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    Accueil Sur Nabe Presse 2000 Jackie Berroyer parle de l'affaire Ripostes - Libération - 10 juin 2000

    Jackie Berroyer parle de l'affaire Ripostes - Libération - 10 juin 2000

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    Jackie Berroyer parle de l'affaire Ripostes - Libération - 10 juin 2000

    10062000-liberation-berroyer

    La parano sans crainte

    Peut-on tout dire d’un journal intime ? On trouvera peut-être que j’ai la dent dure. En lisant le journal de Nabe, je suis effaré devant cette somme de caprices idiots et de sentiments horribles. Inutile de dire qu’il n’a rien corrigé qui puisse altérer l’impression désagréable qui se dégage du personnel émotif et cruel qu’il est. Récemment, on a pu lire dans la presse divers propos sur une affaire qui le concerne. C’est une émission de la Cinquième qu’on ne verra pas. C’était sur le thème : peut-on tout dire dans un journal intime ? Il semblerait que le pauvre Michel Polac qui, dans le sien, avoue courageusement un élan pédophilique plus ou moins réprimé vers la quarantaine, se soit affolé lorsqu’une journaliste s’apprêtait à lire le passage à l’antenne. Il sait trop bien comment la rumeur est vacharde et comment s’accrochent les casseroles à vie. Il le sait puisque trouvant très bon le premier livre de Nabe et l’ayant chroniqué, il n’a pas pu lui éviter malgré son enthousiasme critique, sa passion littéraire, la casserole, que dis-je, la marmite, le Panzer raclant le bitume, dont l’autre ne se défera plus. Quoique...
    Je les connais ces deux personnages. Et même s’ils ne sont pas aussi dégueulasses qu’ils ne se l’envoient pas dire, c’est désormais inextricable. Les plumes vont bon train. Et tout comme dans les guerres de couple, chacun restera sur ses positions avec la conviction que le salaud c’est l’autre. Il faudrait au minimum un saint Antoine de Padoue.
    Il arrive que des amis se brouillent pour ces sujets, mais en général les gens qui s’apprécient peuvent parler de tous ces problèmes délicats à table. Et même s’affronter avec des nuances. Et c’est ce qui se passe avec les miens. On évoque tout ça au restaurant puisqu’on est de cette gent curieuse et bavarde. On sait qu’on peut s’engueuler sur les choses les plus graves et en rire à la fois, on n’est pas « n’importe qui ». Et nous voilà au restaurant au chapitre des grandes questions, on évoque les mots plus ou moins connus qui s’attachent aux positions, à l’engagement. « On peut rire de tous mais pas avec n’importe qui » (Desproges). « Ils avaient les mains propres mais ils n’avaient pas de mains » (Péguy). « Contre le racisme, l’antisémitisme et toute sorte d’injustice, mais pas avec vous » (Lefred Thouron), etc. On évoque un scandale de la semaine. Tout le monde n’est pas au courant. Certains veulent savoir ? Quoi, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? On explique. Il y en a un autre qui s’est permis d’écrire dans son journal que la plupart des bureaux de tabac étaient tenus par des Aveyronnais. De quoi réveiller une guerre de religion. Encore un coup de l’abbé Timonde. Et puis tout y passe. Céline bien sûr, comme mis là pour incarner le tragique. On évoque les sagesses grecque et juive, l’utopie révolutionnaire, voire messianique, contre le tragique. On dit que Antigone n’est pas Louise Michel. Que d’un côté c’est mieux, de l’autre moins bien. On reprend une bouteille, la même, il est bon ce vin. On se rappelle à propos de démocratie le texte de Hans-Magnus Enzensberger, distribué par le ministre de l’Intérieur lors d’un conseil. Avec cette phrase : « La rhétorique universaliste confond le proche et le lointain. »

    Jackie Berroyer