L'Evénement du jeudi chronique Nabe's Dream - 15 août 1991
Notre histoire littéraire regorge d'auteurs fascinés par les assassins
Et faut-il rappeler le goût d'un André Breton pour la prose de Lacenaire, qu'il jugea digne de figurer dans son Anthologie de l'humour noir ? Ou, mieux encore, la gerbe de roses rouges que lui-même et ses amis surréalistes adressèrent, avant guerre, en signe de soutien, à Violette Nozières, accusée de parricide ? Aujourd'hui encore, un jeune auteur, qui aime il est vrai à laisser flotter autour de lui une aura sulfureuse, Marc-Edouard Nabe, consigne dans son journal intime - qui vient juste de paraître (3) - tout l'intérêt qu'il porte au personnage du Dr Petiot. Personnage effroyable, certes, mais qui fit montre d'une aisance royale à son procès (on le compara à Le Vigan jouant Satan) et dont l'attitude devant ses juges, note fort justement Nabe, démontre qu'en vérité, dans les grandes affaires, "c'est bien le personnage qui se fait juger, jamais le crime", ajoutant : "Lacenaire, Landru, Weidmann, Petiot, Dominici, tous monstres lavés pour toujours grâce à leur personnalité unique (...). La plus grande misère pour une victime, c'est de tomber sur un génie du crime." Et en effet, ne meurt-elle pas en quelque sorte une seconde fois, en permettant à son meurtrier d'accéder à une forme d'immortalité ?
| < Précédent | Suivant > |
|---|

Sur Nabe 


