Donatella Maï raconte l'émission Ripostes (tournée mais non diffusée) avec Michel Polac - Rivarol - 16 juin 2000
Polac, censeur pédomane
« Peut-on tout dire dans un journal intime ? » Le thème de « Ripostes » du 4 juin était prometteur. Las ! Les responsables de l’émission polémique de la 5 ont décidé de la supprimer, prétextant de mystérieuses « raisons juridiques ». D’après les communiqués officiels, l’un des invités, Michel Polac (Journal, PUF), menaçait de leur intenter une action en référé pour avoir coupé au montage des passages de son intervention l’opposant à l’écrivain Marc-Édouard Nabe (Kamikaze, Le Rocher). Polac, qui se tartine volontiers de libertarisme, a expliqué qu’on avait caviardé sa lecture d’un extrait de Kamikaze sur « l’empalement de Carpentras », typique, selon lui, « du style et de l’obsession de cette punaise » : il était normal qu’il censure à son tour les censeurs. Pure équité ! Relatant l’affaire, Charlie-Hebdo, le canard qui l’emploie, titre en Une : « Polac encore privé de télé. Combattre l’antisémitisme, n’est pas marketing. »
Quelque chose vous gêne ? Forcément, l’essentiel reste caché.
Puisqu’il nous a été donné d’assister au débat (nous hantons les couloirs de la Maison de la Radio), remplissons les blancs. Nous sommes le 26 mai dernier, jour de l’enregistrement. Drôle de début. Le premier invité, Renaud Camus (Campagne de France, Fayard), ex-coqueluche de l’underground branchouille dénoncé aujourd’hui comme spécimen d’homo antisemitus, est à l’étroit dans son habit d’accusé : déstabilisé, il s’échappe après la séance de maquillage ! Restent sur le plateau, Nabe, qui a lancé la mode des journaux intimes publiés du vivant de leurs auteurs (voir notre dernier numéro), et Polac, qui l’a suivie. Deux vieux compères : c’est Polac qui a propulsé Nabe sur les ondes, à l’époque où il animait « Droit de Réponse ». En 1985, il ne faisait pas la fine bouche. La castagne et les mots crus étaient son fonds de commerce. Nabe, qui avait publié le sulfureux Régal des Vermines, était son « auteur favori », bien que poursuivi par la LICRA !
Aujourd’hui, Polac est venu, photocopies de Kamikaze en main, « dénoncer la nouvelle vague d’antisémitisme » (!). Il attaque bille en tête son ancien chouchou devenu « nazillon », le tutoyant. Les insultes pleuvent : « salaud », « petit con »... Du haut de gamme. Son interlocuteur réagit vivement, souligne que ce « pépé aigri » n’a pas été publié parce qu’il a du talent, mais à cause de sa « notoriété télévisuelle ». Polac s’entête dans ses fantasmes...
C’est au moment où le débat s’envenime que Dorothée Woillez, co-animatrice de l’émission avec Serge Moati, tente de le recentrer en dévoilant un extrait du journal de Polac. Elle l’a bien choisi. Le passage concerne une expérience de pédomanie que ce dernier a eue avec un jeune garçon sur le « cul » duquel il avoue (avec quelle délicatesse !) avoir « déchargé » * !
Stupéfait que le tabou du copinage médiatique ait été brisé (entre potes on ne flingue pas), Polac-la-Morale est au bord de l’asphyxie ! Maintenant, tout le monde va savoir... Il blêmit, tremble, bredouille, tape sur la table, sort une plaque de cachets et en avale un. Son cœur sans doute... Gros comme une montagne, comme on sait ! C’est l’effondrement. Il perd son sang-froid, tente d’arracher des mains de la journaliste le papier du scandale. Mieux encore, il la traite de « conne ». Moati lui demande de s’excuser. Il refuse, pitoyable jusqu’au bout. Moati s’excuse pour lui...
L’émission se termine dans la confusion, Polac, en agonie, continuant d’abreuver d’insultes la jeune journaliste terrorisée... Indignée, une Congolaise du public le traite de « fasciste » !
La lettre laisse à désirer, mais l’esprit est juste. Polac est à la liberté ce que la pédomanie est à l’amour des enfants.
Donatella Maï
* En page 147 : Polac, qui a quarante ans, narre sa rencontre avec un gamin qui « devait avoir 10, 11 ans, peut-être moins »... Celui-ci, un garçon de la campagne, « un rien demeuré », l’a « provoqué », s’est allongé nu dans sa chambre. La phrase incriminée suit : « J’ai seulement baissé mon pantalon et ai collé mon ventre contre son cul et j’ai déchargé aussitôt, en une seconde, dans un éblouissement sublime. »
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