaculation lyrique de mes 15 ans serait vite passée. J’aurais fait un autre métier, peut-être peintre, ou bien danseur, chorégraphe. Mais je ne suis pas un écrivain. J’ai trouvé dans cet art populaire, c'est art mineur de la chanson, un passage qui faisait se conjuguer en moi deux passions : celle des images, du texte, la vibration d'une parole, et en même temps la passion pour le chant, la musique, le legato, le lyrisme, le rythme... Si je n'avais pas eu ça, j'étais perdu.
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Propos recueillis par Gérard Arnaud.
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