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21/04/2006
Tel auteur, tel lecteur !
[Cet article, paru dans La Presse Littéraire de février 2006, me valut, comme la dernière fois les foudres approximatives, assez peu électriques en fait, de la nabesse Anne-Sophie Benoit avec qui Raphaël Juldé (lui-même honni à cause d'un papier sur Nabe) et moi, vivons, il faut le dire, la plus contrariée des histoires d'amour. "Honni" n'est pas le mot car Anne-Sophie est partagée entre sa reconnaissance nécessaire à notre endroit (après tout, il n'y a pas tant de gens qui suivent Nabe et surtout qui écrivent sur lui) et sa hargne naturelle qui doit la rendre encore plus belle. Ainsi s'étonne-t-elle que nous sévissions tous deux sur son maître : "toujours les mêmes ! On dirait que seuls les rénégats ont des choses à dire sur MEN" - aveu significatif s'il en est : peut-être en effet les seuls vrais lecteurs de Nabe sont des traitres tandis que les autres, "nabiens purs et durs", n'ont rien à dire sur lui !, avant tout de même de nous en remercier : "merci quand même à ce genre de lecteurs assidus de Nabe." De rien, Anne-So.
Pour ce qui est de la partie me concernant, j'avoue n'avoir pas très bien compris où était ma "haine" à l'égard de Nabe, alors que la tienne à l'égard de tous ceux qui osent critiquer ton maître est aussi patente que ridicule... D'ailleurs, je voulais te le dire en apparté, Soso, mais franchement, tes attaques au dessous du bourrelet ne sont guère fortiches, tu apparais un peu comme l'hystérique de service (le mot de Nabe employé justement à l'égard d'Agnès Léglise éructant face à Sollers dans Campus et qui te va encore mieux qu'à elle), même si j'ai quand même bien ri en m'imaginant donneur de leçon de sprint à Carl Lewis !
Cela dit, tu ne sais pas lire. Quand tu me reproches d'avoir écrit que "Nabe est trop lisible" comme si c'était une attaque de ma part, alors que précisément c'est un compliment, je me dis que tu devrais au moins faire attention à ne pas passer pour une conne. Ce que je voulais dire est que oui, en effet, dans notre monde, écrire de manière aussi éloquente, forte, puissante, claire, pénétrante et lisible que Marc-Edouard Nabe, ça fait désordre et ce désordre est tout à son honneur. Rien à voir donc avec un sous-entendu foireux sur une prétendue moyenne médiocre des lecteurs de laquelle je ne ferais pas partie !!!
En revanche, quand je stigmatise sa façon de se remplir des autres et de fuir son moi jusqu'à son pseudo, ce n'est pas tant Stéphane Zagdanski qui m'inspire que Patrick Besson lui-même, auteur d'un des plus justes (et des plus cruels) articles sur Nabe, écrit à l'époque d' Une lueur d'espoir, et dans lequel il disait précisément que Nabe a passé sa vie à se cacher derrière les autres, des grands jazzmen aux anonymes, à s'éviter perpétuellement soi-même ("même son nom n'est pas lui"), à accoucher d'un journal intime gigantesque racontant plus les conneries des autres que les siennes, et finalement à retarder le grand roman que "tout le monde était en droit d'attendre de lui, même ses amis." (Je compte sur toi pour mettre un jour en ligne ce papier fameux.)
Il n'empêche, Alain Zannini, ce "grand roman malade" est arrivé. J'enfonce le clou s'est livré et le Régal a été republié (le seul vrai défaut de mon article est que je n'en parle pas assez et ai tendance à passer sans crier gare de la critique d'un livre au portrait d'un auteur... mais bah les nabiens me suivront en jubilant je pense). Voilà, chère Anne-Sophie. Encore un bel échange de procédés entre nous n'est-ce pas ? Allez, je t'aime bien. Vivement que Nabe sorte un nouveau livre pour qu'on s'amuse à nouveau !
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