Brève de Jérôme Béglé à l'occasion de Kamikaze - Paris-Match - 18 mai 2000
Ces écrivains qui tiennent journal
Il regarde ses semblables comme un entomologiste observe les cafards. Sans concession ni pudeur. Mais avec une précision qui tourne à l’obsession. « Kamikaze » est le quatrième tome du journal intime de Marc-Édouard Nabe. Il couvre les années 1988-1990. L’homme sent déjà le soufre. Il vient de publier « Au régal des vermines » et peine à trouver un autre éditeur. En attendant, il taille des costards aux personnages en vue (Françoise Verny ou l’Abbé Pierre) pour « L’idiot international » que vient de relancer Jean-Édern Hallier. Les dialogues entre les deux hommes font d’ailleurs le sel de ces 1 200 pages. Entre deux textes, Marc-Édouard et sa femme déménagent, préparent la naissance de leur premier enfant, font l’amour – moins souvent que dans le tome 3. Tout est scrupuleusement noté. Même les toilettes bouchées de l’appartement donnent lieu à quelques pages bien senties… Mieux vaut croiser Nabe que le connaître. Une vedette de l’ombre de Canal + souffrira en lisant le compte rendu du passage de son ami (?) chez lui. Il est absent, sa femme les accueille, couverte d’ecchymoses. Elle prétexte une chute dans l’escalier mais ni le lecteur, ni les visiteurs ne sont dupes : elle s’est fait cogner par le mari… On éprouve un haut-le-cœur.. Quelle que soit l’opinion que l’on ait de Marc-Édouard Nabe, on ne peut qu’admirer son travail de bénédictin. Pour le plaisir ?
Jérôme Béglé
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