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Macé-Scaron et ses avatars - Le Nouvel Obs - 15 septembre 2011

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Macé-Scaron et ses avatars - Le Nouvel Obs - 15 septembre 2011

Macé-Scaron et ses avatars - Le Nouvel Obs - 15 septembre 2011

Macé-Scaron et ses avatars - Le Nouvel Obs - 15 septembre 2011

Voir aussi sur le site du Nouvel Obs

"C'est un labyrinthe : On croit le saisir, il nous attend à une autre sortie"

Macé-Scaron et ses avatars

Journaliste multimédia, auteur à succès et arbitre des élégances, le directeur adjoint de "Marianne" a écrit sa vie comme un roman, dans une perpétuelle recomposition de lui-même. Accusé de plagiat, le voilà contraint d'assumer son plus mauvais rôle.

«J'ai péché par aveuglement et par orgueil», écrit-il en préambule d'un mea culpa aux accents religieux, publié lundi sur le site de « Marianne ». Avec cette confession de flagellant, Joseph Macé-Scaron, directeur adjoint de l'hebdomadaire, espère mettre fin à trois semaines de calvaire. Le 22 août dernier, le site Acrimed révélait que plusieurs passages de «Ticket d'entrée», roman autobiographique de l'éditorialiste, étaient tirés d'un livre intitulé «American Rigolos», de Bill Bryson. Dans la foulée, d'autres «emprunts» à Rachel Cusk et Jay McInerney furent déterrés, ainsi que des dettes à Ernst Jünger et Victor Malka dans de précédents ouvrages.

 

Jérôme Dupuis révèle les plagiats journalistiques de Macé-Scaron - L'Express - 07 septembre 2011

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Jérôme Dupuis révèle les plagiats journalistiques de Macé-Scaron - L'Express - 07 septembre 2011Jérôme Dupuis révèle les plagiats journalistiques de Macé-Scaron - L'Express - 07 septembre 2011Jérôme Dupuis révèle les plagiats journalistiques de Macé-Scaron - L'Express - 07 septembre 2011

Voir aussi sur le site de L'Express

Plagiat: Macé-Scaron le journaliste aussi...

Par Jérôme Dupuis (L'Express), publié le 06/09/2011 à 07:00

Plagiat: Macé-Scaron le journaliste aussi...

Joseph Macé-Scaron justifiait ses "emprunts" au Petit Journal de Canal+ le 30 août dernier: "Quand on aime un auteur... si on veut faire un clin d'oeil, on prend note, on modifie plus au moins".

Canal+

Joseph Macé-Scaron ne réserve pas l' "intertextualité" à ses ouvrages littéraires. Dans ses articles de presse, il recopie également des passages entiers sur ses confrères. Exemples.

A ce jour, Joseph Macé-Scaron a publié trois romans. On sait, depuis les révélations de ces dernières semaines, que le directeur adjoint de la rédaction de Marianne, directeur du Magazine littéraire et célèbre chroniqueur télé, a fait des "emprunts" non signalés dans les trois: à Ernst Jünger dans Trébizonde, avant l'oubli (Robert Laffont), à Victor Malka pour Le cavalier de Minuit (Julliard) et à pas moins de trois auteurs - Bill Bryson, Jay McInerney et Rachel Cusk - pour Ticket d'entrée (Grasset), best-seller de ces derniers mois avec 40 000 exemplaires écoulés. Un petit parfum de scandale plane sur Saint-Germain-des-Prés.

Pour se défendre de ces accusations de plagiat, Macé-Scaron a invoqué, sans vraiment convaincre, l' "inter-textualité", un concept des années 70, qui étudie les rapports d'un texte avec ceux qui l'ont précédés. Et d'appeler à la rescousse le pauvre Montaigne, accusé d'avoir allègrement pillé Plutarque. Rappelons donc que le philosophe de l'Antiquité est cité la bagatelle de 88 fois (!) dans les Essais et que Montaigne annonce dès les premières pages de son oeuvre qu'il va continuellement y puiser, comme dans le tonneau des Danaïdes...

 

Guignol's Gang - Retour sur le colloque sur Céline à Beaubourg - 4-5 février 2011

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Guignol's Gang - Colloque sur Céline à Beaubourg - 4-5 février 2011

Guignol's Gang - Colloque sur Céline à Beaubourg - 4-5 février 2011

Céline, réprouvé et classique

A l’occasion du 50ième anniversaire de la mort de l’écrivain
Vendredi 4 et samedi 5 février 2011. 11h-20h30 et 14h-20h
Petite Salle, niveau -1 Centre Pompidou

Plus d'infos sur le site de Beaubourg ici et .

Écouter le colloque :

Céline, réprouvé et classique : ouverture

Dr Destouches et M. Céline

Controverses et reconnaissances internationales

Céline et l'histoire

Un autre Céline (Nabe mentionné à 46min49)

 


« Qu’attendre, donc, désormais, de cette écriture foisonnante et vociférante, si ce n’est la redoutable efficacité d’un regard blessé et toujours vif sur le monde contemporain ? »
Aucune réponse ne sera donnée. Et sans lui le monde contemporain, contempirant, plus haut, jusqu’à six étages plus haut se porte à merveille.

Guignol’s gang

Céline est au sous-sol, 5 étages plus bas que le postimpressionnisme, surréalisme, art brutal, extrem-art, action-painting, Paroles de femmes, tcétéra.
Pour y parvenir, et on y arrive, on passe entre des écrans géants radotant des matchs de foot, et un yéyé chantant « chicken ! chicken ! ».
La pire des crapules qui pue encore semble être à sa place au fond des catacombes.
BoBo.urg.


Beaucoup de monde pourtant. La malchance à ceux qui se lèvent tôt.
Dans la file on a un peu peur. Les gens se regardent, coupables. Que va-t-on faire de nous ? Si Paris a besoin de gaz, nous nous sentons les premiers visés.


11h15-11h30. « Ouverture » par Patrick Bazin et André Derval, ou les Deux Etendus

Rectification. Patrick Bazin fait faux bond. On le loue, rassure qu’il est bon. André Darval parle et met les points sur les i qui fâchent. L’autre n’attend pas son reste, il est déjà couché.
Ce ne sera pas Patrick, mais François. François Gibault (« avocat et biographe »). Là, à l’entrée du colloque, on attend, quelqu’un se décide. André laisse la place à François, qui se défend. Et bien : il est le premier oriflamme, « on n’est pas antisémite », « on ne parlera pas des pamphlets », « un certain Céline est vilain ». Sa société d’étude est non-idéologique, non-politique, donc non-antisémite, elle nie même qu’elle pisse.
Là, le deuxième étendard : André. André, il assure, il détaxe, on sait tous qu’on aura rien à payer. Sa société cherche tout de même ses actionnaires.
Tout est vu, les étendards, comme deux poteaux, se couchent, s’ébrouent et secouent la nuque. Avec gentillesse.
 

Premiers Comptes-Rendus de la Table Ronde du 29 mai 2010

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Comptes-rendus de la Table Ronde du 29 mai 2010

Table Ronde - 29 mai 2010

 

Par Vincent

J'ai reçu l'invitation, l'autre jour, pour la table ronde autour de L'Homme qui arrêta d'écrire, le dernier livre de Marc-Edouard Nabe. Une jolie invitation qui mélangeait l'esthétique de la couverture de ce dernier, écriture jaune clair et rose lait-fraise sur fond noir, et celle de la page des nouveautés du site des lecteurs de Nabe, alainzannini.com. Pour moi c'était assez énigmatique : ça consiste en quoi une table ronde, au fait ? Peu importe, j’y vais.

 

Le Magazine Littéraire : la Honte !!

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Pierre Assouline, Jean-Louis Backès, Joseph Macé-Scaron et toute la rédaction du Magazine Littéraire ne connaissent même pas le visage de Dostoïevski !!!

Pierre Assouline, Jean-Louis Backès, Joseph Macé-Scarron et toute la rédaction magazine littéraire ne connaissent même pas le visage de Dostoïevski !!!

Pierre Assouline, Jean-Louis Backès, Joseph Macé-Scarron et toute la rédaction magazine littéraire ne connaissent même pas le visage de Dostoïevski !!!Fédor Dostoïevski

A droite de Nietzsche, Michel Dostoïevski Fédor Dostoïevski

Dans son dernier numéro (495, mars 2010), Le Magazine littéraire se consacre à Dostoïevski le long d’un dossier d’une trentaine de pages. Jusque là, tout va bien : personne n’est surpris de retrouver les toujours mêmes spécialistes universitaires qui déversent leurs théories pompeuses dans des articles ineptes. Mais c’est à la page 83 qu’on éclate vraiment de rire : pour illustrer un article inutile de plus de Jean-Louis Backès sur la comparaison entre Nietzsche et Dostoïevski, on trouve en vis à vis d’une photo de Nietzsche, une photo de Dostoïevski. « Petit » problème : ce n’est pas le bon Dosto ! Les malheureux ont confondu Fédor avec Michel, son frère ! Et comme si la bourde était insuffisante, ils ont légendé la photo à 1861 alors qu'elle date de 1864...
Pas un seul des rédacteurs de ce magazine (déjà insatisfaisant et bourré d’à peu près à l’époque de feu – et tant mieux ! – Jean-Jacques Brochier), ni Joseph Macé-Scaron (ex-apparatchik du Figaro Magazine), ni Pierre Assouline (qui décidément pisse sa copie partout) ne s’est aperçu de l’impardonnable bévue des documentalistes « professionnels » ! Ah ! Elle est belle la presse littéraire ! Faire un numéro spécial Dostoïevski d'un magazine qui coûte quand même 6€ et ne pas être foutu de distinguer Fédor Dostoïevski de son frère, il fallait le faire !
Merci à ces rigolos de nous offrir une démonstration de plus d’amateurisme et d’incompétence qui nous rappelle – si besoin en était – combien l’anti-édition est une bouffée d’oxygène pour les vrais lecteurs sans laquelle on étouffe dans cette jungle de sinistres branleurs.

 

 

Zanini, son bob et son jazz

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Article paru dans La Provence en 2005

Marcel Zanini - La Provence 2005

Zanini, son bob et son jazz

Emporté sur le devant de l'affiche par un énorme tube dans les années 70, il a préféré le jazz à la gloire.

A 82 ans, il semble toujours échappé d'un film des Marx Brothers, sourire ironique et même fausse ingéniosité... un personnage ! Marcel Zanini avoue au passage qu'il aimerait avoir vingt années de moins. "Pas plus, faut pas être trop gourmand." Il porte depuis des temps immémoriaux la même forme de chapeau, bizarroïde ou plutôt extravagante. Un "bob", précise-t-il. Et de raconter comment dans la vitrine d'un chapelier de la Cinquième Avenue, il a découvert à l'identique celui qui coiffait Nat King Cole, un dévorant modèle, sur une pochette d'album. "Je l'ai acheté quinze dollars". Une somme, assurément, pour l'époque. Il n'a plus dérogé, depuis, à ce genre de couvre-chef, le remplaçant simplement au fil de l'usure. Il conserve toujours l'original à la façon d'une relique.

D'abord New York

Marcel le clarinettiste était, hier soir, sur la scène du Blue Note, un cadre quasi idéal pour ses musiques, en phase de toute façon avec son histoire. Celle d'un gamin de Marseille, fils d'une mère grecque et d'un père d'origine italienne. L'école, la vie professionnelle... tout l'ennuie jusqu'à la découverte de la musique via "Hollywood Hotel", film où figurent Benny Goodman et son orchestre. Le jazz vient d'entrer dans sa vie. Il n'en sortira plus. Il raconte d'avoir vu tellement de fois le long métrage qu'à la fin l'exploitant de la salle le laissait rentrer gratuitement. "J'en rêvais la nuit". Une petite annonce placardée dans un magasin de musique proposant des cours de clarinette fera le reste. Zanini s'est trouvé un destin qui va l'emporter vers d'incroyables rivages.
On est dans les années troubles de la Seconde Guerre mondiale, l'occupant n'a pas encore annexé la France au-delà de la Loire, précise le principal intéressé. Entré en musique avec passion et le talent d'un surdoué, il possède très vite son art et jette les bases d'une carrière échappant à l'ordinaire.
Devenu célèbre dans sa région avec son trio, il n'hésite pas pourtant à tout plaquer pour partir sur les traces de ses "idoles", le mot qu'il emploie, à New York. Sa jeune femme est du voyage. "Je n'avais rien. J'étais prêt pour survivre à faire la plonge dans les restaurants." La musique suffira pour lui permettre d'exister. Il en joue dans le Bronx, Manhattan et surtout, accompagne, ceux qui le fascinent : Buck Clayton, Audrey. Il y aura, également, cette photo de Charlie Parker qu'il réalise six jours avant sa mort. " "Jazz Hot" l'a publiée avec un papier que j'avais écrit sur lui."

Puis le Tube

En 1958, juste avant la naissance de son fils, sa femme veut regagner la France. Le couple retrouve Marseille où Marcel Zanini reprend ses activités musicales... "Tout a recommencé comme avant, comme s'il n'y avait pas eu cette absence de quatre ans." Impressionné par son charisme et son effet sur les foules, Henri Salvador avec qui il partage un solo sur le titre "La trompette d'occasion", le pousse à "monter à Paris". Animateur vedette de l'époque, Hubert, fait de même. Zanini se retrouve après bien des péripéties en 1968 à l'affiche du "Bistringo"
L'histoire s'accélère quand il enregistre "Tu veux ou tu veux pas", titre transfuge du répertoire brésilien, qui va devenir un énorme tube.
Il se vend un million d'exemplaires alors que Brigitte Bardot qui l'a inscrit elle aussi à son répertoire ne dépassera pas quelques dizaines de milliers. Dans la foulée, Marcel Zanini signe un ou deux bizarreries bien accueillies par le public également.
Si de cette expérience, il avoue longtemps après, "Je remercie le ciel", le jazz demeurera son domaine de prédilection. NJP fait presque partie de son ordinaire pour y être passé cinq années de suite après 1976. Il lui arrive comme au "Petit Journal" à Paris de partager la scène avec son fils.
Marc-Edouard Nabe n'est pas seulement jazzman mais aussi écrivain à succès et polémiste par conviction. "Il dit ce qu'il pense, quitte à se contredire après. Je l'ai vu dessiner depuis l'âge de deux ans. Son trait était déjà d'une rare efficacité. Il continue de peindre."

Benoît GAUDIBERT et Jean-Paul GERMONVILLE

 

 

 

 

Rendez-vous en terrain connu !

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Femmes Himbas au supermarché

RDV_terreinconnue

 

 

 

 

 

 

 

Rendez-vous en terre inconnue est une émission diffusée par France 2 depuis 2004. Retour en terre inconnue, une sorte de worst-of a été diffusé le 1er décembre 2009 en présence de Muriel Robin, Bruno Solo, Charlotte de Turkheim et Patrick Timsit qui avaient participé aux émissions précédentes. Le principe est le suivant : le réalisateur emmène des comiques, ou à défaut de comique, des vedettes de la chanson sympatoche. C'est présenté par Frédéric Lopez et ça porte comme titre Zazie chez les Korowaï, Charlotte de Turckheim chez les Nénètses, Muriel Robin en Namibie, Bruno Solo chez les chevaliers mongols ou encore Patrick Timsit au pays de hommes fleurs. On pourrait remplacer tous leurs noms par Tintin sauf qu'au moins, Tintin savait pourquoi il allait là où il allait. Là, ils savent pourquoi ils y vont mais ils ne savent pas où. Ils le découvrent au dernier moment.

A partir de là, plusieurs jours de tournage ont lieu dont seront extraits un condensé télévisuel des aventures de nos joyeux compères. D'habitude, le Blanc évoluant en paysage exotique le transforme en décor illico : si c'est dans un jeu télévisé, tel accès difficile à un lieu sera préféré à celui qui est pratiqué habituellement par tout le monde pour s'y rendre. Là, sous couvert d'humanisme (celui des vedettes bien sur, sinon ils diraient humanitarisme), ce sont les autochtones qui sont transformés en décor. Un décor parlant certes, mais vendu comme le plus loin possible de l'occidentalisation et dont la finalité est de produire les hautes réflexions de nos chères vedettes. Que ces vedettes soient plus ingnorantes du mode de vie des autochtones que les autochtones du notre n'est pas innocent dans ce dispositif : On fabrique ainsi un état d'enfance supposé égal à celui des peuple visités. Avant, au moins la condescendance parternaliste était-elle assumée. Aujourd'hui, c'est l'infantilisation consentante du Blanc qui la prend en charge le temps du séjour. Muriel Robin : "On a tous un peu quand même de l'enfant en nous et se rouler dans l'herbe, se rouler dans le sable, c'est un truc... C'est quand même des moments de grand luxe. Et quand je les vois, juste je suis envieuse". Et l'animateur de ne surtout pas demander à Muriel Robin quel rapport entre les Himbas et les enfants... Et le public présent sur le plateau de l'émission, censé représenter le téléspectateur, c'est-à-dire la civilisation, de ricaner à la simple audition d'un cérémonial dans la langue des Mentawaï lors de l'arrivée de Timsit... Rires bien entendu encouragés par la production qui pour l'occasion s'est abstenue de faire traduire ce qui se disait.

Si les raisons qu'avait Sembène Ousmane (formé au cinéma en U.R.S.S.) de reprocher au Jean Rouch (pas formé au cinéma) des Maitres fous de filmer les Africains comme des insectes sont discutables mais toujours passionantes et complexes, les raisons qu'ont les producteurs de cette émission de nous infliger cette jouissance (oui, une jouissance sadique peut être infligée) sont tout bonnement dégueulasses. Car si Les Maitres fous scandalisait comme un miroir un jour de gueule de bois, les aventures de Timsit au pays des hommes-fleurs font rire et attendrissent. Rire et tendresse : Les deux mamelles du néo-colonialisme. Si comme l'envisageait Jean Rouch, la secte des Haoukas existe toujours et a peu à peu codifié son rituel, c'est là que nos humanistes auraient du ammener notre humoriste. Qui sait, peut-être aurait-il accepté le role surprise du chien qui serait allé à ravir à son si déconnard personnage... Un tel cake-walk aurait au moins donné à quelques commentaires entendus dans l'émission une vraie pertinence snuff-comique : l'entendre dire, juste avant son égorgement que si chef de clan est obligé d'être fort, il a une âme d'artiste dans le privé... Nos chefs à nous adorent entendre ce genre de message.

C'est que la candeur spontanée de nos blancs humanistes sur leur rapport au pouvoir est très instructive. Charlotte de Turkheim à propos du mongol Batbayar faisant travailler Bruno Solo : "Et il vous a mis au pas ! C'est ça qu'est incroyable !" Éclats de rire du public. En Afrique, ils sont plus droles : ils n'hésitent pas à produire des téléfims où l'on peut voir un évèque noir en grand apparat bénir une marmite dans laquelle tout un village fait croire à un Blanc qu'il sera bouilli.

Mais ce que ces émisions ont de plus abject, c'est qu'elle contribuent à occidentaliser les peuples qu'elle visite en voulant nous les montrer les moins occidentalisés possible. Nul doute qu'après celles-ci, les organisateurs de tourisme "équitable" vont faire un tabac. Et l'on y verra chez les Himbas ou chez les Nénètses, comme à Dogon-land des bas reliefs peints sur les maisons avec des couleurs spéciales touristes, des porteurs de sacs pour quelques pièces non prévus dans le contrat ou encore des pasteurs peuls conduisant des vaches (l'épargne populaire du Dogon) croisant des Dogons promenant leurs troupeaux de Blancs.

Dans ces émissions, les seules fois ou la confrontation à une modernité imposée du dehors est évoquée, c'est sous la forme d'un équilibre vertueux à trouver : Tel père envoie la moitié de ses enfants suivre des études à la ville, telle mère déplore le mariage forcé de sa fille (comme si un mariage ne pouvait pas être tout aussi forcé pour un fils). Mais lorsqu'une jeune Nénètse a un enfant hors mariage, Charlotte de Turkheim lui enjoint de ne pas se laisser embêter par les hommes.

Car ce qui les intéresse, ce n'est pas le devenir de ces peuples, c'est qu'ils se modernisent un peu mais pas trop afin de les maintenir à l'état de parts de marché pour que l'Occidental puisse continuer à les "découvrir" comme un enfant découvre le contenu d'une pochette surprise. Tout le contraire d'un Pasolini constatant la perte de sens des anciens rites dans son Carnet de notes pour une Orestie africaine. Tout le contraire de ce que faisait Jean Rouch quand il filmait l'émergence de nouveaux rites. "Quarante-cinq ans plus tard, les Maitres fous sont toujours aussi subversifs" nous dit Nabe dans La télé-réalité dépasse l'auto-fiction. "Les bourgeois anti-racistes d'aujourd'hui font autant la gueule que les bourgeois racistes d'hier en le regardant. Et si c'est la première fois, c'est pire. Voir des Noirs possédés par l'esprit des Blanc, en ayant l'intelligence de les imiter jusqu'à expulser l'horreur de ce qu'ils représentent sera toujours insupportable. Non pas que le spectacle de cette crise mise en fête par gesticulations morbides et hilarantes soit culturellement pénible à admirer. Dans le trash, on a fait depuis plus fort mais moins bien. C'est ce que dit le premier film de Rouch qui ne s'avale pas facilement, peut-être moins encore à notre époque où les Occidentaux s'acrochent par dépit à l'indécente illusion qu'ils ne peuvent apporter que le "bien" aux pays des sauvages".

On aurait la tentation de comparer ces émissions aux zoos humains de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, mais c'est pire : Au moins, les acteurs avaient un statut de saltimbanque et se mettaient parfois en grève lorsque leurs contrats n'étaient pas respectés ou qu'on leur demandait d'en rajouter encore dans le fantasme blanc en jouant les méchants. Là, on leur fait jouer les gentils et ils ne sont pas payés. On se contente de les indemniser, de les dédommager, de financer la construction d'une classe (et pourquoi pas d'une école pendant qu'on y est ?), l'achat d'un moteur etc. Pour ne pas susciter la jalousie nous explique-t'on. En revanche, les guides, les porteurs et les interprètes sont payés. Sans doute pour que nos chères vedettes qui devront se contenter du Prime-Time avant leurs prochains spectacles ne les jalousent pas non plus...

Quand Robert Flaherty réalisa Nanouk l'Eskimau en 1922, il le fit participer avec sa famille à la narration de son documentaire en les faisant réagir aux rushes. Là, l'équipe se contente retourner sur les lieux de son forfait pour se montrer en train de montrer le film aux autochtones afin de nous montrer les réactions des showbiziers invités quand le présentateur leur montre le film montré aux autochtones. Pochette surprise toujours... De laquelle on tire une reine Himba désormais heureuse propriétaire d'une voiture grace à l'émission qui s'est contentée de la dédommager pour ne pas susciter de jalousie...

Sans qu'on sache très bien si c'est malice ou soumission implicite, laissons à Katjambia, reine himba d'un jour, le mot de la fin : "Nous aussi nous sommes des êtres humains. Si je lavais l'ocre qui me recouvre, peut-être serais-je plus blanche que toi..."

Frédéric Capron























 

L'inconscient de Siné a encore frappé

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"Pour l'instant les mecs comme toi, on préfère éviter" ! Le malheureux Siné a beau avoir écarté Nabe avant même la naissance de son journal, au fond de lui il sait qu'il a commis une erreur dont il a toujours honte et à laquelle son inconscient ne cesse impardonnablement de le ramener. Après la couverture du N°4 de Siné-Hebdo qui déjà exprimait un certain mal aux couilles (voir ci-dessous), le crayon de Siné crie à nouveau au secours en reprenant de manière impressionnante le dessin du tract Sauver Siné dans un édito lamentablement convenu où il prend la défense de Marie N'Diaye et de son prix Goncourt ! Triste appel à l'aide dans son paquet de merde ! Il ne s'agit sans doute même pas d'un plagiat conscient, Siné sait sans se l'avouer qu'il ne se reconnait pas lui-même dans son journal, et qu'il ne peut s'épanouir réellement qu'en revenant à fond, comme il l'avait toujours fait, vers tout ce qu' à Siné Hebdo "on préfère éviter" !

 

Siné Hebdo N°61 du 04/11/2009

Sauver Marie N'Diaye par Siné


Sauver Siné

 

 

 

Siné Hebdo N°4

La Vérité N°4

Siné Hebdo N°4 La Vérité N°4

 


 

Archie Nègre !

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De notre envoyée spéciale au concert d'Archie Shepp à Strasbourg le 8 novembre 2009.


Archie Shepp

Pour continuer à rendre hommage aux Grands jazzmen qui sont encore en vie, voici un compte-rendu du concert d'Archie Shepp avec son groupe Phat Jam que j'ai vu hier soir.
Si vous n'y êtes pas allés encore, alors courrez vite voir s'il ne joue pas bientôt quelque part dans vos parages.

Cet éternel combattant qui a joué avec tous les Grands et exploré tous les terrains musicaux, saura toujours nous étonner.
Voir Archie jouer du saxophone, c'est impressionnant, il n'a rien perdu de sa puissance, de sa verve, le son est toujours aussi acéré : c'est un possédé, il n'a pas d'âge quand il joue, il parle aux anges...ou aux démons.... Une technique à effrayer un concertiste classique, on dirait qu'il mâche et suce goulûment son bec comme un bâton de réglisse, en bavant voluptueusement et nerveusement son inspiration...
Voir Archie chanter le blues, c'est une leçon!
Une voix rocailleuse qui déchire ses cordes vocales et vous déchire le coeur.
Il y a vraiment que les Noirs américains pour chanter comme ça!
Il se donne tout entier, il n'y a pas de doutes....

Le groupe est superbe! Ils sont vraiment en forme ce soir!
Ca groove à l'américaine, c'est l'art de la syncope , le son est viril, très urbain, radical, charnu et élastique.
C'est un groupe de musiciens épanouis mais sans beaucoup de solos(à part les sax); visiblement, satisfaire l'égo des musiciens c'est pas le plus important...On les voit s'éclater faisant groover tous ensemble, et le respect mutuel entre tous ces artistes est clair et présent.
On pourrait difficilement définir le style du band, c'est éclectique,hybride: mélangeant le véritable hip-hop de souche "old school" avec jazz latin, afro-beat avec blues, funk avec swing.. Les musiciens ne se mettent aucune barrière, passant partout avec autant de facilité et tout cela semble homogène.Rien d'étonnant, c'est leur culture, toutes ces musiques sont l'essence d'un Noir américain, l'héritage qu'il a reçu....

Le morceau qui m'a le plus perturbée, c'est Révolution ou Mama Rose.
C'est un poème qu'il a écrit en 1966 pour sa grande mère qui a été esclave autrefois... ("pour Mama Rose dans son cercueil"). Apparemment il a été publié pour la première fois en 2009.
Il le récite, en chantant sur la musique hypnotique , c'est le 6/8 africain qui se compte sur 4 temps... Bi-ternaire. Je l'ai vu chanter ce poème sur des musiques différentes: une fois sur du modal coltranien, une fois en version plus free, avec des musiciens Blancs qui s'endormaient presque... Mais celle-là, à mon sens, se rapproche le plus de l'essence de ce poème; la musique et les paroles ne font qu'un...
En l'écoutant, je me suis rappelée une phrase de Enfin Nègre:

Obama n'est même pas un esclave. Même pas nègre! Il n'a pas la grandeur et la haine de l'esclave noir déporté de Gorée.
Oui, parce que tout cela, Archie il l'a...Je ne sais pas comment, je ne pensais pas que ça se transmet par des gènes.Mais dans son cri on entendait la douleur des plusieurs générations d'esclaves noirs,la souffrance authentique des gens humiliés depuis des décennies... des siècles... Un véritable voyage dans une machine à remonter le temps.

"Nous sommes des victimes!", crie Archie en français, pour doubler l'effet...
Tous les poils de ma nuque se sont dressés comme des guerriers, mais on ne perçoit pas cela comme une plainte.C'est une souffrance dans la dignité,une peine vécue la tête haute, pas besoin de pitié, on veut... une révolution!
Le son devient de plus en plus intense, jusqu'à ce que ça devient insoutenable et les larmes enfin arrivent pour crever l'abcès et soulager votre coeur...

Que vais-je dire à mes fils?
Que la mort recouvre le Potomac d'un linceuil écarlate?
Qu'il n'y a plus d'oreiller pour soutenir ta tête?
Prends ce baiser d'un ex-cannibale et transforme-le en Révolution!

Mon crachat rance est les déchets
que les usines vomissent dans le ciel,
et les mouches qui planent sur tes yeux jaunis
sont les centurions d'Hannibal qui contemple ton repos.

Wake-up!

Napoléon Maddox,c'est un fou, il ne s'arrête jamais, le rap - c'est lui, les percussions - c'est lui, le scratch et autres effets sonores - c'est lui aussi....Il a besoin juste de son micro pour imiter tout un orchestre, il s'adapte à tous les grooves, c'est un "human beatbox", autant dire une groove machine, son flow ne laisse aucun doute: il a le rythme dans la peau ( le vieux cliché français que je trouve tellement juste!) Le représentant du "gangsta rap", il parle de la vie des jeunes Noirs américains dans des ghettos: ainsi,deux générations Nègres se rencontrent pour raconter au monde le déchirement des Noirs en Amérique, Maddox et Archie Shepp, deux générations, le même message.

Le concert se termine avec un Afro-blues coltranien (composé par Mongo Santamaria, mais rendu célèbre par John Coltrane), ça groove très lourd et très funk, avec de superbes breaks ternaires, cette version d'Afro blues est très urbaine, magnifique hommage à John, qui a encouragé la carrière d'Archie à ses débuts chez le prestigieux Blue Note dans les années soixante.
 

Le chant du cygne

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Ornette Coleman était à la grande salle de la Villette, le 2 septembre dernier…  Ce compte-rendu qui avait été spontanément posté dans l'ancien forum juste avant sa fermeture mérite bien d'être republié.

 

Ornette Coleman


« …and everything will be, as it should be… »
Albert Ayler



- Alors, c’était comment ?
- C'était tout simplement très bien. Très beau concert. Salle comble. La grande salle de la Villette devait être remplie, à vue de nez, d’un millier de personnes. Plusieurs moments de grâce, par un grand artiste, entièrement maître de sa musique, inventif, lyrique, drôle, émouvant... Pour le rappel, une grande partie du public au pied de la scène. Il a joué un morceau magnifique, très célèbre, dont je vais bientôt retrouver le nom. J’ai retenu l’air mais pas le titre. En attendant, je vais me réécouter Something Else !!!! C’est son premier album à Ornette, très énigmatique, un peu comme un tableau de Paul Klee. Il y a un code secret à y saisir.
- Et ce soir à la Villette ?
- Non, ce soir, Ornette n’avait plus de secrets pour personne. Il a passé l’âge. Il a tout « décodé ». Sa musique coule, comme un torrent de montagne. Tout est limpide dès le début. Ce n’est plus « quelque chose de nouveau » ou « la forme du jazz à venir » (« the shape of jazz to come »). C’était un condensé de ce que c’est et ce que ça a été, pour lui, la musique. Un pot-pourri de ses talents, au saxo, à la trompette, au violon (qu’il utilise presque comme une percussion !).
- Ornette, c’est quelqu’un qui se veut élégant. Il était habillé comment ?
- Costume violet, (comme le Joker !) C’est son côté fantasque. A côté de ça, droit, noble, concentré, sans une note de trop. Et au rappel, la moitié de la salle est descendue au pied de la scène. Des dizaines et des dizaines de gens, admiratifs, et rendus beaux par leur admiration. Ornette Coleman a été très élégant, oui, à la fin, à nous serrer la main et à signer des autographes. Un vieux et grand monsieur, humble, qui s'excuserait presque d'être vieux -de ne plus avoir la fougue des grandes années, d'être une légende, d'avoir tous ces gens devant lui, comme s'il nous disait qu'il ne le mérite pas, ou qu'il ne faudrait pas ainsi le statufier de son vivant (parce que c'est déjà un peu l'enterrer).
- Ornette est rattrapé par le passé… Et il a joué comment ?
- Il n'a pas essayé de jouer excessivement free. C'est vrai que si on réécoute Free Jazz, c'est un album qui a vieilli. Trop marqué par son époque certainement. C'était libératoire à l'époque, mais aujourd'hui, on peut plus difficilement le ressentir ainsi. Il avait un album, Tomorrow is the question et d’autres, qui évoquent l’avenir à répétition. Mais demain, ça y est, on y est aujourd’hui. La question, c’est aujourd’hui.
- Il y a un passage du journal où Nabe dit, dans les années 80, qu’Ornette a vieilli, qu’il joue du rock, que c’est binaire…
- En fait, je pourrais dire qu'Ornette a joué à la Villette comme Nabe lui « conseille » de le faire. Il a swingué, comme s’il sortait des années 30. Il a pris le meilleur de son swing et du blues qui imprègne profondément sa musique, et c'est ça qu'il a joué. C'est ce qu'il fait de mieux. On a entendu par moment ce « free-jazz binarisé » dont parle Nabe et ce n'était pas le mieux. Pendant le concert, j'ai d'ailleurs pensé à un de mes aphorismes préférés de notre auteur, dans Chacun mes goûts : « tous les révolutionnaires envient les classiques -Nietzsche, Céline, Picasso.» (de mémoire) Là, je dirais qu’il enviait Charlie Parker, bien sûr, qu’il voulait jouer d’une façon parkerienne. Il voulait nous montrer sa volière d’oiseaux fous.
- Tu fais toute ta vie des efforts pour être à la pointe de l’avant-garde, pour expérimenter, et à la fin, ce que tu fais de mieux est d’en revenir aux maîtres.
- Oui. Cela dit, les maîtres ne sont jamais datés ; ce qui est jazz ne vieillit pas, alors que ce qui est strictement rock semble bien souvent mort d’avance (à moins d’y insuffler plus)… Là, j'ai entendu un Ornette Coleman dans un équilibre parfait entre cette tendance free et un son plus harmonieux, qui ne recherche pas la discordance ou le son écorché vif à tout prix pour faire novateur. Bref, j'ai entendu un révolutionnaire qui a si bien développé son art qu'il peut devenir un classique. C'était une musique vivace, dynamique, rapide, avec quelques instants sublimes, aériens. Des moments de grâce ; c’est ça qu’ils cherchent tous : de longues recherches pour quelques instants de grâce.
- Dans la grâce, on se sent comme en apesanteur, avant de retomber. On est propulsé dans un monde de pure émotion.
- Voilà. Surtout le rappel, c'était beau comme du Johnny Hodges (pour donner une idée). Bref, Ornette n'a plus à nous prouver qu'il a bouleversé le jazz. Il joue, il joue sa musique, entièrement libre. Cela ressemble à un chant du cygne (rapprochement à faire entre la forme du saxo alto et celle du cygne, mais je ne me lancerais pas dans cette métaphore).
- Le vilain petit canard du jazz, Ornette Coleman (qui faisait scandale à ses débuts en jouant dans un instrument en plastique) est devenu un grand cygne noir. Il peut par son chant rejoindre les plus grands. Mais c’est aussi qu’il se fait vieux… Il est à un moment où chaque note, chaque concert est peut-être un adieu…
- Mais je crois que Nabe l'a bien dit (et avant lui, c'est ce qu'aurait dit Spinoza) : même si l'artiste meurt, son œuvre reste, et c'est ça qui compte, c’est ce qui est éternel. L'homme meurt, l'œuvre vit après lui.
- C’est vrai que c'est le pouvoir résurrectionnel des corps qui intéresse Nabe : dans la musique, à chaque note, la vie ressuscite.
- Oui. Mais tu avais raison : le plaisir de voir une légende de son âge est gâté par l’amertume : et si c’était le dernier ?… Alors, je crois que ce que l'on doit retenir, c'est la chance formidable de voir ces artistes géniaux, qui nous offrent des moments tout simplement uniques, car eux seuls sont capables de jouer cette musique-là. Et tant qu'ils sont sur scène, ce qu'on entend, c'est une éternelle vivacité qui n'en finit pas de revenir, note après note, c'est la joie de jouer, intarissable, inépuisable. C'est ce swing de Sonny Rollins sur Saint-Thomas et qui se retrouve sans cesse dans ses concerts, qui en est la pulsation première, fondamentale, comme s’il ne jouait que des variations sur ce thème.
- Tiens, l'autre fois, je voyais Ahmad Jamal à la télé, juste avant un concert : il disait, rieur, que Louis Armstrong, Charlie Parker et les autres étaient là-haut, mais que leur esprit serait dans la salle ce soir, et que ce qui compterait, ce serait ce qui se passe à ce moment-là.
- Un artiste, c'est bien quelqu'un qui nous séduit en faveur de la vie, non ? Alors oui, Ornette a l’âge pour le chant du cygne, mais c’est un cygne qui nous dit qu’il est né, qu’il a vécu, qu’il a chanté. Et il ne chante plus que les notes qui resteront après lui. A côté de cela, la mort semble bien peu de choses.

 

Le chaman de la destruction

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Cecil Taylor

"Un matin, ma mère manqua se jeter par la fenêtre parce que j'écoutais trop violemment Cecil Taylor"
Nabe's Dream
p.12

Le 1er Octobre 2009, Cecil Taylor, dans l'un de ses uniques passages en Europe, donnait le concert de ses 80 ans à Strasbourg. On n'a, ça peut paraitre étonnant, aucun texte de Nabe consacré à l'un des plus importants pères du Free Jazz. Et pour cause, Nabe réservait son texte sur Cecil Taylor à Zigzags II qui n'est jamais paru, et qu'on espère voir sortir un jour. Mais pourquoi attendre ? Notre envoyée spéciale a compris que chacun à son tour pouvait aller chercher, directement à la source, la flamme enfiévrée que l'envoyé spécial du Nancy Jazz Pulsations rapportait du coeur musical des génies.

Auditorium de France 3. La billetterie est déjà fermée: c'est complet!
C'est pas possible, il faut que je passe, c'est le seul concert de Cecil Taylor en France, voire même en Europe! Comment ai-je pu rater l'annonce? Arrivée un quart d'heure avant le concert, je fais partie de quelques heureux élus qu'on laisse passer, tant à mon avis mon air dépité doit faire pitié. La scène est sobre, rien de superflu dans la lumière bleue hypnotique: le Steinway noir et la batterie ornée de plein de charleys et de cloches différents et une toute petite grosse caisse. Le public est visiblement averti: "Vous connaissez cette pianiste?", me demande une dame âgée avec l'air gentil.
La lumière disparait. Dans le noir total la batterie commence son tohu-bohu timide, accompagnant un texte probablement en anglais, mais on ne peut pas être sûr, tant le tapage des drums couvre la voix qui le lit, la voix d'un fou, d'un vieillard gâteux, incompréhensible, se mêlant dans la boue sonore...
Et voilà dans ce noir presque total on devine une menue silhouette avec des gestes vifs et un peu gauches qui s'approche du piano en dansant. Sans chaussures ( probablement pour être complétement free, pour que rien ne le gêne ou pour avoir encore plus de contact avec son piano? ), il continue à réciter son poème incompréhensible, juste quelques accents sur certains mots nous font comprendre que c'est de l'anglais...

«_ygçàè-'gfuiyhbvà_èyg ... DIE...npçzh...fè'gd('-y....

..RESURRECTION....sed)fçèvhà_èhvdhà_èhgshv...

MEN....;ndfpiuhg_èrhtg...WOMAN...?kfjvnpuhrmeidunps....»

Je tends l'oreille: vous savez, Cecil est un poète, il récite ses poèmes pendant ses concerts. J'aimerais maitriser l'anglais mais hélas...loin de là. Il pose enfin son texte sur le pupitre et commence à le jouer au piano.
On a toujours l'impression qu'il est en colère contre son piano, c'est un amour passionné. Tantôt il essaie de l'amadouiller, le persuader, le dompter, tantôt il le boxe, lui donnant des coups de poings violents, comme s'il voulait sortir toute son hystérie, toute sa rage sur celui-ci, comme s'il voulait lui faire mal. C'est sexuel... Non, il est pas assagi, Cecil...
Mêlant des gestes brusques avec des caresses, les clusters avec de beaux accords, les coups de colère avec les coups de nostalgie, tout est contraste chez lui, même le look de son batteur: Tony Oxley, archi blond, c'est fait exprès?
Par moments on peut entendre le phrasé jazz, par moments la couleur mystique de la gamme par ton, par moments des harmonies raveliennes ou messiaeniennes ou straviskiennes... On dirait de la musique classique, mais complétement destructurée, des bribes d'anciennes constructions en désordre. Il y a quelque chose d' hypnotique dans cette destruction permanente...
Il change d'humeur très vite, passant d'un état à l'autre, comme un enfant qui s'ennuie de s'amuser avec le même jouet plus d'une minute et en prend un autre. Il fait penser à un écrivain qui écrit une belle page et la déchire aussitôt.
Sa musique n'est pas cinématographique, elle est balletesque. Il a écrit de la musique pour ballet et travaillé avec Mikhail Baryshnikov et Heather Watts.     « J'essaie d'imiter au piano les sauts dans l'espace que font les danseurs » , disait Cecil.
Il a vraiment réussi, rien à dire. J'ai accompagné de la danse pendant 9 ans, je reconnais cette manière de mettre le mouvement en musique, de "voir" la musique. Je voyais les pas de danse en l'écoutant, n'importe quelle star de danse contemporaine rêverait de faire un spectacle avec lui. D'ailleurs, j'ai rencontré dans la salle quelques danseurs que je connais.
Animé par une pulsation interne, Cecil mène la marche: le batteur est complètement à l'écoute, c'est lui qui suit Cecil avec un sourire bienveillant. La moindre figure rythmique, même très courte est reprise et anticipée par Tony Oxley .
Il y en a que cette musique agresse, d'autres qu'elle fait bailler. Après le deuxième morceau les gens ont commencé à partir, je m'y attendais. Très bonne idée, comme ça je peux m'approcher. Je trouve une place tout devant pour pouvoir observer les expressions du visage de l'artiste, voir toutes ses douleurs s'inscrire dans les coins de sa bouche, entendre ses gémissements et ses cris muets... Oui, les cris muets: son visage crie, sa bouche s'ouvre et c'est le son du piano qui sort....
Il recommence à lire un texte dont je ne comprend toujours pas le sens, et cette fois il chante et il danse, il fait le tour de la scène faisant des gestes bizarres, un chaman, un muezzin à la voix étouffée et ensuite il se rue sur son piano et ça recommence: BHUM, BHAM, WHAM BAM , PARARAM, lie, lie, mallolie,gliann siliann,loullie, TRCHAK, TRAM, BROUM, KRRRATCH, TGDA-TA-RA-BA-DUM....

A la fin on lui offre un beau gâteau d'anniversaire et la salle chante "Happy birthday". Aujourd'hui l'inventeur du free-jazz a 80 ans!

Sacré Cecil !!

 

 

 

Le Figaro Littéraire se touche d'une main

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La main du Figaro

Le Figaro littéraire vient de publier un dossier "opinionway": Ecrivain, un rêve français. Oui, ça fait beaucoup de gros mots en une seule phrase... Etude inepte qui nous apprend qu'un français sur trois rêve d'être écrivain (Et combien de se taper Eva Mendès ? ). Dossier richement illustrée d'une main écrivant qui n'est pas sans rappeler la main en page d'accueil de notre site qui fait le tour des rédactions. Comme le Figaro Littéraire, un français sur trois prend l'inspiration où il peut ...

Quant à nous qui avons choisi de mettre à l'honneur la seule main d'écrivain vivant qui puisse illustrer le site, s'il avait fallu en choisir une autre aucune hésitation: La main tranchée, fine et sanguinolente de Miguel de Cervantès... Emballée dans le Figaro Littéraire ! Voilà qui représente un rêve d'écrivain... Alors, un français sur trois toujours candidat ?

 

 

Dessine moi un camp de concentration !

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Philippe Vuillemin - La guerre en odorama

Il faut sauver Vuillemin ! Pas de l'accusation d'antisémitisme, mais de la bande de cons qui l'entourent ... Se réveillant de manière formidable, Philippe Vuillemin vient de signer un de ses meilleurs dessins depuis longtemps. Un tableau digne des  monstruosités jouissives d'Hitler = SS. Un ado rentre à la maison pendant que ses parents regardent Shoah à la télé.Titre: " Après la guerre en couleurs, la guerre en odorama." Bulle: "Mmm ! ça sent bon comme au Macdo. Qu'est-ce qu'on mange ce soir ?"
Dessin énorme qui évidemment a été écarté de la couverture de Siné Hebdo pour se retrouver relégué en 4ème... Précisément dans le numéro où un  minable se retrouvait chargé d'illustrer la couverture pour une fois à la place de Siné!  Quel gâchis!  Que Catherine Sinet coupe les vieilles couilles de son Bob de mari, c'est une (triste) chose ... Mais de grâce ! Qu'elle laisse encore les leurs aux génies à qui il en reste encore ! Vuillemin sait très bien, comme Nabe le rappelle dans son tract, qu'un dessin pareil aurait immédiatement figuré en couverture de La Vérité. Philippe, les portes nabiennes te sont toujours ouvertes. Dessine-nous un nettoyage ethnique à Canal Plus, un ramadan à Gaza, une Bar-Mitzvah télévisée au phosphore, un camp de concentration ...

 
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