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Parfum de Turc en pleurs

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Audrey Tautou - Chanel N° 5

Karl Lagerfeld et Marc-Edouard Nabe

Billie c'est le Mythe ! [...] Sa beauté passe comme un ange, par instants, par profils et trois quarts... Son chic est impalpable et puis soudain on peut le toucher, comme une joue entre deux doigts. Ça survient en miracle, en oasis de mirage dans le désert, le Sahara beige foncé de son grain de peau.

L'Âme de Billie Holiday, p.28

Istanbul, que seul les ignorants imaginent comme la ville de la somptuosité baroque en mouvement, est le décor idéalement réel pour les jeux d'apparitions et de disparitions des fantômes figés cher au cinéaste. Chacun sa façon de montrer la mort superbe de cette ville. Loti aurait apprécié, comme moi, certains plans vidés de tout réalisme de notre Istanbul si beau, si faux... "Vous voyez que ce n'est pas une vraie ville, c'est un décor d'opérette pour une histoire d'amour" ...

Visage de Turc en pleurs, p.197

Ah! L'or des nombres... Certains font des figures avec le 27, chez Chanel on avait choisi le 5 Mai (5/5) pour dévoiler le très attendu nouveau spot publicitaire du parfum n°1: le N°5.

La brune Audrey Tautou succède à la blonde Nicole Kidman. Jean-Pierre Jeunet filme la réminiscence d'une effluve érotique, comme une présence invisible qui tient éveillée la jeune femme toute une nuit dans l'Orient-Express. Le train arrive à l'aube à Istanbul, quand le film se met soudain à prendre un lancinant parfum de littérature nabienne. Audrey Tautou sort de la très belle gare d'Haydarpasa à l'embouchure du Bosphore dans un envol d'oiseaux sur la mer de Marmara. On se retrouve en plein dans le décor rêvé de Visage de Turc en pleurs quand la voix de Billie Holiday, cette voix de nez comme transportant tous les parfums elle-même, entame I'm a fool to want you tandis que l'homme et la femme se croisent et se frôlent, en image subliminale l'un de l'autre dans les paysages d'Istanbul.
"(Sic!)" pourrait-on dire... Les lecteurs de Marc-Edouard Nabe capteront dans ce moment comme l'essence de certaines pages de sensualité nabienne. L'influence, si elle existe, n'est sans doute pas consciente, mais le réalisateur n'aurait-t-il pas, à l'image de son héroïne qui a conscience d'une émotion sans en retrouver la source, été touché par quelques gouttes des n°4 et n°9 de Nabe qui libéreraient l'esprit volatile, raffiné et sensuel d'un flacon non reconnu ?