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Renaissance du scandale - L'antiédition

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MARC-ÉDOUARD NABE, RENAISSANCE DU SCANDALE

L’ANTI-ÉDITION

Mémoire de recherche en littérature française par Christopher Bianconi


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L’homme qui arrêta d’écrire : du manuscrit à l’édition

Aix-Marseille Université I

M2 recherche en littérature française
Décembre 2012

 

L'Antiédition

 

 

INTRODUCTION

Depuis le début du 21éme siècle, permis par le développement d’Internet, sont apparues de nouvelles formes de distribution de l’art, cherchant à s’affranchir des intermédiaires pour créer un rapport direct : du créateur au récepteur. Ainsi avons-nous pu voir plusieurs exemples d’écrivains, musiciens, cinéastes, n’ayant rien d’autre en commun que d’avoir trouvé, chacun par des moyens différents et pour des raisons variables, une nouvelle manière de vivre de leurs œuvres, en allant à l’encontre des règles qui régissent les industries marchandes de la culture. Nombreux sont ceux, dans l’ombre ou la lumière, à avoir tenté de contester la nécessité d’un intermédiaire : de l’apprenti artiste qui jette ses travaux à disposition sur le web comme une bouteille à la mer, à l’artiste reconnu par son industrie, se servant de son statut acquis pour s’en extirper. Exemple symbolique, le groupe Radiohead, qui en 2007, en fin de contrat, publie son nouveau disque In Rainbows uniquement sur la toile, laissant à l’acheteur le choix de la somme qu’il jugera juste de débourser. La radicalité de ce positionnement provoqua un séisme dans le milieu musical, déclencha les foudres des professionnels et les applaudissements du public. Mais si ce coup d’éclat fut possible, c’est avant tout grâce à l’immense popularité du groupe, qui, sûr de sa force et puissant financièrement, pouvait à peu prés tout se permettre. Mais en osant mettre un pied en dehors du système, l’autre pied restait toutefois à l’intérieur, le disque finissant par être distribué par un label quelques mois après sa sortie virtuelle.

 

L’Homme qui arrêta d’écrire de Marc-Edouard Nabe, dont nous allons retracer ici la conception, du manuscrit à l’édition, est un cas radical, tout à fait différent par bien des aspects, mais a provoqué dans le paysage littéraire français des secousses aussi importantes, mettant le doigt sur une plaie encore aujourd’hui ouverte. Car ce que Nabe remet en cause lorsqu’il publie son nouveau roman sous le concept d’anti-édition le 14 janvier 2010, c’est la place même de l’écrivain dans la société marchande. Lui qui a publié vingt-six livres dans le système traditionnel avant de se qualifier de worst-seller dans Le Vingt-Septième Livre connaît avec son vingt-huitième, sans contrat d’édition, son plus grand succès à ce jour. Succès financier lui permettant de continuer à vivre de sa littérature, et succès critique, car frôlant le prix Renaudot 2010 (à une voix près), une première pour un livre édité par son auteur. Succès obtenu sans être devenu un best-seller, avec un livre qui, de plus, n’existe dans aucune librairie.

C’est cette anomalie éditoriale, que nous tenterons de décrypter ici afin de déterminer les enjeux d’un tel choix et les questions que l’écrivain suscite par sa démarche. Depuis sa première publication Au régal des vermines en 1985 et sa naissance dans le scandale lors de cette « émission littéraire tragi-comique »[1] d’Apostrophes, Marc-Edouard Nabe est un écrivain à part, auréolé de souffre. Durant vingt ans, peu soucieux de l’hostilité et de l’indifférence d’une partie du monde littéraire à son encontre, Nabe publiera une œuvre conséquente, journaux intimes, romans, essais, pamphlets, jusqu’à la sortie du Vingt-Septième Livre en 2005, en préface à la réédition de son premier livre (puisque indisponible depuis sa première édition) pour son vingtième anniversaire. Nabe dans cette missive dresse une analyse de son destin littéraire, constate l’échec de son parcours éditorial, et solde ses comptes avec le monde des lettres, énonçant son souhait d’arrêter l’écriture. Ainsi durant les cinq ans séparant ce « dernier » texte de la sortie de L’Homme qui arrêta d’écrire, l’auteur ne publiera rien de nouveau. A l’exception toutefois de tracts corrosifs traitant de sujets d’actualité, qui fleuriront sur les murs de Paris. Ce qui aurait du être un indice notable sur la survie de son écriture.

 

 

Marc-Edouard Nabe, Naissance du Scandale - « Apostrophes » 1985

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MARC-ÉDOUARD NABE, NAISSANCE DU SCANDALE

Apostrophes 1985

Mémoire d'études par Christopher Bianconi


 

 

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Christopher Bianconi - Naissance d'un scandale - Apostrophes 1985

INTRODUCTION

 

Invité par Bernard Pivot le 15 février 1985 dans l’émission culturelle Apostrophes dont le thème du soir était Les mauvais sentiments, le jeune écrivain Marc-Edouard Nabe, âgé alors de vingt-six ans, inconnu du public et du milieu littéraire, vient défendre son premier livre Au régal des vermines et provoque pour sa première véritable apparition médiatique un véritable scandale. Avec outrance, excès, violence et courage, ou ce que certains paternalistes appelleraient « l’inconscience de la jeunesse », Marc-Edouard Nabe, plein de morgue et de fiel, en une heure de télévision en direct, se met à dos une grande majorité de téléspectateurs, et s’exclut, au minimum pour l’intégralité de sa vie terrestre, de toutes les catégories professionnelles que peuvent compter le milieu littéraire, mais « peut être, vu de plus haut, s’apercevra-t-on quel mal la télévision peut faire à un vivant »1.
Les années lui auront donné raison sur ce point, puisqu’à peine rentré chez lui il écrit, comme promis le soir même, dans son journal, que « Tout le monde a dû sentir que j’ai été assez dingue pour échanger en une heure ce soir toute mon œuvre présente et à venir contre un passage maladroit par ce soupirail de l’enfer, cette boîte à images satanique ! »2. Car avant ce passage télévisé, Marc-Edouard Nabe n’existe pas. Au régal des vermines, pamphlet corrosif à l’encontre de son époque et de nombre de catégories de l’espèce humaine, y compris sa propre personne, vient à peine de paraître et Marc-Edouard Nabe n’est encore « que » Alain Zannini, fils de Marcel Zannini, musicien de jazz et auteur en 1970 du « tube » Tu veux ou tu veux pas. C’est donc sous ce pseudonyme que Marc-Edouard Nabe entre en littérature de la manière la plus virulente possible. Bien sur, il s’attelle déjà, depuis le 27 juin 1983, à la rédaction de son Journal Intime, œuvre pharaonique, en quatre tomes, recoupant la quasi intégralité des années 80 vu par son oeil, mais à ce moment là, personne ne le sait, et le premier tome du Journal Intime ne sera publié que bien plus tard, aux Editions du Rocher, en 1991. Avant Apostrophes, notre auteur n’est donc pas encore né publiquement ; après cette émission il sera mort pour une immense majorité, et cela perdure encore aujourd’hui, occultant une œuvre importante et protéiforme, vingt neuf livres comprenant journaux intimes, pamphlets, romans, essais, recueils d’articles, ayant été très peu lu et dont l’appellation d’ « antisémite » accolé à son nom suffira à éclipser l’existence. Cette réputation d’antisémite, Marc-Edouard Nabe la doit Au régal des vermines, mais pas seulement, car finalement peu nombreux sont ceux qui auront lu l’intégralité du pamphlet d’un œil objectif, beaucoup de commentateurs et critiques littéraires se contentant au fil des années de ressortir des phrases hors du contexte de l’oeuvre, hurlant au loup à chacune de ses apparitions pour défendre un nouveau livre, cherchant à le nier et le discréditer à jamais. Cette mauvaise réputation vient donc en grande partie de l’émission dont nous allons traiter ici, cette unique heure de « littérature télévisée » que Marc-Edouard Nabe a voulu rendre réellement littéraire.

 

 
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Vive L'Enculé !

par Patrick De Lacroix-Herpin


Vive L'Enculé !

Déjà, la couleur du livre, noir, pas de fioritures « Marc-Edouard mes couilles », directement Nabe, paf dans la gueule, marque de fabrique garantie grandiose, sublime. L’Enculé. Pas de déception possible, Nabe a écrit ce que vous n’aviez pas pensé. Et puis le mot ultime roman, paf dans la gueule. Tout sera vrai, puisque inventé d’après les faits historiques avérés par la justice, parce que c’est un roman, alors c’est plausible. Lettrage blanc et même calibre pour les trois mots magiques Nabe L’Enculé roman : parfait. On peut s’attendre à une apocalypse de jouissance subversive et révolutionnaire, dans sa conception même. Nabe ne déçoit jamais, et avec L’Enculé, il bat tous les records d’originalité et d’inventivité réjouissante et symbolique. L’objet-marchandise livre étant lui-même superbe, la qualité du papier, feuilles nickel, peu de coquilles, solidité de l’ouvrage ; il ne s’abîme pas à l’usage et il est esthétique. Épuré, mais extrêmement percutant. Noir et blanc, déjà l’histoire même : le Blanc dans la Noire. Tout est déjà dit sur la couverture. Le fait que le noir domine la totalité du livre, d’où l’absence de titre sur la tranche du livre ; la quatrième de couverture est extraordinaire, le chiffre 29. Le 29ème exploit de Nabe dans l’industrie intellectuelle. Bravo. Tout un programme. Vive L’Enculé. Vous expliquer les conséquences de ce livre pourrait être trop long à développer ici, tout l’art de l’antiédition et dans ce livre : liberté totale et profit pour l’auteur, et pas pour ces maquereaux d’éditeurs de merde. Et qu’est-ce qu’on dit ? Merci l’antiédition !
 
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La théorie du complot : du doute exacerbé au déni de réalité

par Taqi ad-Dîn


La théorie du complot : du doute exacerbé au déni de réalité - par Taqi ad-Dîn

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INTRODUCTION

En parlant des attentats du 11 septembre 2001, l'écrivain Marc-Edouard Nabe déclara : « ce que je n’aime pas dans les thèses du complot, c’est que c’est toujours une réduction du réel à l’échelle de l’incapacité des complotistes à imaginer la réalité telle qu’elle est »1. Depuis quelque temps déjà on assiste à la parution d'écrits, non-dépourvus de qualités et de pertinences, réfutant la doctrine conspirationniste, largement répandue chez la masse mais dont la poussée idéologique décroit fortement. Dans la continuité il sera proposé, à travers cet essai, la réfutation du pilier majeur de la pensée conspirationniste, soit le lien intrinsèque entre la nébuleuse al-Qaida et les agences gouvernementales des différentes super-structures étatiques.

Dès son origine la « théorie du complot » jouissait d'une certaine considération intellectuelle et d'une notoriété chez les auteurs du XVIIIe siècle. Effectivement fondé sur des faits historiques, le complot inhérent à certains évènements politiques s'est avéré, dans bien des cas, corroboré par des faits, des décennies, voire des siècles, suivant sa survenance. À ce titre il a été démontré que la révolution française de 1789 était d'origine francmaçonne, comme affirmé par Augustin Barruel, auteur des « Mémoires pour servir à l'histoire du Jacobinisme » dans lesquelles il met en exergue la participation active de la franc-maçonnerie des milieux bourgeois parisiens et des Illuminés de Bavière dans le renversement de la monarchie. Désormais fait historique qui n'a depuis fort longtemps été remis en question, la révolution de 1789 puisait sa source idéologique dans les pensées anticléricales des célèbres franc-maçons de l'époque. En outre, cet aspect n'est pas caché par les professeurs d'Histoire qui ne se lassent d'expliquer les influences dogmatiques du Grand Orient et de la Grande Loge unie d'Angleterre sur les élites parisiennes du Tiers-Etat.

 

Nabe et Roussel

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Nabe et Roussel

par Rafael Goldoni


Raymond RousselMarc-Edouard Nabe

Marc-Édouard Nabe fit avec son père une croisière en Afrique, en 1968, à bord de l’Ancerville. Le Lyncée lui fit-il penser à ce séjour lorsque, une dizaine d’années plus tard, vers vingt ans, alors qu’il était encore « cet intact garçon » (Au Régal des Vermines p.47), il commença à lire « en toute candeur » Impressions d’Afrique, un des plus grands romans du XXème, siècle, de Raymond Roussel ? Le Lyncée est le nom du bateau qui fait naufrage dans ce roman et dont les passagers deviennent les otages de Talou VII, empereur du Ponukélé-Drelchkaf, et se voient contraints de se constituer en troupe afin d’amuser les Noirs qui les retiennent, pour retarder leur exécution en leur offrant le fameux « Gala des Incomparables ». Des blancs qui distraient des Noirs en leur proposant de fabuleux numéros (les acrobaties spectaculaires des frères Boucharessas, le tireur Balbet qui écale un œuf avec les balles de son fusil, la machine à bottes de La Billaudère-Maisonnial pour s’entraîner en escrime, l’orchestre thermodynamique du chimiste Bex, Ludovic, fameux chanteur à voix quadruple…) voilà qui ne pouvait que séduire Marc-Édouard Nabe… On remarquera cette « science des noms imaginaires » propre à Roussel dont Nabe propose une édifiante liste dans les Petits Riens : « Noms de personnages de Raymond Roussel : Martignon ; Fuxier ; Trézel ; Kléossem ; Cournaleux ; Gunvère ; Jerjeck ; Talou VII ; Zéoug et Leidjé ; Stéphane Alcott » véritable effusion onomastique à sens multiples.
Ce dernier roman, « cirque sublime que personne ne pratique (…) bible inépuisable » (Zigzags « Dénigration du clown » p.178) et la personnalité même de Raymond Roussel ont fortement infusé dans l’attitude artistico-littéraire de Marc-Edouard Nabe. L’élégance vestimentaire nabienne — dont il est question dès l’autoportrait du Régal — consistait à « radicaliser » son allure en ne donnant pas l’impression d’être un artiste au sens dépenaillé et hirsute du mot. Elle lui a été inspirée par Raymond Roussel dont le procédé « vicieux », qui consiste à se vêtir avec le maximum d’élégance, transforme apparemment en « homme de droite » un pur artiste ne voulant pas passer pour un trublion. Roussel, comme les grands burlesques, est « la preuve de l’allure comme expression totale de la philosophie : et cette intelligence, vous le savez, me subjugue. » (Zigzags « Le Burlesque et la mort » p.99). Raymond Roussel, avant la guerre de 1914, ne portait que trois fois une cravate, un pardessus quinze fois, ses faux cols une fois ! Renonçant à ce rythme effréné après 1918, il plaisantait : « J’ai battu avant-guerre des records d’élégance, je bats maintenant des records d’inélégance ! ». Cette élégance suprême, très au-delà du dandysme qui ne fait que la mettre narcissiquement en scène en la cultivant pour elle seule, permet de réaliser ce tour de passe-passe consistant à faire disparaître l’artiste aux yeux de tous. Et c’est ce qui a laissé la possibilité à cet écrivain à la fortune démesurée de travailler en cachette. Or, qu’a fait Marc-Édouard Nabe si ce n’est travailler capricorniènement dans l’ombre, dans la nuit, comme son cher anarchiste Alexandre Marius Jacob, durant les quatre années d’écriture de L’Homme qui arrêta d’écrire ?
 
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Et si le Goncourt n’était qu’un "sous non-Renaudot" ?

Par Pierre Bernard


Étude parue sur Agoravox

Le Goncourt à Houellebecq et le Renaudot à Nabe, formidable affiche que cette opposition entre deux écrivains parallèles et opposés que tant de choses unissent et séparent, mais cette affiche, dans les toutes dernières secondes, a fini par être écartée pour un compromis plus sage en la personne de Virginie Despentes. Le Goncourt à Houellebecq et le Renaudot à Nabe, ç’aurait été formidable mais ô combien explosif ! Pas seulement pour le mauvais coup que le roman antiédité de Nabe constitue pour les maisons d’édition et les libraires boycotteurs. L’Homme qui arrêta d’écrire est une véritable bombe si on le met en présence de La Carte et le Territoire de Michel Houellebecq, paru neuf mois plus tard. La rencontre étroite de ces deux livres aurait eu des conséquences énormes et encore plus incontrôlables s’ils s’étaient trouvés tous les deux sur-médiatisés sur le même plan. Voici pourquoi.

On n’a fait que des mauvais procès à Michel Houellebecq. C’est très pratique, pour éviter de lui faire les bons. Par exemple, l’accusation de plagiat sur Wikipédia pour son dernier roman La Carte et le Territoire : très mauvais procès. Lautréamont copiait des passages entiers d’encyclopédie pour en faire des textes poétiques devant lesquels s’extasiait André Breton qui n’y voyait que du feu. Plus près de nous, Marc-Édouard Nabe reprenait le même procédé pour l’appliquer à Isidore Ducasse lui-même. Par exemple, ce passage célèbre des Poésies “Depuis Racine, la poésie n’a pas progressé d’un millimètre” apparait dans le pamphlet de Nabe, Rideau : “Depuis Céline la poésie n’a pas progressé d’un millimètre...” Et si on prend la peine de lire un peu attentivement d’autres écrits de Nabe, on s’aperçoit que cette technique est parfois reprise ailleurs : dans un texte comme La place de la Mort que Philippe Sollers avait publié dans l’Infini, ou dans le conte Sainte Nabe (K.-O. et autres contes). Les lecteurs perspicaces retrouveront la trace de l’original détourné.

Wikipedia n’est qu’un matériau, et c’est pour cette raison que la polémique sur son utilisation était absurde, au point qu’elle finit par servir Houellebecq, fatigué mais encore roublard, qui a eu beau jeu de retourner l’accusation en sa faveur. C’est d’autant plus regrettable que l’évacuation rapide de cette affaire a emporté avec elle des questions de fond plus dérangeantes sur l’écriture de son roman. Et si cette histoire de plagiat n’était qu’un leurre pour cacher autre chose ?

Une inspiration ? Oui ! Et au sens propre ! Michel Houellebecq rend dans ce livre son dernier souffle. Il n’a plus de jus et plus grand chose à dire : il est au bout du roman, lui qui jusqu’ici n’était qu’au bout du rouleau. Son livre est bâclé et truffé d’approximations de toutes sortes. Nombre de références plus figées dans les années 90 que dans la France post-2010 tendent même à faire soupçonner le recyclage d’un fond de tiroir. Scénario policier ? Mal ficelé. Chronologie globale ? Pleine d’incohérences. On publie certes aujourd’hui des romans bien pires, mais Houellebecq avait su jusqu’ici faire preuve d’un peu plus de rigueur. De son propre aveu, l’écriture romanesque lui demande de plus en plus de forces qu’il peut fournir de moins en moins. Il le confie aux Inrockuptibles : ce roman sera peut-être son dernier. Comme il le fait dire à Jed Martin, son personnage principal de La Carte et le territoire, Houellebecq en a “à peu près fini avec le monde comme narration”. Ce qu’il ne dit pas par contre, c’est comment l’écrivain asséché qu’il est devenu est allé chercher ses dernières ressources dans le puits d’un de ses contemporains !

Alors qui est-ce qui inspire aujourd’hui le Houellebecq qui expire ? Eh bien il ne s’agit de nul autre que Marc-Édouard Nabe, son ancien voisin ! Oui, Marc-Édouard Nabe, auteur en janvier 2010 de L’Homme qui arrêta d’écrire, roman qui signe à la fois le retour de Nabe à la littérature (quatre ans après une préface d’adieux – Le Vingt-septième livre – adressée justement à Michel Houellebecq) et sa rupture totale avec le milieu de l’édition.

 
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Prix Renaudot : La revanche de Nabe le maudit ?

Par Pierre Ancery


Étude parue sur Slate.fr

L'écrivain auto-édité Marc-Édouard Nabe en lice pour le prix Renaudot, un coup de tonnerre dans le milieu de l'édition mais aussi une victoire pour l'un des auteurs les plus détestés de sa génération.

- Capture d'écran site officiel de Marc-Edouard Nabe -

Marc-Édouard Nabe doit jubiler. L'auteur du roman L'Homme qui arrêta d'écrire, paru en janvier, vient de rejoindre la deuxième et avant-dernière sélection du prestigieux prix Renaudot, aux côtés de la superstar Michel Houellebecq. Un choix inattendu à plus d'un titre. C'est la première fois dans l'histoire des prix littéraires qu'un livre auto-édité –ou «anti-édité», selon sa propre expression– figure parmi les nominés.

En effet, pour se procurer L'Homme qui arrêta d'écrire, inutile de chercher dans les rayons de la Fnac: ce pavé de presque 700 pages n'est disponible que sur le site Internet de l'auteur et dans quelques commerces parisiens (boucherie, fleuriste, bars-restaurants...). Pour Marc-Édouard Nabe, l'«anti-édition» est un moyen de s'affranchir de ce qu'il appelle «les parasites»: éditeurs, distributeurs et libraires. Et de récolter au passage 70 % du prix de vente de son ouvrage, au lieu des 10 % de droits d'auteur auxquels il avait droit auparavant. Une démarche très «do it yourself» qui vient parachever une entreprise de subversion du circuit littéraire déjà entamée en 2006, alors qu'il venait d'être remercié par les éditions du Rocher. L'écrivain s'était alors illustré avec une série de textes polémiques qu'il avait distribués sous forme de tracts et fait placarder sur les murs de la capitale.

Provoc' sur le plateau de Pivot

En faisant entrer Nabe dans la compétition, le jury présidé par Franz-Olivier Giesbert a bien sûr voulu faire un coup médiatique. On imagine en effet le séisme dans le milieu littéraire si le roman vainqueur s'avérait introuvable en librairie... Sans compter la réaction furieuse des grosses maisons d'édition (Gallimard, Flammarion, Le Seuil...) habituées à se disputer entre elles ce genre de prix.

Pourtant, si le choix d'un livre auto-édité paraît surprenant, celui d'avoir sélectionné Marc-Édouard Nabe l'est davantage. L'homme est un cas à part dans la littérature française contemporaine. Il accède à la notoriété à l'âge de 27 ans avec son premier ouvrage, le pamphlet Au régal des vermines (1985). La même année, son passage mouvementé à l'émission Apostrophes le classe immédiatement parmi les écrivains infréquentables. Devant un Bernard Pivot médusé, le frêle jeune homme, vêtu comme dans les années 40, se met à éructer sa haine de tous les écrivains contemporains et son amour de la littérature «véritable», celle de Céline, Lucien Rebatet et Léon Bloy.

 

"L’Homme qui arrêta d’écrire" de Marc-Edouard Nabe : une Divine Comédie Humaine

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L’Homme qui arrêta d’écrire de Marc-Edouard Nabe : une Divine Comédie Humaine

Par Laurent James


«C’est circulaire chez vous, dans toute votre œuvre… Très important ! L’éternelle renaissance, le renouvellement perpétuel, c’est un parcours entre Protée et le Phénix… »

Emma Pasquier au penseur de L’Homme qui arrêta d’écrire (p. 599)

 

Si l’on a foi dans ce qui constitue l’intérêt fondamental de l’existence, à savoir le Rythme, on a une chance de pouvoir comprendre et aimer les écrits de Marc-Edouard Nabe. Le rythme de l’espace-temps est basé sur une imbrication infinie de pulsations périodiques, dont une représentation fidèle ressemblerait à la spirale logarithmique représentée sur la couverture de la revue métaphysique expérimentale Le Grand Jeu en juin 1928. Roger Gilbert-Lecomte avait parfaitement compris que, si les galaxies avaient la même forme que les coquillages, cela signifiait que leurs temporalités étaient également similaires, et donc que le Cosmos était une structure vivante, qui se répliquait en miniature en chacun de ses points comme autant de métastases fleuries. Voici ce qu’il écrivait dans le Retour à Tout, un des dix ouvrages les plus importants de ces six mille dernières années (et non publié, qui plus est !) : « La vie totale universelle, de son origine à sa fin, est faite de cet inverse devenir, de ce mouvement double, de l'unité qui s'éparpille dans la pluralité croissante, la diversité qui sans cesse se divise, puis inversement au comble du pluriel, d'une fusion de particuliers qui s'unissent, par identifications successives, jusqu'au retour du tout, dans un acte final intégrant l'unité ».

Les choses ne veulent rien dire si elles ne possèdent pas de rythme : un des signes les plus morbides de notre modernité réside dans le nombre terriblement élevé de gens qui sont intimement persuadés du caractère linéaire du Temps, même (surtout) chez ceux qui font mine de s’intéresser à la religion ou à la littérature, et même – ce qui est beaucoup plus grave – chez ceux qui disent écouter Duke Ellington ! Tout respire circulairement, des fosses obscures jusques aux cieux lumineux. N’importe quel paysan de la Touraine au XIVè siècle, n’importe quel Templier burgonde, n’importe quel architecte égyptien d’Hérakléopolis, n’importe quel pécheur celto-ligure massaliote savait pertinemment que le Temps est en perpétuelle rotation (de plus en plus rapidement, mais c’est un autre problème), autour d’un axe qui se déplace lui-même vers une direction que seuls quelques initiés connaissent : on se réveille chaque matin dans un état un peu différent de celui de la veille, jamais complètement le même, et tout ça pour aller où ? L’objet principal de toutes les religions (sur le plan exotérique) a toujours consisté à transmettre aux peuples des codes de conduite adaptés à leurs coutumes, leurs langues et leurs mentalités, aptes à tourner leurs regards vers ce point d’horizon situé exactement au centre de la spirale du Temps.

 

Nabe's dreams

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NABE'S DREAMS – Les trois rêves de Dante dans L’Homme qui arrêta d’écrire

par Petit Jean


Le vrai sens dudit songe ne fut alors vu de personne, mais il est maintenant manifeste aux plus simples.
Dante Alighieri, Vita Nova

William Blake - Dante et Stace endormis sous l'oeil de Virgile.

Maintenant qu’il a été montré combien La Divine Comédie est le fil rouge dont est tissé L’Homme qui arrêta d’écrire, on peut commencer à entrer dans les détails. Il est certes tout d’abord amusant de relire L’Homme comme un roman à clés à l’envers en découvrant quels personnages dantiens se cachent derrière les people Jamel Debbouze, Bruno Gaccio ou BHL. Mais sur le plan littéraire l’exercice du tableau des correspondances reste d’un intérêt limité si le frottement de ces deux livres, comme celui de deux gros silex, ne permet pas de faire jaillir d’autres étincelles, plus vives et propres à allumer un nouveau feu.
On comprendra mieux Nabe une fois que l’on aura mieux compris Dante. Pour cela il faut que la lecture de l’Homme qui arrêta d’écrire rallume et éclaire la Divine Comédie autant que le contraire. Car L'Homme n’est pas seulement une transposition précise du poème de Dante (et encore moins une accumulation d’“allusions” ou de “références”), il en est aussi et surtout une passionnante interprétation. Ce dernier mot étant à prendre non seulement dans le sens d’explication  possible mais aussi et en premier lieu dans le sens artistique, comme on dit interprétation musicale, scénique, etc.
Nabe rejoue La Divine Comédie en une semaine parisienne comme Joyce avant lui a rejoué L’Odyssée dans une journée de Dublin. A deux différences près : La première est que le texte de Nabe colle de beaucoup plus près à Dante que celui de Joyce à Homère, la seconde, plus profonde, est que contrairement à Joyce qui affiche clairement sa référence à l’Odyssée, Nabe a soigneusement dissimulé le fait que l’Homme qui arrêta d’écrire était une réécriture de La Divine Comédie, laissant uniquement au lecteur perspicace le soin de le découvrir tout seul, et faisant même tout pour égarer celui-ci en chemin.
À cela deux raisons principales également : La première, d’ordre extérieur, et participant de la guerre contre le milieu éditorial, était de ridiculiser ce milieu en lui mettant sous les yeux l’un des grands livres de tous les temps, et d’illustrer ainsi à quel point l’étroitesse d’esprit, l’ignorance et l’incompétence des “professionnels” qui l’avaient écarté, atteignaient des proportions démentes. Sur ce point, il faut reconnaitre que le résultat a dépassé ses espérances. Mais il y a également une raison à mon avis plus importante, d’ordre intérieur et inhérente au sujet même du livre, pour laquelle Nabe ne pouvait pas expliciter la présence de la Divine Comédie : Tout simplement le paradoxe permanent de L’Homme qui arrêta d’écrire qui veut que dans ce livre tout signe extérieur d’écriture ait été systématiquement supprimé. L’Homme qui arrêta d’écrire ne peut pas écrire, même plus une signature, un autographe, rien. Alors pensez, La Divine Comédie...
 
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