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    Accueil Sur Nabe Presse 2001 Chronique musicologique à l'occasion d'Une Lueur d'Espoir - Marianne - 10 octobre 2001

    Chronique musicologique à l'occasion d'Une Lueur d'Espoir - Marianne - 10 octobre 2001

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    Chronique musicologique à l'occasion d'Une Lueur d'Espoir - Marianne - 10 octobre 2001

    Nabe, le guitariste joue avec Ben Laden

    Ben Laden en alto lead et Nabe à l’accompagnement… Un bel orchestre !

    Lorsqu’il était guitariste de jazz, Marc-Édouard Nabe s’exprimait dans le style effacé de Freddie Green, le guitariste de Count Basie : quatre battements par mesure, régulièrement assenés derrière un soliste. Puis, il y eut la lecture de Céline. Ah, le style ! Nabe devint écrivain et adopta la posture – radicale, exposée, maudite – de Céline. Il allait se faire le chroniqueur de la décomposition ambiante et, surtout, pourfendre les responsables de la misère du petit monde.
    Invité à « Tout le monde en parle », l’émission de Thierry Ardisson, Nabe n’a pas manqué à sa réputation. Il s’est présenté comme le porte-voix « des opprimés, des humiliés ». Comme Jules Vallès, Charles Péguy ou Louis Guilloux, après tout. Mais on ne délaisse pas Freddie Green, qui ne prit quasiment jamais un solo dans toute sa carrière, pour un trio assez fade. Nabe leur préféra des sources d’inspiration plus tonitruantes: outre Céline, Léon Bloy, imprécateur catholique du tournant du XIXe siècle (grand talent par ailleurs), et Lucien Rebatet, auteur d’une somme, les Décombres, rééditée sous le titre Mémoires d’un fasciste. Depuis les attentats du 11 septembre une avenue s’est ouverte pour Nabe. Jusqu’alors, ses livres, très gut bucket (dans le jazz, ce terme désigne une musique à ras de terre, couillue et vulgaire), n’étaient goûtés que par des happy few. Mais, aujourd’hui, il écrit tout haut ce que tout le monde pense tout bas (toute ressemblance avec un personnage politique français existant serait le fruit du hasard). Penser ? Voir dans une Amérique fantasmatique l’alpha et l’oméga de tous nos maux, isoler en elle le foyer infectieux qui asservit les « Européens » et le monde. « Mais gare à la revanche, quand tous les pauvres s’y mettront », disait un chant de la Commune. Depuis le 11 septembre, Nabe n’a plus le blues. Les pauvres s’y sont mis. Les pauvres dans la version qu’en donne Nabe ? Un orchestre aux voix discordantes, avec Ben Laden dans le rôle du soliste, d’authentiques malheureux et une section rythmique occidentale composée de frustrés en tout genre, de radicaux chics, d’esprits malins qui vous expliquent que la présence de 4 millions de juifs en Israël suffit à elle seule à hystériser 1 milliard de musulmans. Dans cette musique, les quelque 4 000 ou 5 000 morts de Twin Towers ne comptent pas. Ils entrent dans un compost indifférencié de morts ajoutés à ceux « d’Algérie, de Palestine, d’Afghanistan ».
    Cette Amérique qui « nous asservit » tremble sur ses bases. La punition est arrivée et, bien sûr, il s’agit d’une « lueur d’espoir » destinée à amener le coupable à se redresser. Fanfare d’apocalypse à New York et, sur un mode mineur mais encourageant, à Saint-Denis, lors d’un match de foot d’anthologie. Bel orchestre, en effet : Ben Laden, alto lead et chef d’attaque. Le ressentiment généralisé et planétaire en background ; et Nabe à la place qu’il n’a jamais quittée : guitariste d’accompagnement.

    Philippe Gumplowicz, musicologue et guitariste et Marc Lefèvre, physicien.